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Christian Morel, Les décisions absurdes, sociologie des erreurs radicales et persistantes
Christian Morel, Les décisions absurdes, sociologie des erreurs radicales et persistantes

Christian Morel, Les décisions absurdes, sociologie des erreurs radicales et persistantes, Editions NRF Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 2002 et dans la collection Folio essais, 2014

Table des matières :

Introduction - Première partie : Des décisions absurdes : I. Des processus et des décisions étranges - Exemples en matière de pilotage aérien et maritime - Exemples en matière de management - Exemples de la vie quotidienne - Des contraires cheyenne au pont de la rivière KwaÏ - Deuxième partie : L'intelligence des décisions absurdes, L'analyse cognitive : III. Les sentiers de l'erreur radicale - La décision de lancer Challenger - La logique interne des erreurs radicales de pilotage - Le bricolage managérial - Les grands ratés de la vie quotidienne - IV. La nature du bricolage cognitif - Les composantes du bricolage cognitif - Bricolage cognitif opérationnel au coeur d'une compétence scientifique - Le mécanisme du bricolage cognitif rudimentaire - Des rationalités limitées ? - Troisième partie : les décisions absurdes sont une oeuvre collective, L'analyse collective : V. Le manager, l'expert, le candide - Trois rôles, cinq actions -Les différents modèles de décisions absurdes - la dynamique des différents modèles - VI. L'étanchéité des erreurs - l'auto-expertise - La difficile traduction - L'impossible immixion - VII. Les pièges de la coordination - L'imprécision et le silence - Les pièges de la coordination structurée - VIII. Absurdité consensuelle et absurdité conflictuelle - Deux processus de construction collective de l'erreur radicale et persistante - Applications - la dynamique des aberrations - Quatrième partie : le sens des décisions absurdes, L'analyse téléologique : IX La perte de sens - Roue de Deming et roue de la perte de sens - Les quatre processus de la perte de sens - La perte de sens et les autres rationalités - Conclusion - Bibliographie - Remerciements - Liste des figures - Liste des tableaux.

L'auteur : 

Christian Morel, né en 1948, est un sociologue français. Il a mené une réflexion et publié dans trois domaines : les grandes erreurs collectives, la négociation et l'information quotidienne. Il est surtout connu pour ses ouvrages sur les décisions absurdes. Il est par ailleurs l'auteur du concept de négociation-manifestation en sociologie du travail.

Quatrième de couverture :

"Il arrive que les individus prennent collectivement des décisions singulières : ils agissent avec constance dans le sens totalement contraire au but recherché. ces décisions absurdes se traduisent par des erreurs radicales et persistantes. elles sont observées dans des mondes aussi divers que ceux de la technologie, de la vie quotidienne et du management : pour éviter un accident, des pilotes s'engagent dans une solution qui les y mène progressivement ; les ingénieurs de Challenger maintiennent obstinément des joints défectueux sur les fusées d'appoint ; des copropriétaires installent durablement un  sas de sécurité totalement inutile ; une Entreprise persévère dans l'usage d'un outil de gestion au résultat inverse de l'objectif visé...

Quels sont les raisonnements qui produisent ces décisions absurdes ? Les mécanismes collectifs qui les construisent ? Les jeux sur les finalités qui les justifient ? Quel est le devenir de ces décisions ? Comment peut-on à ce point se tromper et persévérer ? Ce sont les questions auxquelles Christian Morel répond à travers une analyse sociologique aux multiples facettes - l'interprétation cognitive qui fait ressortir la puissance des erreurs élémentaires de raisonnement ; l'explication collective qui permet d'identifier des modèles d'enchaînement vers l'absurde ; l'analyse téléologique qui examine la façon dont les individus gèrent leurs intentions -, nous conduisant à une réfléxion globale sur la décision et le sens de l'action humaine."

Trois ouvrages sur le même sujet : 

Dans son premier ouvrage sur les décisions absurdes, Christian Morel s'intéresse aux actes absurdes commis, non par des individus irrationnels tels que des fous, mais par des individus rationnels, éduqués, intelligents, sérieux. Des pièges collectifs et cognitifs entraînent ces derniers, en dépit de leur discernement, vers des décisions stupides. L'exemple emblématique qu'il donne est la décision de lancer la navette Challenger en 1986. 

Dans son second ouvrage, l'auteur développe les principes fondamentaux pour éviter ce type de décisions absurdes, qu'il appelle les "métarègles de la fiabilité". 

En 2018, l’auteur publie le troisième tome de sa série d'ouvrages sur les décisions absurdes. Il y analyse ce qu’il appelle "l’enfer des règles", c’est-à-dire l’inflation normative et la mauvaise qualité des règles.

 

Citation d'Albert Camus sur "l'absurde" : 

"C'est absurde", veut dire : "c'est impossible", mais aussi : "c'est contradictoire." Si je vois un homme attaquer à l'arme blanche un groupe de mitrailleuses, je jugerai que son acte est absurde. Mais il n'est tel qu'en vertu de la disproportion qui existe entre son intention et la réalité qui l'attend, de la contradiction que je puis saisir entre ses forces réelles et le but qu'il se propose. (...) Dans tous ces cas, du plus simple au plus complexe, l'absurdité sera d'autant plus grande que l'écart croîtra entre les termes de ma comparaison. Il y a des mariages absurdes, des défis, des rancoeurs, des silences, des guerres et aussi des paix." (Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe)

Remarque de l'auteur sur Camus, l'absurde et le Mythe de Sisyphe :

"Il faut imaginer Sisyphe heureux", conclut Albert Camus. Mais sans doute Sisyphe n'est-il pas seul. Certains l'accompagnent dans son ascension. D'autres font de ses allées et venues un élément d'un jeu global qui n'a pas plus de sens. D'autres encore, au retour, viennent le féliciter. Il croit que certains, par leur silence, donnent du sens à son acte répété. Le travail absurde de Sisyphe est immergé dans un processus collectif. Camus résoud le mystère de l'absurdité en imaginant Sisyphe heureux. Qu'il me soit permis d'ajouter : il faut imaginer Sisyphe en société." (p.297)

 

Extrait de l'introduction : 

"L'objectif de cet ouvrage est de décrire, analyser et comprendre des décisions étranges : celles où leurs auteurs agissent avec constance et de façon intensive contre le but qu'ils se sont fixés. Il s'agit d'une catégorie particulière d'erreurs : les erreurs radicales persistantes.

la première impression que donnent ces décisions, c'est leur étrangeté, le mystère qu'elles représentent pour l'entendement humain. Comment des hommes intelligents, en possession de tous leurs moyens, ont-ils pu prendre des décisions qui vont à ce point contre ce qu'ils cherchaient à atteindre, et persévérer dans ce sens ? devant ces décisions vient spontanément à l'esprit l'idée de phénomène diabolique qu'on trouve dans la locution latine : "Errare humanum est, perseverare diabolicum." (...)

Pour quelles raisons étudier de telles décisions ?

Tenter de comprendre ces cas extrêmes revient à vouloir résoudre une énigme du comportement humain et social. C'est la première réponse.

La deuxième réponse est que l'étude de ces cas extrêmes de décision peut révéler, non des processus spécidiques, mais des processus peu visibles dans des décisions "normales" (souvent imparfaites mais non "absurdes") (...)

C'est la même démarche qu'en psychanalyse. Freud a pu, en analysant les cas extrêmes que sont les névroses, mettre le doigt sur l'inconscient. Or l'inconscient existe également chez les non-malades, mais il est beaucoup moins visible et moins distinct. La décision absurde est pour moi l'équivalent d'une éclipse de Soleil. la situation exceptionnelle du Soleil est une occasion d'observer sa couronne, qu'il est impossible de voir autrement..." 

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