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Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard/ Folio Essais

"Ô mon âme, n'aspire pas à la vie immortelle, mais épuise le champ du possible." (Pindare, 3ème Pythique)

Table : Un raisonnement absurde : l'absurde et le suicide - Les murs absurdes - le suicide philosophique - L'homme absurde : Le donjuanisme - La comédie - La conquête - La création absurde : philosophie et roman - Kirilov - le Mythe de Sisyphe - Appendice : l'Espoir et l'absurde dans l'oeuvre de Franz Kafka

L'auteur :

Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi (aujourd’hui Dréan), près de Bône (aujourd’hui Annaba), en Algérie, et mort accidentellement le 4 janvier 1960 à Villeblevin, dans l'Yonne en France, est un écrivain, philosophe, romancier, dramaturge, journaliste, essayiste et nouvelliste français. Il est aussi journaliste militant engagé dans la Résistance française et, proche des courants libertaires, dans les combats moraux de l'après-guerre.

L'oeuvre : 

"Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide." Avec cette formule foudroyante, qui semble rayer d'un trait toute la philosophie, un jeune homme de moins de trente ans commence son analyse de la sensibilité absurde. Il décrit "le mal de l'esprit" dont souffre l'époque actuelle : "L'absurde naît de la confrontation de l'appel humain avec le silence déraisonnable du monde." (source : babelio)

Notes de lecture (de la page 96 à la page 135) : 

"Les pages qui suivent traitent d'une sensibilité absurde qu'on peut trouver éparse dans le siècle - et non d'une philosophie absurde que notre temps, à proprement parler, n'a pas connue. Il est donc d'une honnêteté élémentaire de marquer, pour commencer, ce qu'elles doivent à certains esprits contemporains. Mon intention est si peu de le cacher qu'on les verra cités et commentés tout au long de l'ouvrage.

Mais il est utile de noter, en même temps, que l'absurde, pris jusqu'ici comme conlusion, est considéré dans cet essai comme un point de départ. En ce sens, on peut dire qu'il y a du provisoire dans mon commentaire : on ne saurait péjuger la position qu'il engage. On trouvera seulement ici la description à l'état pur, d'un mal de l'esprit. Aucune métaphysique, aucune croyance n'y sont mêlées pour le moment. ce sont les limites et le seul parti pris de ce livre." (p. 96 dans l'édition de la Pléiade)

"Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Le reste, si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d'abord répondre. Et s'il est vrai, comme le veut Nietzsche, qu'un philosophe, pour être estimable, doive prêcher d'exemple, on saisit l'importance de cette réponse puisqu'elle va précéder le geste définitif. Ce sont là des évidences sensibles au coeur, mais qu'il faut approfondir pour les rendre claires à l'esprit." (p.99)

"Galilée, qui tenait une vérité scientifique d'importance, l'abjura le plus aisément du monde dès qu'elle mit sa vie en péril. Dans un certain sens, il fit bien (...) En revanche, je vois beaucoup de gens qui meurent parce qu'ils estiment que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue" (ibidem)

"Je juge donc que le sens de la vie est la plus pressante des questions." (ibidem)

"On n'a jamais traité du suicide que comme d'un phénomène social. Au contraire, il est question ici, pour commencer, du rapport entre la pensée individuelle et le suicide." (ibidem)

Camus fait allusion à l'étude d'Emile Durkheim sur le suicide.

Note : Le Suicide, publié en 1897, est une étude sociologique empirique où Émile Durkheim met en œuvre les principes méthodologiques qu'il a préalablement définis dans Les Règles de la méthode sociologique. Dans cet ouvrage, il défend l'idée selon laquelle le suicide est un fait social à part entière – il exerce sur les individus un pouvoir coercitif et extérieur – et, à ce titre, peut être analysé par la sociologie. Ce phénomène, dont on pourrait penser de prime abord qu'il est déterminé par des raisons relevant de l'intime, du psychologique, est également éclairé par des causes sociales, des déterminants sociaux. (source : wikipedia)

"Commencer à penser, c'est commencer d'être miné."

"On se suicide rarement par réflexion."

"Se suicider, c'est simplement avouer qu'on est dépassé par la vie ou qu'on ne la comprend pas.

Camus exclut de cet Essai les "suicides à motivation politiques".

"Vivre naturellement, n'est jamais facile. On continue à faire les gestes que l'existence commande, pour beaucoup de raisons dont la première est l'habitude. Mourir volontairement suppose qu'on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l'absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l'inutilité de la souffrance." (p.101)

"Ce divorce entre l'homme et sa vie, l'acteur et son décor, c'est proprement le sentiment de l'absurdité."(p.101)

"Le sujet de cet Essai est précisément ce rapport entre l'absurde et le suicide, la mesure exacte dans laquelle le suicide est une solution à l'absurde. On peut poser en principe que pour un homme qui ne triche pas, ce qu'il croit vrai doit régler son action. La croyance dans l'absurdité de l'existence doit donc commander sa conduite. C'est une curiosité légitime de se demander, clairement et sans faux pathétique, si une conclusion de cet ordre exige que l'on quitte au plus vite une condition incompréhensible. Je parle ici, bien entendu, des hommes disposés à se mettre d'accord avec eux -mêmes." (p.101)

"Nous prenons l'habitude de vivre avant d'acquérir celle de  penser."(p.102)

Selon Camus, refuser un sens à la vie ne conduit pas forcément à déclarer qu'elle ne vaut pas la peine d'être vécue.

Une saisissante évocation de la "routine" : 

"Il arrive que les décors s'écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d'usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le "pourquoi" s'élève et tout commence dans cette lassitude teintée d'étonnement. "Commence", ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d'une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l'éveille et elle provoque la suite. La suite, c'est le retour inconscient dans la chaîne, ou c'est l'éveil définitif. Au bout de l'éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement. En soi,  la lassitude a quelque chose d'écoeurant. Ici je dois conclure qu'elle est bonne. Car tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. Ces remarques n'ont rien d'original. Mais elles sont évidentes : cela suffit pour un temps, à l'occasion d'une reconnaissance sommaire dans les origines de l'absurde. Le simple "souci" est à l'origine de tout." (p.106-107)

L'absurde : le monde (la nature), autrui, moi-même, la mort... :

"Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s'y refuser. cette révolte de la chair, c'est l'absurde." (p.107)

"Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c'est l'absurde." (p.108) Cf. le passage sur la racine du marronier dans La Nausée de Sartre.

"Il n'y a pas d'expérience de la mort." (p.108)

"Sous l'éclairage mortel de cette destinée l'inutilité apparaît."

"S'il fallait écrire la seule histoire significative de la pensée humaine, il faudrait faire celle de ses repentirs successifs et de ses impuissances." (p.111)

L'intelligence aussi me dit donc à sa manière que ce monde est absurde." (p.112)

"Ce monde en lui-même n'est pas raisonnable, c'est tout ce qu'on en peut dire. Mais ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme." (p.113)

"A partir du moment où elle est reconnue, l'absurdité est une passion, la plus déchirante de toutes." (p.113)

Camus cite les principaux représentants de la critique du rationalisme  : Nietzsche, Jaspers, Heidegger, Kierkegaard, Chestov, Scheler...

"L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde." (p.118)

Camus distingue entre le sentiment de l'absurde et le concept d'absurde : "Le sentiment de l'absurde n'est pas pour autant la notion de l'absurde. Il la fonde, un point c'est tout." (p.119)

"Sur le plan de l'intelligence, je puis donc dire que l'absurde n'est pas dans l'homme (...), ni dans le monde, mais dans leur présence commune." (p.120)

"Il ne peut y avoir d'absurde hors d'un esprit humain." (p.121)

"L'absurde n'a de sens que dans la mesure où l'on n'y consent pas." (p.121)

"Rien ne peut être plus instructif (...) que d'examiner la façon dont les hommes qui ont reconnu, à partir d'une critique du rationalisme, le climat absurde, ont poussé leurs conséquences..." (p.122) 

Camus procède à un examen critique des différentes "réponses" des "philosophies existentielles" à la question de l'absurde : Jaspers, Chestov, Kierkegaard, Husserl...  auxquels il reproche de sortir de la philosophie et d'avoir recours à la notion d'espoir religieux, d'évasion ou de  "transcendance" : "Pour Chestov, la raison est vaine, mais il y a quelque chose au-delà de la raison. Pour un esprit absurde la raison est vaine et il n'y a rien au-delà de la raison." (p.124)

Or l'absurde, selon Camus, ne vaut que dans un équilibre, une comparaison. Il est vain de nier absolument la raison car la raison explique beaucoup de choses. Elle a son ordre dans lequel elle est efficace, celle de l'expérience humaine.

"L'important n'est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux." (l'abbé Galiani à Mme. d'Epinay)

Camus nomme "suicide philosophique" l'attitude qui consiste pour la pensée à se nier elle-même et à se surpasser dans ce qui fait sa négation (le "saut de la foi").

Camus examine ensuite la notion "d'intentionalité" dans la philosophie de Husserl et reproche à Husserl de parler "d'essences extra-temporelles".

"Mon raisonnement veut être fidèle à l'évidence qui l'a éveillé. Cette évidence, c'est l'absurde. C'est ce divorce entre l'esprit qui désire et le monde qui déçoit, ma nostalgie d'unité, cet univers dispersé et la contradiction qui les enchaîne." (p.135)

Conclusion du Mythe de Sisyphe : 

"Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir..." (p.195)

"Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux." (p.198)

 

 

 

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