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S.S. Van Dine, La mystérieuse affaire Benson
S.S. Van Dine, La mystérieuse affaire Benson

S.S. Van Dine, Tome 1, La mystérieuse affaire Benson (The Benson Murder Case), 1926, traduit de l'anglais par Alain Tronchat, L'assassinat du canari (The Canari Murder Case), 1927 - La série sanglante (The Green Murder Case), 1928 -  Bibliographie, Filmographie, présentation par Paul Gayot, Librairie des Champs-Elysées, 1999

Table :

Présentation par Paul Gayot - La mystérieuse affaire Benson : Roman - Postface - L'assassinat du canari : Roman, Postface - La série sanglante : Roman - Postface - Chroniques : La némésis rouge - Meurtre à la cour des miracles - L'homme au manteau bleu - La théière empoisonnée ou l'affaire Chorinsky - Bibliographie - Filmographie

A ma connaissance, il n'y a pas eu de suite au Tome I aux Editions du masque et les oeuvres de Van Dine sont difficiles à trouver en librairie, même en occasion. Restent les sites de vente par correspondance comme e-bay  sur lesquels on peut trouver des éditions en traduction française (notamment en livre de poche), dans la langue d'origine (pour les courageux qui veulent parfaire leur anglais) et en italien (il semble que les Italiens soient particulièrement fans de Van Dine), à des prix abordables si on achète le livre pour le contenu (ce qui est mon cas) et non pour la rareté de l'édition (là, on peut atteindre des prix astronomiques).

J'y ai trouvé une édition en français en Livre de poche  de L'assassinat du canari (The Canary Murder Case) et du Fou des échecs (The Bishop Murder Case). Le roman a été traduit sous deux titres différents : Le Fou des échecs et L'Affaire de l'évêque. "Bishop" en anglais signifie "évêque", mais désigne également le fou des échecs. Les deux titres sont possibles car il est question du jeu d'échecs, mais aussi, vers la fin du roman, d'un personnage d'une pièce d'Ibsen, Rosmersholm, un évêque misanthrope et sarcastique.

Cependant, la polysémie du mot "bishop" (fou des échecs, évêque) en américain ne correspond pas tout  à fait celle du français (fou des échecs, aliéné), alors que celui (ou celle) qui se cache derrière cette série de crimes inexplicables inspirée de comptines traditionnelles ("Who killed cock Robin ?", "Humpty Dumpty sat on a wall...") ne peut être que fou.

Il est fou en effet, mais d'une folie parfaitement logique et rationnelle, et pour ainsi dire "mathématique". "Un fou, c'est quelqu'un qui a tout perdu,sauf la raison".

L'auteur : 

Willard Huntington Wright (Charlottesville, Virginie, 15 octobre 1888 - New York, 11 avril 1939) est un critique d'art, un scénariste et un écrivain américain, mieux connu sous le pseudonyme de S. S. Van Dine, créateur de Philo Vance, détective de romans policiers publiés entre 1926 et 1939.

Quatrième de couverture : 

"Salué par la critique, le premier roman de S.S. Van Dine La Mystérieuse affaire Benson rencontre un succès immédiat. Personne ne sait que sous ce pseudonyme se cache un critique d'art très sérieux qui doit à une grave maladie sa découverte du roman policier.

Cloué au lit pendant trois ans, et persuadé "qu'aucun homme de Lettres sensé n'étudierait la fiction policière", Van Dine en lira pourtant 2 000 avant de donner naissance à Philo Vance !

Ce personnage de jeune aristocrate fortuné séduit les foules et assure la fortune de son auteur en moins de temps qu'il n'en faut pour écrire un deuxième volume... Comble du succès, L'assassinat du canari donnera même son nom à une glace aux fruits!

Maître des mystères en chambre close, S.S. Van Dine nous prend toujours au dépourvu, même s'il a fini par reconnaître "qu'un lecteur de fiction policière n'est jamais stupide".

Extrait de la postface de La mystérieuse affaire Benson :

"Le principe de la série consacrée à un limier - ou à tout autre héros ou antihéros - est de répéter une formule au risque d'en devenir prisonnier. Au moins peut-on s'attendre à ce que la série, et donc le roman qui l'ouvre innove. Dans la première enquête de Philo Vance, la nouveauté ne concerne évidemment pas le Qui ? Le coupable est, très classiquement, le personnage le moins soupçonnable et le dernier, dans la chronologie du roman, à être soupçonné. Philo Vance s'amuse d'ailleurs à "démontrer" la culpabilité des cinq autres personnages sur la sellette pour mieux démonter ensuite ses démonstrations. A cet égard, La mystérieuse affaire Benson s'apparente aux romans policiers à solutions multiples, tels Les trois détectives de Léo Bruce ou Le club des détectives d'Anthony Berkeley. L'ordonnancement du récit est, par ailleurs, des plus classiques : d'abord le crime, commis avant même le début du roman, puis l'enquête, qui se résume à une série d'interrogatoires, enfin la solution qui vient, avons-nous dit, après une série de fausses solutions. L'action se réduit au strict minimum : une courte altercation entre la police et le coupable lors de son arrestation.

Le Comment ? n'offre rien de remarquable non plus. Il ne s'agit nullement d'un problème de chambre close. Les plans des lieux qui figurent dans l'édition française sont totalement superflus. Le seul élément notable est le démontage par Philo Vance de l'alibi du coupable : il prend 6 pages au chapitre XXIII !

La nouveauté résiderait-elle dans l'apparition d'un limier d'un nouveau genre ? La personnalité de Philo Vance a irrité maints lecteurs de Van Dine et il fut vite catalogué comme un esthète désoeuvré, arrogant, persifleur et futile. Dans la vaste famille des amateurs éclairés qui en remontrent à la police officielle, on songe immédiatement au lord Peter de Dorothy Sayers (l'aristocratie en moins), au chevalier Dupin, ou à Sherlock Holmes, avec lequel Philo Vance partage le goût des citations littéraires et de la musique. A cet égard, la fin du chapitre XXI fait irrésistiblement penser à celle du Chien des Baskerville. Grand lecteur de Conan Doyle durant sa jeunesse, Van Dine n'en était sans doute pas inconscient, quand il baptisa Moriarty un personnage de second plan !

Comme Holmes, Philo Vance possède son Watson. Ce narrateur faire-valoir est d'ailleurs fort discret : il ne prendra pas une seule fois la parole au cours de la série. Ici, il est quelque peu oublié après l'ouverture, où la présentation qu'il brosse de Vance n'est pas sans ressembler au portrait en forme de notation que Watson fait de Holmes au début d'Une étude en rouge. Plus qu'à Watson, ce je très épisodique  serait à rapprocher du Maurice Leblanc qui intervient dans les premières aventures d'Arsène Lupin, puisqu'il est censé être l'auteur lui-même : Van Dine."

Mon avis : 

Willard Huntington Wright, alias S.S. Van Dine a écrit et publié, entre 1926 et 1939, une douzaine de romans, sans compter des nouvelles et des chroniques, qui le hissent au pinacle des auteurs de "thrillers cérébraux", aux côtés d'Arthur Conan Doyle, d'Agatha Christie, de Dorothy Sayers ou de John Dickson Carr.

Van Dine a inventé un détective aussi original, dans son genre, que Sherlock Holmes, Hercule Poirot ou Gideon Fell, mais plus proche du chevalier Dupin ou de Lord Peter Wimsey, Philo Vance, esthète érudit et fortuné, un rien pédant, polymathe et  supérieurement intelligent et des intrigues qui sont autant de défis à la raison et au bon sens, mais dont l'apparence fantastique cache toujours une solution rationnelle.

Dans  La mystérieuse affaire Benson, Vance découvre le coupable du premier coup (mais pas le lecteur !), mais ne révèle pas la solution au magistrat officiellement chargé de l'affaire, le district attorney du comté de New York John Markham, parce que ce dernier n'est pas prêt à l'accepter ; il va s'employer à démontrer la culpabilité des principaux suspects, puis à déconstruire chaque démonstration, jusqu'à ce que Markham soit bien obligé d'admettre la culpabilité du suspect restant, évidemment le plus insoupçonnable de tous.

L'assassinat du canari (le canari est le surnom d'une chanteuse de cabaret) propose au lecteur une énigme particulièrement ingénieuse de crime en chambre close (Vance confond le coupable en s'appuyant sur des critères purement psychologiques, grâce à une partie de poker truquée), tandis que La série sanglante le plonge dans une ambiance gothique délicieusement délétère (frisson garanti !) qui rappelle La chute de la maison Usher d'Edgar Poe.

On y dénombre pas moins de quatre crimes réussis et deux tentatives apparemment ratées sur les membres de la même famille, d'où le titre "La série sanglante", absolument incompréhensibles pour tout autre que pour Vance, qui mettra cependant du temps à comprendre, dont un crime commis à distance pour lequel Van Dine s'est souvenu du Problème du Pont de Thor d'Arthur  Conan Doyle.

 

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