Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Pour voir le texte, cliquer sur le lien ci-dessus.

Le thème du passage :

Dans cet extrait des Mémoires d'Outre-Tombe, François-René de Chateaubriand évoque un épisode amusant  de son enfance à Saint-Malo (ou porte un regard amusé sur un épisode de son enfance à Saint-Malo)

Le genre du texte :

Mémoires : Les mémoires (uniquement au masculin pluriel, éventuellement avec une majuscule dans cette acception) sont des œuvres historiques et parfois littéraires, ayant pour objet le récit de sa propre vie, considérée comme révélatrice d’un moment de l’histoire. Plus précisément, il s’agit d’un recueil de souvenirs qu’une personne rédige à propos d’événements historiques ou anecdotiques, publics ou privés. L'auteur de mémoires est appelé mémorialiste.  Le genre des mémoires est proche de l'autobiographie qui associe écriture de soi et récit de vie mais il s'en distingue, étant donné qu'il met l’accent sur le contexte historique de la vie de l’auteur et sur ses actes plus que sur l’histoire de sa personnalité et sa vie intérieure.

La dimension autobiographique du récit est attestée par la présence de la première personne du pluriel ("nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux..."), par l'emploi de la première personne du singulier ("J'étais le plus en pointe vers la mer...") par la désignation du narrateur  (par Hervine Magon) par son prénom ("Mais elle déclara que François l'avait jeté bas") et par les habitants de Saint-Malo par son titre de noblesse ("le chevalier de Chateaubriand passa pour un homme atroce")

L'auteur, le narrateur et le personnage principal du récit sont une seule et même personne : François-René de Chateaubriand. Il rédige ce texte dans la "Tour Velléda",  à La Vallée aux Loups, en 1812, à l'âge de 44 ans. 

Notes : La Vallée-aux-Loups est une propriété sise au 87, rue de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, au cœur du Val d’Aulnay, dans le parc de la Vallée-aux-Loups (Hauts-de-Seine). Elle a été  occupée par François-René de Chateaubriand de 1807 à 1818 et est protégée au titre des monuments historiques.

Construite à la fin du XVIIIe siècle, la Tour Velléda est nommée ainsi par Chateaubriand d'après l'héroïne du roman Les Martyrs. L'écrivain y avait aménagé son bureau et sa bibliothèque.

Le narrateur, né en 1768, étant âgé de 9 ans au  moment des faits rapportés ("le chevalier de Chateaubriand, âgé de neuf ans"...), les faits se déroulent donc en 1777.

Distinguez bien entre le moment de l'écriture, le moment des faits et le moment de la parution du livre.

Le genre autobiographique pose le problème (philosophique) de l'identité et de la permanence de la personne.  Le narrateur est et n'est pas le même que celui qui a vécu l'événement qu'il rapporte. Il y a donc un décalage entre les faits (le vécu), la narration et l'interprétation des faits.

La situation d'énonciation : 

Rappel : on distingue l'énoncé (le texte) de l'énonciation (les conditions de sa production). La situation d'énonciation est l'ensemble des circonstances dans lesquelles a été produit l'énoncé. Elle répond aux questions : qui ? où ?, quand ?, pourquoi (dans quelle intention) ?, comment ? 

Essayez de répondre à ces questions.

Le schéma narratif : 

Dégagez le plan du texte en distinguant la situation initiale, l'élément modificateur ou perturbateur, les péripéties, l'élément de résolution et la situation finale.

Le schéma actanciel : 

Faire la liste des "actants" (personnages agissants) dans ce texte et précisez leurs interactions.

Les registres : 

Lyrique (poétique) : la présence de la nature, la description du paysage marin, la nostalgie de l'enfance.

Didactique : l'explication du jeu auquel se livre les enfants.

Comique : le registre comique est un ensemble d'éléments (forme, effets, etc.) propres à distraire et à amuser le public ou le lecteur. On distingue plusieurs formes de comique : le comique de situation, le comique de gestes, le comique de répétition, le comique de mots, le comique de caractère. Donnez des exemples dans le texte.

Montrez en quoi la définition bergsonienne du comique : "de la mécanique plaquée sur du vivant" s'applique à ce texte.

Parodique : Expliquer ce qu'est le registre épique et montrez que  la dernière  partie du texte est une parodie du registre épique. 

Héroï-comique :  Le registre héroï-comique est un art du décalage qui consiste à traiter un sujet bas en style élevé (exemple : Le Lutrin de Boileau). On appelle burlesque le décalage inverse, qui consiste à traiter un sujet noble en style vulgaire (exemple : L'Iliade travestie de Scarron). 

Le point de vue narratif : Le texte est rédigé en point de vue interne (focalisation interne) ; les choses sont vues à travers le regard, la subjectivité de l'auteur-narrateur devenu adulte.

Les types de textes : 

Montrez, en donnant des exemples, que le passage comporte les trois types de textes : récit, description et paroles rapportées. Quel est le type de texte le plus employé ?

Les champs lexicaux et/ou les concepts-clés : 

La mer - l'enfance - le jeu - l'aristocratie - les domestiques (du latin domus = maison) - la féodalité - la guerre (cherchez des exemples dans le texte)

Les figures de style : 

Métaphores : "magot" ("chacune saisissant son magot et lui donnant une tape") ; un magot est un petit singe. Expliquez et commentez la métaphore.

Oxymores : "l'armée femelle"

Hyperboles :  (cherchez des exemples). Montrez que l'emploi de cette figure de style caractérise  le registre épique et sa parodie héroï-comique.

Le niveau de langue : 

Courant/soutenu : Donnez des exemples. Montrez le rapport entre le registre héroï-comique et le niveau de langue soutenu.

Les temps, les modes et leur valeur d'aspect :

Montrez que le texte relève essentiellement du système du passé (alternance imparfait/passé simple)

"Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux" ; "le flot arrivait, il faisait du vent" : l'imparfait a-t-il la même valeur d'aspect dans ces deux phrases ? Quelle est leur valeur respective ?

"de gros pieux enfoncés dans le sable protègent les murs contre la houle ; "Les bonnes fondent sur moi ; je leur échappe...". Le présent a-t-il la même valeur d'aspect dans ces deux phrases ? Quelle est leur valeur respective ?

"Descendez, Mademoiselle ! descendez Monsieur !" : A quel système temporel appartient cette phrase ? (système du présent ou système du passé, énoncé ancré ou non ancré dans la situation d'énonciation ?). Pourquoi le narrateur a-t-il choisi de rapporter les paroles de cette manière ?

Les connecteurs :

Spatiaux : "sur la grève", "à l'éventail de", "au pied du château", "le long du sillon", "de gros pieux enfoncés dans le sable", "contre la houle", "au haut de ces pieux", "j'étais le plus en pointe", "Gesril se trouvait à l'autre bout du côté de la terre", "entre les pilotis", 'il pousse l'enfant assis auprès de lui", "celui-là se renverse sur un autre", "celui-ci sur un autre", "il n'y eut que la petite fille de l'extrémité de la ligne sur laquelle je chavirai qui, n'étant appuyée par personne, tomba.", "retroussant leurs robes et tripotant dans la mer", "mais elle déclara que François l'avait jeté bas", "les bonnes fondent sur moi", "je cours me barricader dans la cave de la maison, "il monte chez lui, et avec ses deux sœurs jette par la fenêtre des potées d'eau et des pommes cuites aux assaillantes", "mais cette nouvelle se répandit dans la ville".

Temporels : "à l'heure de la marée", "lorsqu'elle s'engouffre entre les pilotis", "elles levèrent le siège à l'entrée de la nuit".

Les indications de temps et de lieux sont indispensables à la compréhension du jeu auquel se livrent les enfants, en particulier à la manière dont il se termine.

La structure des phrases : 

On remarque la présence d'une majorité de phrases simples (propositions indépendantes) en asyndète (absence de mots de liaison) ou de propositions indépendantes coordonnées (et, mais). Ce choix d'écriture contribue à donner de la vie et du rythme à la narration. Cherchez des exemples.

Les types de phrases : 

La plupart des phrases sont déclaratives. Présence d'une phrase exclamative (impérative) : "descendez, Mademoiselle ! descendez, Monsieur !"

La modalisation : 

"jolie mignonne", "chacune saisissant son magot", "l'armée femelle me pourchasse", "mon père et ma mère étant heureusement sortis", "la Villeneuve défend vaillamment la porte...", "Le véritable auteur du mal", "l'avant-garde ennemie", "assaillantes", "siège", "et le chevalier de Chateaubriand passa pour homme atroce, un reste de ces pirates dont saint Aaron avait purgé son rocher". Expliquez à chaque fois en quoi consiste la modalisation.

Montrez que la modalisation est en rapport avec le registre comique et héroï-comique.

Proposition de problématique :

En quoi ce texte consiste l'agrément de ce texte ? 

Axes d'étude :

I. Une petite comédie complète

a) Le statut du narrateur (la dimension autobiographique). Les personnages (actants) et leurs relations dans le schéma actanciel

b) Le schéma  narratif

II. Les différentes sortes de comique

a) Le comique de situation, de caractère, de geste et de parole

b) Les relations entre les enfants et les adultes, en particulier "les bonnes et les domestiques" 

III. La dimension héroï-comique du texte

a) Le champ lexical de la guerre (siège d'un château-fort)

b) Les hyperboles et la modalisation

Conclusion : 

Reprendre les conclusions partielles auxquelles vous avez abouti et faire une ouverture. Expliquez, par exemple,  que ce passage présente une image espiègle et insouciante, très différente de l'idée que l'on se fait habituellement de l'auteur.

Proposition d'introduction : 

François-René, vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo le 4 septembre 1768 et mort à Paris le 4 juillet 1848, est un écrivain, mémorialiste et homme politique français. Il est considéré comme l'un des précurseurs du romantisme et l'un des grands noms de la littérature française.

Les Mémoires d'outre-tombe sont la principale œuvre de François-René de Chateaubriand. Sa rédaction commence en 1809, sous le titre Mémoires de ma vie, et s'achève en 1841.

L'auteur, le narrateur et le personnage principal de ce récit autobiographique sont une seule et même personne : François-René de Chateaubriand devenu adulte. Il rédige ce texte en 1812, à l'âge de 44 ans, dans sa propriété de la "Vallée aux Loups", près de Paris, dans la "Tour Velléda" où il avait aménagé son bureau et sa bibliothèque. 

L'écrivain porte un regard amusé sur un épisode de son enfance à Saint-Malo où son père était armateur.

En quoi consiste l'agrément de ce texte ?

Nous montrerons dans une première partie que ce récit est une scène de comédie complète, nous étudierons ensuite sa dimension comique et enfin sa dimension parodique.

Remarques sur le schéma actanciel :

L'expression "jolie mignonne" suggère que François est attiré par la petite fille. C'est donc intentionnellement qu'il s'est assis sur le pieu précédent, à moins, comme le suggère l'auteur ("les places étant prises comme de coutume"), qu'ils ne soient arrivés après les autres et que toutes les places n'aient été déjà occupées.

Quelle est la part de l'intention semi-consciente et/ou de la volonté délibérée, quelle est celle du hasard, le narrateur dit-il toute la vérité... ?

On ne peut s'empêcher de penser qu'il y a une certaine complicité entre Gesril,  "le véritable auteur du mal" et François, ce que confirme la fin du récit où ils font cause commune contre les "assaillantes".

Il semble que d'ordinaire les enfants se contentaient de s'asseoir sur les pieux et que, pour la première fois, Gesril introduit une dangereuse "variante" au jeu, variante qui aboutit au "chavirement" de François sur Hervine et à la chute dans l'eau de cette dernière.

Outre une malicieuse évocation des ruses du désir et de l'inconscient enfantin, l'auteur esquisse sous une forme plaisante et sans avoir l'air d'y toucher,  une sociologie des relations entre maîtres et domestiques à la fin du XVIIIème siècle, une  physique inspirée du "pendule de Newton" et une théologie gnostique.

L'expression "le véritable auteur du mal" s'applique à Gesril, mais pourrait également s'appliquer au Dieu "premier moteur", assimilé à un garnement facétieux et peu recommandable plutôt qu'à un être infiniment bon.

Qui est responsable de la chute d'Hervine Magon ? Selon "les bonnes et les domestiques" et selon la "victime" elle-même, c'est François, l'enfant qui était placé immédiatement avant elle. Mais selon François, "le véritable auteur du mal" est Gesril, celui qui a donné l'impulsion volontaire initiale.

François est "la cause seconde prochaine" du mal,  mais Gesril en est la "cause première" et donc François peut se sentir moins responsable et donc moins coupable que Gesril.

On reconnaît ici ce que dit le Livre de la Genèse du rôle de l'imitation dans la tentation ("C'est pas moi, c'est l'autre !")

Quant aux autres enfants, ils sont collectivement et passivement "responsables", chacun à leur manière et chacun son tour, dans l'enchaînement mécanique des causes et des effets qu'ils transmettent et qu'ils subissent, à l'exception d'Hervine Magon qui ne fait que "subir", même si elle est moins "innocente" qu'elle le laisse entendre.

Il y ici une fascinante évocation d'un véritable "jeu sacrificiel" dans lequel chaque enfant est responsable sans l'être vraiment de l'élimination collective (mais ici sans grand dommage) d'une sorte de  "victime sacrificielle".

Enfin, le lecteur peut se demander si la fin du texte (la poursuite et l'assaut de de la maison de François) ne relève pas de l'auto-fiction, plutôt que de l'autobiographie proprement dite, le narrateur développant le registre héroï-comique au dépens du souci de vraisemblance et de fidélité aux faits. On ne peut s'empêcher de penser aux souvenirs de Napoléon Bonaparte à l'école militaire de Brienne dans Le mémorial de Saint-Hélène.

Selon le "pacte de lecture" du genre, l'auteur s'engage à dire la vérité, mais il ne dit pas toujours toute la vérité, rien que la vérité et l'intérêt du texte réside autant dans ce qu'il dit que dans ce qu'il ne dit pas et donc dans la part d'interprétation qu'il requiert et les interrogations qu'il suscite, sachant, comme le dit Henry James dans Washington Square, "qu'on ne sait jamais le tout de rien".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :