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Thomas Bernhard, Un enfant
Thomas Bernhard, Un enfant

Thomas Bernhard, Un enfant (Ein Kind), traduit de l'allemand par Albert Kohn, NRF Gallimard, 1982

L'auteur :

Thomas Bernhard (Heerlen, Pays-Bas, 9 septembre 1931 - Gmunden, Autriche, 12 février 1989) est un écrivain et dramaturge autrichien. Son enfance à Salzbourg auprès de son grand-père maternel, au temps du nazisme triomphant, est marqué par de nombreux événements et par la maladie (la tuberculose). Il voyage à travers l’Europe, en Italie et en Yougoslavie puis revient étudier à l’Académie de musique et d'art dramatique de Vienne ainsi qu'au Mozarteum de Salzbourg. Son premier roman "Gel" lui vaut de nombreux prix et une reconnaissance internationale. Plusieurs de ses pièces seront jouées dans de nombreux pays et en France à partir de 1960. Thomas Bernhard a obtenu en 1970 le prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire d’Allemagne occidentale. Entre 1975 et 1982, il publie un cycle de cinq œuvres autobiographiques : L'Origine, La Cave, Le Souffle, Le Froid et Un enfantAuteur au style singulier, misanthrope, vivant une relation d'amour et de haine avec son pays natal, Thomas Bernhard est un des auteurs les plus importants de la littérature germanique d'après-guerre. Essentiellement connu comme dramaturge et romancier, son œuvre la plus marquante est probablement Le Neveu de Wittgenstein. Thomas Bernhard a écrit 250 articles, 5 recueils de poésie, 31 grands textes en prose et nouvelles, 20 pièces de théâtre.

Quatrième de couverture :

Dans ce cinquième volume de son autobiographie, Thomas Bernhard fait le récit de son enfance. 

Né discrètement en Hollande où sa mère va cacher un accouchement hors mariage, il est bientôit recueilli par ses grands-parents qui vivent à Vienne. La crise économique des années trente force les grands-parents à s'établir dans un village aux environs de Salzbourg. L'enfant découvre avec ravissement la vie campagnarde.

Le grand-père, vieil anarchiste, doit aller s'installer ensuite à Traunstein en Bavière. Le jeune Thomas se familiarise avec  le monde de la petite ville, commence à s'émanciper, fait l'école buissonnière et ses premières escapades à vélo. Il découvre aussi le national-socialisme et la guerre aérienne.

"Le monde enchanté de l'enfance" n'est pas celui du petit Thomas. Persécuté par ses maîtres, souffrant  du complexe de l'immigré et du pauvre, il a plusieurs fois la tentation du suicide, tentation qui hantera aussi l'adolescent et le jeune homme.

Dans ce récit Thomas Bernhard voue tout son amour à la personnalité souveraine de son grand-père. De lui-même, il parle avec un humour inhabituel dans le sombre tableau de misère, de désespoir et aussi de révolte que reflète son oeuvre admirable."

Extraits :

"Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement.

Nous voyons, quand nous sommes en leur compagnie, ce qui est réellement, non seulement la salle, nous voyons la scène et nous voyons tout, derrière la scène.

Depuis des millénaires les grands-pères créent le diable là où sans eux il n'y aurait que le Bon Dieu. Par eux nous avons l'expérience du spectacle entier dans son intégralité, non seulement du misérable reste, le reste mensonger, considéré comme une farce.

Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d'intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d'élémentaire,et, par cette attention continuelle à l'essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d'asphyxie..." (p.25-26)

"Je connaissais son aversion pour le bavardage qui accumule les détails. Les gens à moitié cultivés ne font que resservir sans cesse leur affreuse ratatouille éventée, disait-il.

Il n'était entouré que de gens à moitié cultivés. Ils le dégoûtaient quand ils élevaient la voix. Jusqu'à son dernier jour il détesta leur façon dilletante d'articuler. Quand parle un homme simple, c'est un délice. Il parle, il ne bavarde pas. Plus les gens deviennent cultivés, plus leur bavardage devient insupportable.

Je réglai entièrement ma conduite sur ces sentences. Ecouter un maçon, un bûcheron, nous le pouvons, écouter un homme cultivé ou un homme soi-disant cultivé, car il n'y a assurément que des gens soi-disant cultivés, nous ne le pouvons pas.

Malheureusement nous n'entendons toujours que les bavards bavarder, les autres se taisent parce qu'ils savent très bien qu'il n'y a pas beaucoup de choses à dire." (p.28)

 

 

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