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Han Suyin, Multiple splendeur
Han Suyin, Multiple splendeur

Han Suyin, Multiple splendeur et son dossier réalisé avec la collaboration de Gérard Blanchard, Marcelle Crépy, Matthieu Galey, Florence de Roquemaurel, Françoise Verny et la participation d'Andrée Martinerie, traduit de l'anglais par D. Olivier, Editions La Meilleure Bibliothèque.

Table des matières :

La Chine d'autrefois, images de la cour - Prologue, avril 1950 - Première partie : ASSAUT - Chapitre II. Mars 1949 : "Le royaume de Dieu" - Chapitre III. Avril 1949 : "Le riche et le pauvre" - Chapitre IV. Juin 1949 : "Joyeuse rencontre" - Chapitre V. Juin 1949 : "Union des esprits" - Chapitre VII. Juillet 1949 : "Un coin de Chang-hai" - Chapitre VIII. Juillet 1949 : "Les ennuis se déchaînent" - Chapitre IX. Juillet 1949, "Les poissons rouges" - Chapitre X. Juillet 1949 : "Suzanne" - Chapitre XI. Juillet 1949 : "Course au trésor" - Chapitre XIII. Août 1949 : "La décision" - Chapitre XIV. Août 1949, : "Week-end Macao" - Chapitre X. septembre 1949 : "La demande" - Deuxième partie : COMBAT. Septembre 1949 : "retour à Tchong-king" - Chapitre II. Septembre 1949 : "Sutchen, ma soeur" - Chapitre III. Septembre 1949 : "torpeur de l'âme" - Chapitre V. Septembre, octobre 1949 : "L'heure de Tchong-king" - Chapitre VI. Octobre 1949: "Profils de Hong-kong" - Chapitre VII. Octobre 1949 : "La fête de la lune" - Chapitre VII : "Marc" - Chapitre IX : "Une bonne journée" - Chapitre X : "Amour profane" - Chapitre XI. Novembre 1949 : "Tous des Chinois" - chapitre XII. Décembre 1949 : "La cage aux écureuils" - Chapitre XIII : Points de départ" - Troisième partie : CRISE - Chapitre premier : "que la mer retentisse" - Chapitre II : "La petite ville" - Chapitre IV : "Un royaume démantelé" - Chapitre V. Février 1950 :"Le printemps est revenu" - Chapitre VI : "Beaucoup de demeures..." - Chapitre VII : "Le roc baigné des flots" - Chapitre VIII. Mai-Juin 1950 : "Contre cette rage" - Chapitre IX. Juillet-Août 1950 : "Pays du matin calme" - Chapitre X. Août 1950 : "Multiple splendeur" - Quatrième partie : Conclusion - Multiple splendeur et son dossier : La Chine d'aujourd'hui - 1911-1949 : "De l'Empire céleste à Mao Tsé-toung - Articles de journaux - Hong-Kong- Hong-Kong et la Chine, documents photographiques  - Han Suyin, une Eurasienne - Multiple splendeur au cinéma - "Au coeur du problème" par Andrée Martinerie

L'auteur :

Han Suyin (née Chou Kuanghu) est le pseudonyme d'Elisabeth Comber, auteur d'origine chinoise, née à Xinyang dans la province du Henan le 12 septembre 1917.et décédée à Lausanne le 2 novembre 2012. Son père est un ingénieur chinois et sa mère est belge flamande. Elle débute dans la vie active dans un emploi de dactylo à l'hôpital de Pékin en 1931 alors qu'elle n'a pas 15 ans. En 1933 elle est admise à l'université de Yanjing (Yenching). En 1935 elle part à Bruxelles étudier la science. Elle revient en Chine 3 ans plus tard pour travailler dans un hôpital. Elle repart à Londres en 1944 étudier la médecine et obtient un doctorat de médecine chirurgie. De 1948 à 1949 elle travaille à l'hôpital de la Reine Mary en Chine. Dans les années 1950 elle est médecin en Malaisie et Singapour. Elle se marie successivement avec un Chinois, un Anglais et un Indien. Han Suyin écrit principalement en anglais, elle a accédé à la notoriété internationale en écrivant des livres consacrés pour la plupart à la Chine où elle parle du choc des civilisations asiatiques et anglo-saxonnes, confrontation qu'elle vivait. Elle décrit la société chinoise, celle des traditions, la confrontation de ce monde suranné, si élégant, envoûtant mais injuste envers les plus humbles. L’Occident lui a reproché de soutenir le maoïsme puis d'avoir été la prmière étrangère à se rendre en Chine après Tian An Men.

L'oeuvre : 

"Dans Multiples splendeurs elle dépeint surtout la société des européens expatriés. Très largement autobiographique, ce roman se situe à Hong Kong où elle rencontre Marc. Tout devrait les séparer : il est anglais, elle est eurasienne. Journaliste, il parcourt le monde. Médecin, elle souhaite se fixer en Chine. Enfin, il est marié. Mais ils s'aiment."

"Hong Kong, bastion de l'Occident, et la Chine nouvelle servent de toile de fond à ce récit où l'on voit s'affronter dramatiquement missionnaires chrétiens, réfugiés chinois et jeunes communistes enthousiastes.

Mais le duo d'amour de Suyin, l'Eurasienne, et de Marc, son amant anglais, vient apporter une note d'une étrange douceur tumultueuse et magnifiquement bariolée.

Ils se rencontrèrent en 1949 à Hongkong, à l'époque colonie anglaise et sans doute le meilleur endroit pour observer ce qui allait se passer sur le continent chinois où avançaient les troupes communistes.

Autour des deux amants - jugés scandaleux parce que Marc était marié - s'agitaient d'une part les nostalgiques de la Chine d'autrefois et de l'autre ceux qui espéraient la voir se reconstruire sur des bases nouvelles. Sur ce grand tournant de l'Histoire, nous avons dans Multiple splendeur un témoignage remarquable, où tout est vrai.

Toutefois, au premier plan, il y a l'amour exceptionnel d'un homme et d'une femme, un amour intense, plein de grâce, hélas marqué par le destin, décrit avec passion et poésie." (source : babelio)

"Les anges demeurent à leurs places éternelles.

Retourne une pierre, tu feras sortir une aile !

C'est vous, ce sont vos visages déshabitués

Qui ne savent pas voir la splendeur multiple."

(Francis Thompson)

Extrait :

Prologue, avril 1950

"Ecriras-tu un livre sur moi ?" me demanda Marc. C'était l'heure après l'amour. Nous étions étendus dans les hautes herbes, sur le penchant d'une colline, sous le soleil généreux. Le ciel, sur nos têtes, s'étirait vers un horizon sans borne. Nous étions entourés de rocs de granit, de fougères et de myrtes nains. Au pied de la colline s'étendait la mer bleue, ridée, solitaire, sans une voile dans l'infini après-midi printanier. Nous parlions calmement, détachés de nous-mêmes. Paroles prudentes, circonspectes. Nous parlions de ce qui ne nous faisait plus souffrir à ce moment-là. Lucidement, nous spéculions sur l'absence, sur notre séparation et sur nos univers qui se morcelaient en fragments de plus en plus épars. Nos voix étaient désincarnées et calmes, des voix que nous prenions seulement à l'heure qui suit l'amour.

"Il se peut que j'écrive quelque chose sur toi, répondis-je, mais pas maintenant. En ce moment, je suis trop pleine de joie pour ne pas me contenter de vivre, en te sachant sans cesse présent en moi, ce qui m'emplit d'allégresse. Si tu me quittais, peut-être, ou pour quelque autre bonne raison, je pourrais écrire un livre sur toi.

- Quelle autre bonne raison aurais-tu ?

- La nourriture. Je n'hésiterais pas à vendre mon âme pour manger. Le bol de riz me paraît le mobile le plus valable du monde pour faire quoi que ce soit. Jeter une parcelle de mon âme aux multitudes, en échange de riz et de vin, ne me semble pas un sacrilège.

- Si tu désires monnayer une passion ardente, bien-aimée, dit Marc, en me lissant les sourcils avec le doigt, il faut que tu t'y prennes avant de m'avoir complètement oublié, puisque tu détestes tant le parfum d'embaumement des souvenirs !

- Voilà pourquoi j'écrirai. J'exhumerai tous mes souvenirs, car je suis une profanatrice-née. Je le ferai avant que l'amour que je te porte ne se retire de moi aussi sûrement que le reflux de la mer qui laisse un rivage trempé, tout jonché de vains débris, avant que le corps impitoyable ne recouvre la blessure que tu m'aurais infligé et ne falsifie l'émotion des paroles que nous aurons prononcées. Avant qu'il ne me faille gratter très fort pour les faire saigner, ces cicatrices insensibles du chagrin et de l'extase. Je raconterai comment nous avons aimé à la manière de tous les amants, et lutté pour ne pas nous laisser détruire par les petits riens de l'existence. Comment ils nous ont détruits et comment nous avons oublié. Exactement comme tout le monde. Car nous sommes, ni plus ni moins que n'importe qui, des amants éphémères, imparfaits, dans un monde d'inconstance sans fin.

- Quelle rhétorique ! dit Marc. Crois-tu donc vraiment que les autres trouvent en leurs corps autant de plaisir et de bonheur que nous ? Penses-tu sérieusement qu'un pareil amour ne durera pas à jamais ? Moi, je ne puis y croire."

Et il regarda autour de lui, comme s'il cherchait une confirmation. Mais il n'y avait rien que les myrtes, les hautes herbes et les fougères, la pente du coteau, la mer, et nous, tout dorés de nous être étendus au soleil.

"Cher amour, même les horribles gens bedonnants de cemonde s'imaginent aimer aussi fort que nous et pour toujours. Tous les amants ont la même illusion : ils se croient uniques, et leurs paroles, immortelles.

- Peut-être n'est-ce qu'une illusion, dit Marc, mais c'est bien la seule vérité que nous possédions, toi et moi. Par conséquent, jouissons-en pendant que nous le pouvons. Car après tout, bien-aimée, peut-être n'avons-nous que peu de temps - bien peu de temps - pour nous aimer."

Et ces mots furent les seuls véridiques que nous prononçâmes au cours de cet après-midi."(p. 21-22)

 

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