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Gilles-Gaston Granger, La Raison

Gilles-Gaston Granger, La raison, Presses universitaires de France, 1993

Aux élèves :   Le petit livre de Gilles-Gaston Granger, l'un des plus éminents épistémologues (spécialiste de la philosophie des sciences) de notre temps, apporte avec clarté et concision, un éclairage indispensable sur cette notion particulièrement complexe par son caractère polysémique (le fait de présenter une pluralité de sens) et de sa riche histoire : la raison. Je vous en conseille donc vivement la lecture, ainsi que des autres ouvrages de l'auteur, notamment son livre sur Ludwig Wittgenstein dont il traduisit le Tractatus Logico-philosophicus (1972)

Je vous encourage particulièrement à lire le paragraphe II de l'introduction (p. 9 et suiv.) : "La raison selon les Anciens" ; le paragraphe III du premier chapitre (p. 29 et suiv.) : "Magie et mythes" dans lequel l'auteur souligne la persistance de la pensée mythologique dans les sociétés modernes et le paragraphe VII du chapitre II, "La raison dans les sciences : la raison créatrice dans les sciences physiques" (p. 66 et suiv.), dans lequel Gilles-Gaston Granger souligne la dimension créatrice (non fixe) de la raison et explique en quoi la physique moderne révolutionne celle de Newton. 

Je vous ai mis en lien une des conférence de Gilles-Gaston Granger donnée à l'Université de tous les savoirs : "Comment la science représente-t-elle le réel ?"

L'auteur :

Né à Paris en 1920 (1920-2016), Gilles Gaston Granger est un ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Il étudie avec Gaston Bachelard et Jean Cavaillès. Il est agrégé  de philosophie en 1943 et devient également licencié ès sciences mathématiques et docteur ès Lettres. Professeur à l'Université de Sao Paolo (Brésil), Professeur à l'université d'Aix-Marseille I, Professeur au collège de France à la chaire d'épistémologie comparative.

Note : L'épistémologie comparative a pour objet la comparaison des théories ou des systèmes scientifiques en vue de dégager « l'homologie formelle du fonctionnement de différents concepts dans ces structures ».

Table des matières :

Introduction - I. Pluralité des voies d'approches - II. La raison selon des Anciens - III. La raison médiévale - IV. Descartes - V. Kant - VI. Hegel

Chapitre Premier - Trois attitudes négativesI. Du choix d'une approche négative -II. Le mysticisme religieux - III. Magie et mythes - IV. Romantisme et valeurs vitales -V. Deux manifestations d'un Romantisme contemporain - VI. "l'homme est une passion inutile" - chapitre II : La raison dans les sciences: le niveau combinatoire de la raison formelle- II. Le niveau linguistique - III. Le niveau axiomatique - IV. La conception fixiste de la raison scientifique - V.Les métamorphoses de la raison - VI. Dynamisme de la raison mathématique - VII. La raison créatrice dans les sciences physiques - VIII. Qu'est-ce donc, en ce domaine, qu'une explication rationnelle ? - IX. rationalité et transposition des méthodes scientifiques - X. La raison expérimentale dans les sciences humaines - Chapitre III : La raison et l'histoire : I. la notion d'événement et l'irrationnel - II. La science et le temps - III. L'histoire comme réalisation progressive de l'esprit - IV. L'histoire comme manifestation de la liberté de l'homme - V. L'histoire comme oeuvre humaine - Chapitre IV : "Homo sapiens" : I. M. Benda et la Minerve immobile - II. La raison et la religion - III. L'art - IV. La passion - V. Raison et machines - Conclusion - Bibliographie

Extrait de l'introduction : 

"Pluralité des voies d'approche :

Pour comprendre le contenu et le rôle de la raison dans notre civilisation contemporaine, il convient (donc) d'utiliser concurremment plusieurs méthodes d'approche, dont la convergence garantit la saisie d'une réalité :

1°) On ne saurait se passer, tout d'abord, d'une analyse des significations plus ou moins explicites que nous donnons couramment au mot raison : expliciter les arrière-pensées, même incohérentes, écrire en quelque sorte la formule développée de cette notion brute telle qu'elle est donnée dans l'usage actuel. Cela suppose, le plus souvent, non seulement un examen de conscience et une observation exacte du langage, mais encore un sondage historique. L'usage moderne d'un concept, comme le modelé géographique d'un paysage, recouvre toute une géologie d'idées anciennes, des stratifications de notions vieillies, des renversements de couches, des dépôts fossiles de civilisations apparemment périmées.

2°) Il est clair cependant que cette interprétation sémantique ne suffit pas à nous faire comprendre philosophiquement ce qu'est pour nous la raison. Une description des formes effectives de la pensée et de l'action jugées communément rationnelles en est le complément, et l'antidote. Entre le sens intentionnel, expressément ou confusément perçu, et la mise en oeuvre de la raison dans les sciences et dans la pratique, l'intervalle est souvent considérable. L'observation des démarches de la science et des techniques est indispensable, et doit nous éclairer sur l'exacte portée et l'efficacité réelle de la raison.

3°) Mais il serait vain de vouloir décrire les actes d'une pensée rationnelle en les détachant radicalement du contexte de structures et de fonctions sociales qui en est le support. On ne saurait comprendre vraiment ce qu'est pour nous la raison si l'on se bornait à restituer une logique ; il nous faut une sociologie de la raison. On est volontiers porté à croire que la pensée rationnelle est précisément ce qui subsiste à travers les transformations de la vie sociale qu'enregistre l'histoire. Il n'en est rien. On peut concevoir sans doute, une intégration et une absorption continue des formes successives de la raison par les générations qui s'enchaînent. "Les Anciens, dit encore Pascal, dans un texte souvent cité, étaient véritablement nouveaux en toute chose, et formaient l'enfance des hommes proprement..." Nous verrons qu'en fait cette histoire de la raison est un progrès véritable, un renouvellement parfois radical.

4°) Enfin, si le propre de la philosophie est de tenter une évaluation et un jugement, il faut bien qu'une enquête sur la raison comporte encore une estimation critique de sa valeur. Elle s'oppose ou se juxtapose à d'autres valeurs, et cette concurrence doit nécessairement être discutée dans notre étude.

L'indication de cette pluralité des voies d'approche ne nous tiendra cependant pas lieu de plan pour ce petit ouvrage. Afin de faire ressortir fortement une unité de conception indispensable en la matière, nous essaierons de faire marcher de front ces diverses méthodes d'analyse à l'intérieur d'un exposé synthétique dont voici le schéma :

Un premier sondage historique nous permettra d'esquisser tout d'abord, dans ce préambule, une généalogie sommaire de la notion de raison. le premier chapitre pourra ensuite être consacré à dégager une sorte d'image par contraste du concept, en examinant trois attitudes négatives à l'égard de la raison : mysticisme, romantisme, existentialisme. Dans le second chapitre, on étudiera assez à loisir les traits les plus marquants du rationalisme de la science contemporaine. Le chapitre suivant traitera plus brièvement de ce qu'on peut appeler la raison historique. Avec le dernier chapitre enfin apparaîtra le souci d'évaluer dans quelle mesure la raison demeure aujourd'hui l'une des forces vives de la civilisation et l'un des éléments majeurs de notre destin." (p.7-9)

 

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