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"Tu la vois la catastrophe... ?"

"Tu la vois, la catastrophe, qui t’arrive en plein nez ?
Tu la sens, la cendre qui s’envole quand les forêts brûlent du Brésil à l’Alaska, de la Sibérie à Bornéo en passant par la Provence ?
Tu le respires, cet air lourd, chargé de monoxyde de carbone et de gaz carbonique, qui raconte la ruine d’une civilisation entière?
Tu les vois, ces bêtes, qu’on élève dans des boites immenses pour les consommer trop, après les avoir gavées de cultures dérisoires qui remplacent le bocage où elles paissaient jadis ?
Tu le vois, ton corps plein de sucre, de gras, de pesticides, de nano particules dont certains te remplissent en te priant de croire qu’ils le font pour ton bien ?
Tu les vois, les migrants sous les ponts, sur les quais, dans tes rues, noirs comme l’ébène ou blanc foncé comme l’ivoire fossile, qui cherchent un abri dans une langue que tu ne parles pas, pour des raisons que tu ne comprends pas, d’une façon qui te fait peur ?
Tu la sens, ta colère, quand tes vieux meurent de ne pas être riches, quand tes gamins attendent sans fin dans les services d’urgences surchargés parce que la clinique vaut mieux que l’hôpital que toi, imbécile, peux seulement te payer ?
Tu sens tes nerfs se tendre quand on te raconte les caisses de l’Etat vides, alors que ton pays est champion du monde des dividendes et de leur fructification obscène, et qu’une poignée de fous possèdent plus que nous tous réunis?

Tu la ressens, ta rage, quand on préfère salir une jeune autiste activiste que de dévisser les responsables du crime climatique de leur piédestal de pognon et de collusion ?
Tu les entends, la misère intellectuelle et la pauvreté du bon sens, quand tout le monde connaît les causes des maux, quand les sciences convergent et que l’abrutissement généralisé les fait passer pour fausses ?

Tu la sens trembler, ton âme, quand tu sais mais n’agis pas, quand tu as peur de changer de façon de vivre parce que tu crois que tu y perdrais trop?

Tu le sens t’aspirer, le vide dans lequel tu t’engouffres quand la spirale t’emporte avec tous ces mensonges, alors que tu vois bien que tout ce modèle que tu préserves malgré toi ne peut que s’effondrer?

Tu les entends, les cages des gardés à vue, celles des expulsés vers des pays de mort, les vagues qui ballotent les cadavres flottants ?
Tu les entends mugir, les taureaux torturés pour satisfaire l’horreur d’une culture impensable ?

Tu les entends, mes cris et mes tripes se répandre, quand j’enrage à ne pouvoir qu’être un simple jardinier qui cultive l’espoir de parvenir ensemble à des solutions justes ?
Tu la vois ma misère à n’être pas partout où je devrais ?
Tu la partages, ma peine, à n’être qu’un seul pion quand il faudrait des hordes ?
Tu la vis, ma révolte, à perdre autant de temps à trier les nuisances que tu es en mesure de refréner un peu ?

Tu le portes avec moi, ce bouclier si lourd, qui nous sépare encore du pire qui s’y assied ?
Tu les fais avec moi, ces gestes qui nous sauvent, là où nous sommes meilleurs qu’en tout autre domaine ?
Tu la sens dans ta main celle que je t’ai tendue pour m’aider à tirer ce qui gît dans les flammes ?
Tu la sens, ta poitrine, quand ton cœur bat plus fort parce que tu as trouvé ce que tu pouvais faire ?
Tu l’aideras un peu, cet avenir possible, à ne pas être seulement un océan de larmes ?
Tu la feras ta part, comme j’essaie de la faire, aussi anecdotique qu’elle paraisse à nos yeux ?

Tu la planteras, la graine d’une société meilleure qu’on nous empêche d’espérer ?
Tu les verras, ce champ, cette forêt et cette prairie où certaines germent déjà malgré l’immonde, la menace, le sordide et la mort.
Tu le boiras, ce vin des vignes qu’on y aura plantées.
Tu l’auras, ce frère, pour le boire avec toi. "

Eric Lenoir

#Edit : Si ce texte vous parle, je vous invite à le copier-coller dans un post, plutôt que de partager le mien. Sa visibilité en sera grandement améliorée. Merci.

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