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Introduction possible :

L'auteur :

Jean-Paul Sartre, (1905-1980), écrivain et philosophe français, principal représentant du courant existentialiste athée, a marqué la vie intellectuelle et politique française de 1945 à la fin des années 80.

L'oeuvre :

Ce texte est extrait de son autobiographie Les Mots, publiée dans sa revue Les Temps modernes, en 1963, puis en 1964,  aux Editions Gallimard.

Le récit couvre son enfance de 4 à 11 ans et se divise en deux parties : "Lire" et "Ecrire". Le titre originellement prévu était "Jean sans terre" ("Jean sans père" ?), en référence à Jean d'Angleterre qui n'avait pas reçu de fief en héritage.

Le thème du passage : 

Dans ce passage, l'auteur-narrateur explique qu'à l'abri du cocon familial où on l'adule, la fréquentation des livres est devenue la raison d'être de son existence solitaire. Mais au cours de ses promenades au jardin du Luxembourg, en compagnie de sa mère, il découvre une autre "vérité".

Problématique : Comment l'auteur-narrateur parvient-il à susciter à la fois la compassion et l'amusement du lecteur ?

Axes d'étude : Nous étudierons d'abord la relation entre l'auteur-narrateur enfant (Pilou) et les autres enfants, puis la relation entre l'enfant et sa mère.

Les registres : 

Lyrique : L'auteur exprime des sentiments personnels (l'admiration, l'envie) à la première personne du singulier : "comme ils étaient forts et rapides ! comme ils étaient beaux !"

Pathétique : (registre destiné à provoquer chez le lecteur un sentiment de tristesse et de compassion) : "je les regardais avec des yeux de pauvre" - "devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence spadassine" - "j'avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait..." - "un gringalet qui n'intéressait personne" - "elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d'arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus" - "Ca ne tournait pas rond"

Héroï-comique (parodie du registre épique) :  Le registre héroï-comique est un art du décalage qui consiste à traiter un sujet bas en style élevé (on appelle burlesque le décalage inverse, qui consiste à traiter un sujet noble en style vulgaire) : "comme il étaient forts et rapides ! comme ils étaient beaux !" "Devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse..." - "Avance Pardaillan..."

Satirique : "Devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse, mon savoir universel, ma musculature athlétique, mon adresse spadassine." Dans cette énumération, l'auteur narrateur se moque de lui-même (autodérision) ; "héros de chair et d'os" s'oppose à "héros de papier".

Comique : Registre comportant des notations destinées à faire rire ou à faire sourire : "j'aurais accepté de faire un blessé sur une civière, un mort"- "un gringalet" - "Elle aimait que je fusse, à huit ans, resté portatif et d'un maniement aisé : mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé - "Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir" - "je me vengeais de mes déconvenues par six mots d'enfant et le massacre de cent reîtres"

Laudatif : Le registre laudatif cherche à mettre en valeur un ou plusieurs personnage, à en faire l'éloge, de façon à susciter chez le lecteur l'admiration. Il est souvent utilisé dans des descriptions ou des portraits : "Comme ils étaient forts et rapides ! Comme ils étaient beaux !"

Le point de vue narratif : 

Les choses sont vues du point de vue du narrateur devenu adulte.

Types de textes : 

On trouve les trois types de textes : récit, description et paroles rapportées au style direct.

Champs lexicaux :

Les qualités : "forts", "rapides", "beaux", "héros", "intelligence prodigieuse", "musculature athlétique", "adresse spadassine"

La guerre : "prisonnier", "blessé", "civière", "mort"

La taille : "grande" (et belle femme), "courte" (taille), grands (les Schweitzer sont grands), "petits" (les Sartre petits), "portatif", "d'un maniement aisé", "format réduit", "nain".

Figures de style : 

Métaphores : "des yeux de pauvre" : Poulou regarde les enfants qui jouent avec la même envie et la même tristesse qu'un pauvre regarde un riche parce qu'ils ont, selon lui, des qualités qu'il n'a pas (la force, la rapidité, la beauté...) - "perchoir" : le narrateur compare plaisamment la bibliothèque de l'appartement familial à un lieu où perchent les volatiles, les oiseaux domestiques - "ni merveille, ni méduse".

Hyperboles (exagérations) : "intelligence prodigieuse", "savoir universel", musculature athlétique", "adresse spadassine" - "j'aurais accepté dans l'enthousiasme de faire un blessé sur une civière, un mort" - "un gringalet qui n'intéressait personne" (Poulou exagère son insignifiance aux yeux des autres.), "Elle aimait que je fusse à huit ans, resté portatif et d'un maniement aisé" (il exagère ici sa petite taille) - "j'aurais accepté les besognes les plus basses, je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter" - "les hauts lieux où soufflait l'esprit" (Le narrateur parodie la première phrase de La colline inspirée (1913) de Maurice Barrès, un écrivain de droite pour lequel il n'éprouve pas beaucoup de sympathie) - "le massacre de cent reîtres" (exagération typique du registre épique et héroï-comique)

Les temps et les modes et leur valeur d'aspect : 

Le temps dominant est l'imparfait d'habitude (itératif)  : "des enfants jouaient", je m'approchais", ils me frôlaient", "je les regardais", "je perdais (mon intelligence prodigieuse)", "je m'accotais (à un arbre)", "j'attendais", (leur indifférence me) condamnait, "je n'en revenais pas", "un gringalet qui n'intéressait personne", "ma mère cachait mal son indignation".

L'emploi de l'imparfait itératif suggère que les événements racontés dans le texte se sont déroulés un grand nombre de fois, que le narrateur enfant et sa mère ont subi des échecs répétés.

Imparfaits descriptifs :  "Il y avait une autre vérité", "ça ne tournait pas rond"

Conditionnel passé première forme : "j'aurais accepté"

Passé simple : "l'occasion ne m'en fut pas donnée"

Présent de l'impératif : "Avance Pardaillan"

Futur de l'indicatif : "c'est toi qui feras le prisonnier"

Plus-que-parfait de l'indicatif : "j'avais rencontré (mes vrais juges)"

Imparfait du subjonctif : "elle aimait que je fusse"

Indications de temps et de lieux :

"Sur les terrasses du Luxembourg", "je m'accotais à un arbre", "les dames qui tricotaient sur des fauteuils de fer", "nous allions d'arbre en arbre et de groupe en groupe", "au crépuscule", mon perchoir", les hauts lieux où soufflait l'esprit, mes songes".

Il y a donc deux lieux : le jardin du Luxembourg et le "perchoir" (la bibliothèque familiale) dans l'appartement familial. L'épreuve se déroule du début de l'après-midi à la tombée de la nuit.

Le plan du texte : 

De : "il y avait une autre vérité", jusqu'à  : "qui n'intéressait personne" : Poulou cherche vainement la reconnaissance de ses pairs. 

De : "ma mère cachait mal son indignation", jusqu'à : "toujours exclu" : la mère de Poulou essaye maladroitement de lui venir en aide.

De : "Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir" jusqu'à la fin : Poulou retourne  au nid familial où il regagne son "perchoir" (la bibliothèque familiale).

Plutôt qu'un schéma narratif linéaire unique (situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution, situation finale) on est en présence d'un schéma cyclique répété.

La structure des phrases :

Majorité de phrases simples (un seul verbe) en asyndète (coordonnées ou juxtaposées) ; ce procédé rend le récit très vivant.

La modalisation (présence du narrateur dans l'énoncé) :

"une autre vérité", "je les regardais avec des yeux de pauvre", "comme ils étaient forts et rapides ! comme ils étaient beaux !", "héros de chair et d'os", "intelligence prodigieuse", "savoir universel", "musculature athlétique", "adresse spadassine", "brutalement jeté", "j'aurais accepté...", "vrais juges", "leur indifférence  me condamnait", "je m'en revenais pas de me découvrir par eux", "ni merveille ni méduse, un gringalet qui n'intéressait personne", "indignation", "grande et belle femme", "un nain... ce que je ne suis pas tout à fait", "Pour me sauver du désespoir elle feignait l'impatience", "mon orgueil", "implorants", "exclus", "perchoir", "les hauts lieux où soufflait l'esprit, mes songes", "ça ne tournait pas rond".

La modalisation insiste sur le fait qu'il y a deux vérités qui se contredisent, celle du foyer familial où l'enfant est adulé par sa mère et son grand-père et celle du jardin du Luxembourg où il est confronté à d'autres enfants de son âge aux yeux desquels il n'est qu'un "gringalet" qui n'intéresse personne.

 


 

 

 

 

 

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