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François de Smet, Eros Capital, Les lois du marché amoureux
François de Smet, Eros Capital, Les lois du marché amoureux

François de Smet, Eros Capital, Les Lois du marché amoureux, Climats (Flammarion), 2019

Table :

1. Putain, le stigmate de l'explicite - 2. La sexualité féminine comme service- 3. Au commencement étaient le gène et l'exploitation - 4. Extensions du domaine de la lutte - 5. L'amour, clé de voûte du capitalisme - Conclusion - Résumé chronologique en 40 étapes - Notes - Remerciements - Bibliographie

François De Smet, né le 3 mai 1977, est un philosophe et scénariste francophone belge, également engagé dans le monde associatif. Il naît et grandit à Bruxelles, où il vit actuellement. Il est docteur en philosophie de l’Université libre de Bruxelles, après avoir défendu en 2010 une thèse intitulée "Le mythe de la souveraineté – Dialectique de la légitimité, du Corps au contrat social", sous l'égide du professeur Jean-Marc Ferry. Il est l'auteur de Reductio ad Hitlerum, une théorie du point de Godwin, qui a rencontré un important succès critique et de Lost Ego, la tragédie du "je suis".

Quatrième de couverture :

"Sexe contre ressources : et si cet échange sulfureux, stigmatisé comme le monopole des filles de joie et autres sugar babies, constituait en réalité le ressort de toutes les relations sentimentales ? Tel est le sens de l'échange économico-sexuel, théorie selon laquelle, de la simple "passe" au mariage bourgeois, il n'y a de différence que d'amplitude, et non de nature.

Le monde des sentiments est aujourd'hui un marché entretenu par un modèle culturel dominant ayant capitalisé sur une nature humaine d'homo comptabilis qui n'a jamais cessé de s'exploiter elle-même. Internet a achevé ce travail de marchandisation en nous transformant tous en acteurs d'un mercato permanent au sein duquel chacun évolue comme client et marchandise. Monnaie d'échange et intimité sont substantiellement liés, mais nous sommes perpétuellement invités à faire comme si ce n'était pas le cas.

Dès lors, notre époque se caractérise par un gigantesque refoulement de la nature comptable de l'être humain et de la nature vénale de l'amour. ce qui nécessite un double mouvement en apparence contradictoire : la mise au ban de la putain comme rappel de cette insupportable vénalité et l'investissement dans l'amour comme religion ultime.

Extraits (la thèse principale du livre) : 

Bref, nous sommes coincés entre le marteau de l'amour désintéressé et l'enclume de l'égalité stricte. sans nous rendre compte que l'exigence permanente de leur agrégation, qui constitue pourtant le coeur du discours amoureux contemporain valorisé, rend littéralement impossibles nos histoires d'amour. Telle est la thèse centrale de ce livre : la modernité est l'époque de l'adjonction impossible entre, d'une part, des sentiments amoureux et d'attirance sexuelle fonctionnant, pour des raisons naturelles et culturelles, selon la loi du marché, et d'autre part des valeurs construites d'égalité, de liberté, et de réciprocité poussant à idéaliser l'amour comme échappant, précisément,aux lois du marché. Alors que l'amour et l'attraction sexuelle constituent des champs de validation du marché, l'Homo sapiens moderne investit par besoin de compensation dans l'amour comme idéal afin de pouvoir supporter un monde entièrement régi par la loi de l'offre et de la demande. cela nécessité de pouvoir trouver réfuge dans une sphère qui échappe à cette loi, et donc d'investir dans la fiction nécessaire de l'attrait sexuel et amoureux désintéressé. Pour l'énoncer encore plus simplement : nous faisons de l'amour un idéal, voire une forme de religion moderne, afin de préserver son rôle de clé de voûte du capitalisme." (p.28)

Résumé du livre : 

"Dans le premier chapitre, nous aborderons la putain comme stigmate de la forme la plus classique de la prostitution de rue à celle plus feutrée des sugar babies...

Dans le deuxième chapitre, nous tenterons d'éclaircir le concept d'échange économico-sexuel, défini comme échange entre les ressources de l'homme et la mise à disposition sexuelle de la femme...

Dans le troisième chapitre, nous remonterons aux origines de l'humanité, et même en deça, pour tenter de comprendre les fondements de la différenciation sexuée...

Dans le quatrième chapitre, nous verrons comment l'échange économico-sexuel a marqué de son empreinte la mondialisation des relations sexuelles et sentimentales...

Dans le cinquième chapitre, nous analyserons la nature capitaliste des sentiments, en montrant comment l'Homo sapiens est, depuis ses origines culturelles, un Homo comptabilis ne pouvant s'empêcher d'appréhender l'ensemble des relations sociales selon la catégorie de calcul, d'évaluation et de mesure...

Nous montrerons enfin comment l'amour comme hypostase s'est imposé dans le monde moderne en tant que clé de voûte du marché, permettant aux individus de trouver refuge dans une sphère qui, par définition, échappe à la rationalité et au calcul propres au libéralisme économique, constituant la norme de la société..." (p.30-31)

L'enjeu : 

"Ce parcours devrait, nous l'espérons, nous aider à tracer les lignes de ce que deviendra, dans les années à venir, le marché économico-sexuel. A cette fin, il nous semble que la principale question est la suivante. Parviendrons-nous à faire fructifier nos principes culturels d'égalité, de liberté et de réciprocité construits laborieusement en quelques siècles à peine, munis d'instincts naturels qui nous poussent à chérir en secret les relations de domination, de hiérarchie, de concurrence et de marché ancrés dans nos gènes depuis plusieurs millions d'années?

 

 

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