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La thèse de Freud : 

Les accusations que l'on porte contre la science sont injustes et en partie fausses.

Ses arguments : 

a) On prend pour base de nos jugements des temps trop courts et on oublie l'extrême jeunesse de la science.

b) La transformation des opinions scientifiques est évolution, progrès et non démolition.

c) En science, une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité.

d) Si dans divers domaines nous n'avons pas dépassé la phase de l'investigation, dans d'autres, nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables.

Freud donne un exemple qu'il est nécessaire de préciser dans le commentaire (quelle loi, tenue pour universellement valable s'est-elle révélée comme n'étant qu'un cas particulier d'une loi plus générale ?)

"Une loi que l'on avait d'abord tenue pour universellement valable, se révèle comme n'étant qu'un cas particulier d'une loi (ou d'une légalité) plus générale encore, ou bien l'on voit que son domaine est borné par une autre loi, que l'on ne découvre que plus tard ; une approximation en gros de la vérité est remplacée par une autre, plus soigneusement adaptée à la réalité."

Explication du texte : 

"La science a beaucoup d'ennemis déclarés, et encore plus d'ennemis cachés" : la science (et la technique) a suscité à ses débuts et tout au long de son histoire des oppositions plus ou moins violentes. C'est ainsi que Galilée, l'inventeur de la lunette astronomique et le découvreur de la loi de la chute des corps fut obligé d'abjurer devant le tribunal de l'Inquisition à Rome son adhésion à la thèse copernicienne de l'héliocentrisme. 

La science a des ennemis déclarés, dit Freud, mais aussi des ennemis cachés. Les uns l'attaquent ouvertement, les autres s'opposent sourdement à elle. La science a des ennemis parce qu' elle va à l'encontre les préjugés, des idéologies, des superstitions et les hommes  n'apprécient guère que l'on remette en question leurs croyances.

Les ennemis de la science se recrutent parmi les gens ordinaires, mais aussi parmi les hommes qui détiennent un pouvoir politique et/ou religieux. Or la science, en affirmant des vérités différentes de celles de la foi ou qui les contredit remet en question leur pouvoir.

Freud affirme que "la science a ôté sa force à la foi religieuse et menacé cette foi de ruine totale". En effet, le savant, au fur et à mesure du développement de la science et de la technique a acquis un pouvoir réel sur la nature en énonçant des vérités qui s'appuyaient sur la raison et sur l'expérience et non sur la foi et sur la croyance.

Les hommes ont pu constater les prodiges observables que la science accomplissait, comme par exemple la domestication de l'énergie électrique, le transport des ondes sonores et visuelles, la découverte des vaccins contre les maladies, etc.

La science, aussi bien par ses applications techniques que par ses découvertes théoriques, est donc entrée en conflit avec la religion. Le savant est entré en concurrence avec le prêtre.

Certes, la religion apporte des consolations,  elle promet le bonheur dans l'au-delà, mais elle ne résout pas les problèmes concrets qui se posent à l'homme : vaincre la famine, lutter contre les maladies, maîtriser le temps et l'espace...

En soutenant avec Kepler que c'est la terre qui tourne autour du soleil et non l'inverse, Galilée contredisait le texte biblique et le modèle cosmologique d'Aristote qui faisaient de la terre le centre immobile de l'univers.

En avançant la théorie de la lente évolution des espèces et l'origine animale de l'homme, Charles Darwin contredisait à son tour le texte biblique qui affirme l'existence d'un couple humain primordial, sans lien avec le règne animal.

Enfin, nous savons aujourd'hui que l'univers date d'environ 6 milliards d'années, alors que la Bible lui donne à peine 6000 ans d'existence.

Dans un texte intitulé "Trois difficultés de la psychanalyse", Freud parle des trois blessures narcissiques que la science a infligé à l'homme : la première en expliquant que la Terre n'était pas au centre de l'univers (Kepler, Galilée), la seconde en démontrant que l'homme était un animal parmi d'autres, partageant un ancêtre commun avec les hominidés (Darwin) et la troisième en affirmant que l'homme ne coïncidait pas avec sa conscience, qu'il n'était pas le maître dans sa propre maison (Freud lui-même)

"On lui reproche de nous avoir appris bien peu et d'avoir laissé dans l'obscurité incomparablement davantage" : selon Freud, ces reproches ne sont pas justifiés car la science nous a appris beaucoup de choses, mais ne nous a appris que des choses qui relevaient de ses compétences.

Emmanuel Kant, principal représentant allemand du mouvement des Lumières (Aufklärung) au XVIIIème siècle, sépare dans La Critique de la Raison pure le savoir et la foi. La science ne peut rien dire sur l'existence de Dieu, de l'âme ou de la liberté, comme elle ne peut rien nous dire sur "le sens de la vie".

La science ne peut expliquer que des phénomènes sensibles et non ce que Kant appelle des "noumènes". Pour qu'il y ait connaissance rationnelle, il faut un concept et une intuition qui lui corresponde : "des concepts sans intuitions sont aveugles, des intuitions sans concepts sont vides."

La science moderne apparaît vers le XVIème siècle avec l'emploi systématique des mathématiques et la vérification expérimentale. Elle s'est d'abord intéressée aux phénomènes célestes dont la régularité favorise l'observation, puis aux phénomènes physiques comme la chute des corps (Galilée) ou la composition de l'air (Lavoisier au XVIIIème siècle).

On peut parler de "science" quand les hommes ont cessé de chercher des explications surnaturelles aux phénomènes naturels et ont renoncé aux "causes premières" (un Dieu créateur) au profit des "causes secondes" (des causes naturelles observables et reproductibles).

Dans ce sens l'astrologie, l'alchimie, la chiromancie, la divination ne sont pas à proprement parler des "sciences".

Certes, l'alchimie est à l'origine de la chimie, mais, comme l'a montré Gaston Bachelard, la chimie s'est constituée en rupture et non en continuité avec l'alchimie, comme l'astronomie avec l'astrologie, la prédiction rationnelle (le calcul de la position des planètes) avec la divination.

"Ne commettons-nous pas, tous tant que nous sommes, la faute de prendre pour base de nos jugements des laps de temps trop courts ?" : la science moderne ne date que de quelques siècles, ce qui est beaucoup par rapport à la durée d'une vie humaine et peu par rapport à l'histoire de l'humanité. La remarque de Freud peut s'appliquer à d'autres réalités que la science, par exemple l'éthique ou la politique. Songeons qu'il a fallu des siècles avant qu'une loi ne décrète en France l'abolition de l'esclavage.

Freud nous conseille de prendre exemple sur les géologues car les géologues s'intéressent à des phénomènes de longue durée comme la formation et la disparition des montagnes et des océans, la dérive des continents, la sédimentation des couches géologiques... Ils comptent en millions d'années et non en années ou en siècles, comme les historiens.

"On se plaint de l'incertitude de la science, on l'accuse de promulguer aujourd'hui une loi que la génération suivante reconnaît pour une erreur et remplace par une loi nouvelle qui n'aura pas plus longtemps cours." : Freud, contemporain d'Einstein, avec lequel il a entretenu une correspondance qui a été publiée, a été témoin des modifications qu'apportait la théorie de la relativité générale à la théorie de l'attraction universelle de Newton.

Mais il n'est pas vrai d'affirmer que la théorie de la relativité générale rend caduque celle de Newton. La théorie de Newton : deux corps ponctuels de masses respectives MA et MB s'attirent avec des forces de mêmes valeurs (mais vectoriellement opposées), proportionnelles aux produits des deux masses, et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare. Cette force a pour direction la droite passant par les centres de gravité de ces deux corps"... demeure largement valable et continue à expliquer de façon satisfaisante un grand nombre de phénomènes.

La théorie d'Einstein, qui tient compte de la courbure de l'espace-temps et de la constante de Planck (la limite infranchissable de la vitesse de la lumière) explique des phénomènes que n'explique pas la théorie de Newton : le décalage vers le rouge, l'avance du périhélie de Mercure ou la courbure des rayons lumineux, mais elle n'invalide pas pour autant la loi d'attraction universelle de Newton.

Ces accusations sont donc injustes et en partie fausses.

Le mot "hypothèse" a deux sens : un sens courant et un sens scientifique et il ne faut pas confondre une conjecture, une hypothèse scientifique et une "certitude". 

L'élève untel est absent. J'émets trois conjectures :  a) qu'il est malade, b) qu'il a raté son bus, c) que son réveil n'a pas sonné.

Ces conjectures ne sont pas scientifiques car elles ne permettent pas à elles seules de savoir avec certitude la cause du retard ou de l'absence de l'élève. Une hypothèse scientifique n'est pas une simple conjecture. On parle "d'hypothèse heuristique" (du grec eurizein = chercher)

Une conjecture est une proposition ou une explication que l'on se contente d'énoncer sans prendre position sur son caractère véridique, c'est-à-dire sans l'affirmer ou la nier. Il s'agit donc d'une simple supposition, appartenant au domaine du possible ou du probable.

Une fois énoncée, une conjecture peut être étudiée, confrontée, utilisée, discutée ou traitée de toute autre façon jugée nécessaire, par exemple dans le cadre d'une démarche expérimentale. Une conjecture destinée à être travaillée est désignée par l'expression "hypothèse de travail" ou "hypothèse heuristique". 

C'est dans ce deuxième sens et non dans le premier que Freud emploie le mot "hypothèse".

Le savant qui émet une hypothèse heuristique se donne une direction de recherche. Il sait d'avance, paradoxalement ce qu'il va trouver ("les faits sont faits") et essaye pour les uns de vérifier son hypothèse, pour les autres (Popper) de mettre en place des protocoles expérimentaux destinés à invalider par tous les moyens son hypothèse ; si elle résiste malgré tout, c'est qu'elle est probablement et momentanément "vraie". Il peut arriver qu'une hypothèse ne soit vérifiée expérimentalement que longtemps après qu'elle a été émise et proposée comme une théorie. C'est le cas de la loi de la chute des corps de Galilée, qui n'a jamais été vérifiée expérimentalement de son temps, quoi qu'en dise la légende de la Tour de Pise ou de la théorie de la relativité générale d'Einstein, avec l'observation, grâce à une éclipse solaire de la courbure des rayons lumineux.

Note : la loi de la chute des corps s'énonce ainsi : "En un même lieu et en l'absence de résistance de l'air, tous les corps ont le même mouvement de chute libre s'effectuant avec la même accélération g, quel que soit le corps pesant (g est l'accélération de la pesanteur au point considéré). dans la mesure où g peut être considéré comme constant, le mouvement est uniformément accéléré, s'effectue selon la verticale et a pour équation d = I/2 de gt², où t est la durée depuis le début de la chute, v la vitesse et d la distance parcourue. La résistance de l'air masque en général cette loi en y apportant des modifications qui dépendent des corps. (souce : encyclopédie Larousse)

Il est donc tout à fait normal que "dans divers domaines où nous n'avons pas encore dépassé le stade de l'investigation, on essaye diverses hypothèses qu'on est bientôt contraint, en tant qu'inadéquates de rejeter"

Cette démarche qui consiste à soumettre une hypothèse heuristique à une démarche de vérification (d'invalidation ou de falsification selon Karl Popper) expérimentale et à la rejeter si elle se révèle inopérante n'est pas un défaut de la science, mais sa nature même.

Ceci dit, affirme Freud la science n'est pas uniquement constituée d'hypothèses : "nous avons déjà un noyau de connaissances assurées et presque immuables."

Personne ne remet sérieusement en cause aujourd'hui le "fait" (au sens scientifique du terme) que la Terre est une sphère aplatie aux pôles qui tourne autour du soleil (héliocentrisme), la loi de la chute des corps de Galilée ou de l'attraction universelle de Newton.

Reste à se demander si la psychanalyse est une science. Freud tenait absolument à ce qu'elle fût reconnue comme telle, car la science, triomphante à son époque, était considérée comme détenant les critères de la vérité.

Selon Popper, la psychanalyse n'est pas une science, car il est impossible d'invalider ("falsifier") ses thèses fondamentales, de mettre en place des protocoles expérimentaux destinées à les mettre à l'épreuve. On ne peut pas prouver (ou invalider) l'existence de l'inconscient psychique ou du complexe d'Oedipe.

On doit donc admettre qu'il existe d'autres critères que la vérité scientifique. Les "sciences de l'homme" n'ayant pas le même objet que les sciences "dures" n'ont pas non plus les mêmes normes et les mêmes méthodes.

 

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