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Jean-Paul Sartre, Les Mots (extrait + questions + éléments de réponses)

Jean-Paul Sartre, les Mots, Editions Folio Gallimard

L'auteur :

Jean-Paul Charles Aymard Sartre, né le 21 juin 1905 dans le 16e arrondissement de Paris et mort le 15 avril 1980 dans le 14e arrondissement, est un écrivain et philosophe français, représentant du courant existentialiste, dont l'œuvre et la personnalité ont marqué la vie intellectuelle et politique de la France de 1945 à la fin des années 1970. 

L'oeuvre :

Les mots est le titre d'une autobiographie publiée par Jean-Paul Sartre en 1964 chez Gallimard. Le texte est d'abord paru dans sa revue Les Temps modernes, no 209, octobre et no 210, novembre 1963.  Le récit couvre son enfance de 4 à 11 ans et se divise en deux parties : « Lire » et « Écrire ». Le titre originellement prévu était Jean sans terre (Jean sans père ?), mais aussi en référence à Jean d'Angleterre, sans héritage.

Le texte à commenter : 

Dans ce récit autobiographique consacré à son enfance, le narrateur-auteur explique qu'à l'abri du cocon familial où on l'adule, la fréquentation des livres est devenue pour lui la vérité de son existence solitaire. Mais il en voit une autre, qu'il découvre au cours de ses promenades dans le jardin du Luxembourg, au coeur de Paris, en compagnie de sa mère...

"Il y avait une autre vérité. Sur les terrasses du Luxembourg, des enfants jouaient, je m'approchais d'eux, ils me frôlaient sans me voir, je les regardais avec des yeux de pauvre : comme il étaient forts et rapides ! comme ils étaient beaux ! Devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse, mon savoir universel, ma musculature athlétique, mon adresse spadassine (1) ; je m'accotais à un arbre, j'attendais. Sur un mot du chef de la bande, brutalement jeté : "Avance, Pardaillan (2), c'est toi qui feras le prisonnier", j'aurais accepté dans l'enthousiasme de faire un blessé sur une civière, un mort. L'occasion ne m'en fut pas donnée : j'avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait. je n'en revenais pas de me découvrir par eux : ni merveille ni méduse (3), un gringalet (4) qui n'intéressait personne. 

Ma mère cachait mal son indignation ; cette grande et belle femme s'arrangeait fort bien de ma courte taille, elle n'y voyait rien que de naturel : les Schweitzer (5) sont grands et les Sartre petits, je tenais de mon père, voilà tout. Elle aimait que je fusse, à huit ans, resté portatif et d'un maniement aisé : mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé. Mais, voyant que nul ne m'invitait à jouer, elle poussait l'amour jusqu'à deviner que je risquais de me prendre pour un nain - ce que je ne suis pas tout à fait - et d'en souffrir. Pour me sauver du désespoir elle feignait l'impatience : "Qu'est-ce que tu attends, gros benêt ? Demande-leur s'ils veulent jouer avec toi." Je secouais la tête : j'aurais accepté les besognes les plus basses, je mettais mon orgueil à ne pas les solliciter. Elle désignait des dames qui tricotaient sur des fauteuils de fer : "Veux-tu que je parle à leurs mamans ?" Je la suppliais de n'en rien faire ; elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d'arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus. Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir (6), les hauts lieux où soufflait l'esprit, mes songes : je me vengeais de mes déconvenues (7) par six mots d'enfant et le massacre de cent reîtres (8). N'importe : ça ne tournait pas rond."

Jean-Paul Sartre, Les Mots, 1964, Ed. Gallimard

1. Digne d'un habile tueur à gages (au XVIIème siècle) - 2. Héros des romans populaires de cape et d'épée de Michel Zevaco, alors en vogue et que le narrateur lisait avec passion - 3. Personnage féminin de la mythologie grecque, caractérisé par sa laideur terrifiante - 4. Garçon petit, chétif et sans force - 5. Nom de la branche familiale maternelle - 6. La bibliothèque de l'appartement familial où le narrateur passe le plus clair de son temps - 7. Déceptions - 8. Soldats allemands au service de la France du XVème au XVIIème ; soldats brutaux, soudards.

Questions sur le texte : 

1. Quel est le genre de ce texte ? (narrateur ? auteur ?)

2. Quel âge a l'enfant (Poulou) au moment des événements racontés ? Quel âge a le narrateur au moment de la parution du livre?

3. Quel est le temps dominant de ce texte ? Quelle est la valeur d'aspect de ce temps ?

4. Quelles sont les trois parties de ce texte ?

5. Expliquez : "Je les regardais avec des yeux de pauvre."

6. A quoi s'oppose "héros de chair et d'os" ?

7. Montrez que le narrateur enfant (Poulou) s'identifie au héros de son roman favori ?

8. Pourquoi l'enfant (Poulou) aurait-il été jusqu'à accepter de faire le prisonnier ou même le mort ?

9. Expliquez : "je n'en revenais pas de me découvrir par eux."

10. Pourquoi le mère de Poulou est-elle indignée ?

11. Quelle image se fait-elle de son fils ? (Montrez que cette image est contradictoire)

12. Expliquez : "Je me vengeais de mes déconvenus par six mots d'enfant et le massacre de cent reîtres. "Qu'est-ce qu'un "mot d'enfant" ? Chercher un exemple.

13. Expliquez :  "N'importe : ça ne tournait pas rond."

14. A quelle vérité l'enfant croyait-il ? Quelle "autre vérité" découvre-t-il ? 

15. Étudiez le mélange de pathétique et de comique dans ce texte (registre tragi-comique).

Eléments de réponse : 

Il s'agit d'un texte autobiographique. L'auteur, le narrateur et le personnage principal du texte (l'enfant, surnommé "Poulou") sont une seule et même personne. Le texte porte les marques de la première personne du singulier ("je m'approchais d'eux", "mon savoir universel", "Ma mère cachait mal son indignation") le récit se déroule en 1913. Né en 1905, l'auteur a donc huit ans au moment des faits. Le livre est paru en 1964 ; il avait donc 58 ans. Il s'est donc écoulé une soixantaine d'années entre le moment des faits (le moment où se déroulent les faits) et le moment de l'écriture. Le caractère autobiographique du texte peut se déduire du paratexte (présentation du thème, date de publication du livre, nom de l'auteur)  et des marques de la première personne du singulier.

Le temps dominant est l'imparfait d'habitude (ou itératif) qui évoque une action passée qui se répète. Au lieu d'être linéaire et ponctuel, le schéma narratif est répétitif et circulaire. L'auteur-narrateur suggère que les faits évoqués se sont reproduits un grand nombre de fois, que le narrateur et sa mère ont subi des échecs douloureux et répétés  : "toujours implorants, toujours exclus". 

Le texte est divisé en trois parties : depuis "Il y avait une autre vérité" : jusqu'à "qui n'intéressait personne", Poulou cherche à être reconnu par ses pairs, mais se heurte à leur indifférence. Depuis "Ma mère cachait mal son indignation", jusqu'à "toujours implorants, toujours exclus" : la mère tente maladroitement d'aider son fils. Depuis "Au crépuscule jusqu'à la fin : l'enfant regagne son "perchoir".

"Je les regardais avec des yeux de pauvre" : Poulou contemple les enfants du jardin du Luxembourg avec un mélange d'admiration, de tristesse et d'envie, comme un pauvre regarde un riche car il lui semble qu'ils possèdent ce qu'il n'a pas : la force, vélocité et la beauté.

"Devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence prodigieuse..." : "héros de chair et d'os s'oppose à personnages ou héros de papier. L'auteur-narrateur oppose la réalité à la fiction, les enfants de chair et d'os du jardin du Luxembourg aux héros fictifs comme Pardaillan ou Michel Strogoff.

L'enfant continue à s'identifier à Pardaillan : "Avance Pardaillan, c'est toi qui feras le prisonnier", mais a désormais tendance, confronté à la réalité de "ces héros de chair et d'os", à perdre à ses propres yeux les qualités de Pardaillan : la musculature athlétique et l'adresse spadassine, à se rendre compte que ces belles qualités étaient purement imaginaires.

L'enfant vit dans son propre monde, un monde parallèle au monde "réel", où il est Pardaillan et il s'imagine que tout le monde partage cette vision, vit dans le même monde que lui, un monde dont il est le centre, que le chef de la bande va lui dire : "Avance Pardaillan", ce qui est impossible. On peut parler chez Poulou d'une forme de solipsisme car il ne se met pas à la place des autres. Il a une attitude magique, comme s'il croyait que les autres pouvaient lire dans ses pensées. Le lecteur sait ce que pense Poulou (point de vue interne), mais il ignore complètement ce que pensent vraiment les enfants.

Pour reprendre la distinction de René Girard dans Vérité romanesque et mensonge romantique, Poulou faisait jusque là, l'expérience de la "médiation externe" : il imitait des héros avec lesquels il n'y avait pas de rivalité possible, comme le fait Don Quichotte avec Amadis de Gaule. Mais avec les enfants du jardin du Luxembourg, il fait l'expérience de la "médiation interne", de la rivalité pour la plénitude ontologique dont il se sent désormais dépossédé.

La médiation externe est un phénomène normal dans le développement psychologique d'un enfant qui a tend à s'identifier à un adulte du même sexe que lui (le garçon au père et la fille à la mère), mais elle pose problème si le modèle est défaillant.

Si l'enfant ne peut pas s'identifier au modèle parental, il "choisit" en général un autre modèle, réel ou imaginaire, comme c'est le cas de Poulou qui n'a pas connu son père.

Dans le cas de don Quichotte, l'identification sans discernement à Amadis de Gaule est plus risible que dramatique, comme lorsque "le chevalier à la triste figure" prend des moulins à vent pour des géants. Mais, elle relève, tout de même, chez don Quichotte d'une forme de folie (paranoïa). Toutefois,  il n'y a pas de rivalité possible entre le sujet et le modèle, car ce dernier est trop éloigné du sujet et ne désire pas le même objet (Amadis de Gaule ne convoite pas Dulcinée).

Dans la médiation interne ou mimesis de rivalité, le médiateur se rapproche du sujet. Il peut arriver, par exemple que le père devienne le rival du fils en désirant la même femme (mais qui n'est pas la mère, comme dans le complexe d'Oedipe), comme dans les Frères Karamazov de Dostoïevsky, ou bien que le sujet attribue des qualités supérieures à une ou plusieurs personnes qui le méprisent ou l'ignorent, comme c'est le cas de Poulou dans cet extrait des Mots. La relation du sujet avec le modèle devient alors une source de souffrance, voire de désespoir.

Poulou ne peut pas s'identifier aux enfants, car il pense (à tort ou à raison) qu'ils ne veulent pas de lui. Il se sent rejeté dans les "ténèbres extérieures" de la différence stigmatisante.

Le narrateur note que l'enfant aurait accepté de ne pas endosser le rôle de Pardaillan, un héros de roman de cape et d'épée invincible, en jouant le rôle de prisonnier, de blessé ou même de mort. Ce qui lui importe désormais, c'est d'être reconnu d'une manière et d'une autre par les autres enfants, de faire partie de leur bande, à n'importe quel prix.

Le fait que les enfants sont en bande décuple la souffrance de Poulou. Faire partie de la bande, être exclu de la bande, être indifférent à la bande équivaut pour lui à l'enfer ou au paradis. La connivence, le bonheur apparent d'être ensemble des autres enfants devient un supplice dans la mesure où il ne les partage pas avec eux, qu'il a le sentiment d'en être exclu.

On retrouve à plusieurs reprises dans La recherche du Temps perdu de Marcel Proust la même situation : à propos du groupe des Guermantes et de leurs amis dans leur "baignoire" à l'Opéra, que le narrateur contemple de loin, avec un mélange de souffrance et d'admiration, sans espoir d'en être, à propos de la petite bande des jeunes filles de Combray dont le narrateur aspire deséspérément à faire à faire  partie, et, inversement, de la souffrance du baron de Charlus quand il est exclu de la coterie de Mme. Verdurin.

Note : "Et c’était par conséquent toute sa vie qui m’inspirait du désir ; désir douloureux, parce que je le sentais irréalisable, mais enivrant, parce que ce qui avait été jusque-là ma vie ayant brusquement cessé d’être ma vie totale, n’étant plus qu’une petite partie de l’espace étendu devant moi que je brûlais de couvrir, et qui était fait de la vie de ces jeunes filles, m’offrait ce prolongement, cette multiplication possible de soi-même, qui est le bonheur. Et, sans doute, qu’il n’y eût entre nous aucune habitude — comme aucune idée — communes, devait me rendre plus difficile de me lier avec elles et de leur plaire. Mais peut-être aussi c’était grâce à ces différences, à la conscience qu’il n’entrait pas, dans la composition de la nature et des actions de ces filles, un seul élément que je connusse ou possédasse, que venait en moi de succéder à la satiété, la soif — pareille à celle dont brûle une terre altérée — d’une vie que mon âme, parce qu’elle n’en avait jamais reçu jusqu’ici une seule goutte, absorberait d’autant plus avidement, à longs traits, dans une plus parfaite imbibition." (Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur)

En réalité, si on analyse objectivement la situation, il est rare qu'un groupe d'enfants accepte de jouer avec un autre enfant qu'ils ne connaissent pas. Poulou interprète leur attitude, comme un témoignage de mépris. Peut-être eussent-ils accepté de l'associer à leurs jeux s'il le leur eût demandé,  comme l'y incite sa mère, mais Poulou "met son orgueil à ne pas les solliciter". 

Poulou découvre ce que Schopenhauer appelle le "principe d'individuation" ou "ipséité (du latin ipse = soi-même) : je suis moi et pas un autre et Jacques Derrida la différAnce, non pas le fait de différer de telle ou telle manière (par exemple d'être plus ou moins rapide, plus ou moins fort ou plus ou moins beau qu'un autre), mais la propriété ontologique de différer, de ne pas être identique à l'autre, le principe aristotélicien d'identité (repris par Leibniz), de non-contradition et de tiers exclu : je suis moi et pas un autre, si je suis moi, alors je ne suis pas un autre, je ne peux pas être, en même temps, moi et un autre.

Note : Pour Schopenhauer, adepte du bouddhisme,  le  principe d'individuation est à la fois une cause de souffrance (la principale) et une illusion.

Comme l'a montré René Girard, un des traits caractéristiques de la "médiation interne" est que le sujet interprète comme une intention perverse, la résistance pour ainsi dire "mécanique" que le médiateur oppose à son désir.

Poulou oscille entre deux interprétations différentes : a) Il désire être comme eux : "beau, fort et rapide" et a le sentiment de ne jamais pouvoir être accepté et reconnu comme un pair, un égal,  parce qu'il ne possède pas ou pense ne pas posséder ces qualités - b) Il aurait les qualités requises, mais les autres enfants ne veulent pas de lui.

La deuxième interprétation est celle de sa mère, mais il ne peut pas la faire entièrement sienne parce qu'il s'est rendu compte que l'idée que sa mère se faisait de lui n'était pas cohérente et qu'en tout état de cause,  sa famille privilégiait les qualités intellectuelles au dépens des qualités physiques.

"Je n'en finissais pas de me découvrir par eux" : cette remarque fait référence à la conception sartrienne de l'intersubjectivité, développée dans l'Etre et le Néant, un ouvrage de philosophie publié en 1943 et considéré comme la théorie la plus complète de l'existentialisme.

Sartre y distingue trois dimensions de l'Etre, trois façons d'exister : "l'en-soi", "le pour-soi" et le "pour-autrui". "L'en-soi" est la manière d'exister des choses, le "pour soi" est la conscience que nous avons de nous-mêmes, la conscience de soi, le "pour autrui" est la manière dont les autres nous voient. 

Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty insistent sur l'importance d'autrui dans la construction de la conscience de soi. Autrui n'est pas un objet comme les autres, mais un sujet, une conscience semblable  à la mienne. Les relations humaines ne sont pas placées sous le signe de l'amitié, mais, comme l'avait déjà montré Hegel dans "la dialectique du maître et de l'esclave" dans la Phénoménologie de l'esprit, de la lutte pour la reconnaissance : nous cherchons avant tout à être reconnus par les  autres consciences.

Selon Maurice Merleau-Ponty, "autrui est le médiateur indispensable entre moi-même et moi-même". Sartre ajoute dans le même sens que pour connaître quelque chose de moi-même, il faut que je passe par autrui.

Le regard des autres, la manière dont ils nous perçoivent et nous considèrent,  détermine la manière dont nous nous percevons nous-mêmes. Dans le cocon familial où il est adulé par sa mère et par son grand-père, "Poulou" se perçoit comme un surdoué "à l'intelligence prodigieuse", parce que c'est l'image que lui renvoient sa mère et son grand-père et comme un surhomme à la "musculature athlétique" et à "l'adresse spadassine", parce que c'est l'image qu'il se fait de lui-même en s'identifiant à ses héros préférés.

Mais confronté aux "héros de chair et d'os" du jardin du Luxembourg, il perd toutes ces belles qualités car ses pairs ne le voient pas comme le voient ses proches, comme un être supérieur. En réalité, ils ne le voient pas du tout et l'enfant en déduit qu'il n'est, à leurs yeux, qu'un "gringalet" qui n'intéresse personne.

Poulou "n'en revient pas de se découvrir par eux" comme un être insignifiant, dans l'image de lui-même que lui renvoient ses pairs. Il tombe de haut, il passe du tout au rien, du héros invincible au gringalet insignifiant.

Sa mère est indignée parce qu'elle ne comprend pas que le monde entier ne ratifie pas l'image qu'elle se fait de son fils. Elle éprouve un immense sentiment d'injustice et souffre du "désespoir" de son fils.

Elle se fait de lui une image contradictoire, incohérente, constituée de deux désirs inconciliables : celle d'un surdoué à l'intelligence prodigieuse et en même temps d'un éternel bébé. Elle a deux désirs contradictoires : qu'il reste un petit enfant "portatif et d'un maniement aisé", et en même temps, qu'il soit reconnu par tout le monde comme un être doué de toutes les qualités physiques et morales.

"Je me vengeais de mes déconvenues par six mots d'enfant et le massacre de cent reîtres" : Poulou se venge de l'indifférence des enfants du jardin du Luxembourg à son égard en accomplissant des exploits imaginaires,  sous la forme d'un Pardaillan "à la musculature athlétique et à l'adresse spadassine". 

Un "mot d'enfant" est une remarque qui amuse les adultes. Exemple : "Tiens regarde : un bateau marrant ! (pour un catamaran). Il doit être spontané et quasiment involontaire. Or, Poulou est capable d'en produire à la chaîne, comme un singe savant.

"N'importe, ça ne tournait pas rond" : la dernière phrase du texte se rattache à la première : "Il y avait une autre vérité." Poulou a beau massacrer des reîtres par centaines et aligner sur commande les mots d'enfant, il se rend compte que quelque chose ne va pas, que son imagination et le monde des livres (des "mots", pour reprendre le titre du livre) ne sont plus capables de le protéger de la réalité, qu'il y a une "autre vérité", celle qu'il a découverte au jardin du Luxembourg, et qui menace d'anéantir la première, de la rendre dérisoire et de le faire profondément souffrir.

Le texte mélange habilement deux registres généralement contradictoires : le registre comique, qui cherche à faire rire ou à faire sourire et le registre pathétique, destiné à susciter la compassion du lecteur.

Registre comique (mêlé d'ironie et d'autodérision) comportant des notations destinées à faire rire ou à faire sourire : "j'aurais accepté de faire un blessé sur une civière, un mort"- "un gringalet" - "Elle aimait que je fusse, à huit ans, resté portatif et d'un maniement aisé : mon format réduit passait à ses yeux pour un premier âge prolongé - "Au crépuscule, je retrouvais mon perchoir" - "je me vengeais de mes déconvenues par six mots d'enfant et le massacre de cent reîtres"

Registre pathétique destiné à provoquer chez le lecteur un sentiment de tristesse et de compassion : "je les regardais avec des yeux de pauvre" - "devant ces héros de chair et d'os, je perdais mon intelligence spadassine" - "j'avais rencontré mes vrais juges, mes contemporains, mes pairs, et leur indifférence me condamnait..." - "un gringalet qui n'intéressait personne" - "elle prenait ma main, nous repartions, nous allions d'arbre en arbre et de groupe en groupe, toujours implorants, toujours exclus" : Le narrateur-auteur compare implicitement les déambulations de Poulou et de sa mère à un chemin de croix. - "Ca ne tournait pas rond"

 

 

 

 

 

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