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Marc Richir, Le corps, essai sur l'intériorité

Marc Richir, Le corps, essai sur l'intériorité, Hatier, Optiques Philosophie, 1993

Sommaire : Introduction : Par-delà l'être et l'avoir - I. esquisse d'une phénoménologie du vivre incarné : 1. Les sensations - 2. Les affections - 3. L'affectivité -  4. Les passions - 5. Les pensées - Conclusion

II. L'institution symbolique du corps : 1. Le corps physique objectif - 2. La question de l'institution symbolique

III. Eléments pour une histoire symbolique du corps dans la tradition philosophique : A/ Les grecs : 1. L'institution de la philosophie - 2. Platon - 3. Aristote - 4. Le stoïcisme - 5. L'épicurisme - B/ Le christianisme  - C/ les philosophes modernes Conclusion : la phénoménologie - Bibliographie 

L'auteur : 

Marc Richir (1943-2015) est chercheur qualifié au F.N.R.S. (Belgique), professeur à l'Université libre de Bruxelles et au Collège international de philosophie, à Paris. Son oeuvre abondante a fait de lui l'un des principaux représentants de la phénoménologie en France.

Quatrième de couverture:

"Le corps n'est pas une machine, un bateau dont l'âme serait le pilote - même si la tradition philosophique l'a souvent pensé dans le cadre de ce dualisme. Et si l'âme - lieu des sensations, des affections, de l'affectivité, des passions et des pensées - n'était qu'un excès du corps ? Tout - et en particulier l'histoire philosophique du corps - serait alors à repenser autrement, c'est-à-dire à partir du corps, saisi cette fois "du dedans", dans cette intériorité qu'on lui dénie sans cesse, parce qu'elle "plonge dans l'abîme".

Extrait de l'introduction (Marc Richir) :

"Cette épaisseur, lieu du "vivre incarné", n'est pensable dans l'expérience que s'il y a, en quelque sorte, dans le corps, quelque chose qui excède le corps, qui tend à s'en échapper, et par rapport à quoi le corps paraîtra toujours plus ou moins limité, d'une manière ou d'une autre. Et c'est dans cet excès, précisément, que viennent se loger les questions métaphysiques (...)

Cet excès porte un nom, depuis les Grecs, dans notre tradition : psyché, c'est-à-dire "l'âme" - mais on en trouverait aisément des équivalents dans les autres cultures.

Que ce soit dans les sensations, les affections, l'affectivité, ou dans les passions et les pensées, il y a toujours plus, en elles, que ce qui est identifié. Mais cette identification procède toujours, classiquement, de la pré-identification subreptice de l'excès comme "psychique", conçu ou pré-conçu comme le "qui" ayant le corps en tant qu'instrument plus ou moins adapté ou défaillant, ainsi reconduit au "physique".

La situation est donc telle que le sens identifié du "psychique" (en excès) est immédiatement coextensif du sens identifié du "physique" (adapté ou défaillant), et que les deux identifications se tiennent circulairement l'une l'autre.

Il ne faut donc pas d'entrée se précipiter sur ce système circulaire d'identifications, en réalité symboliques, qui risquent, soit de dissoudre l'excès dans la représentation de l'âme, soit de "diviser" l'excès à l'infini, selon les pôles de l'avoir et de l'être.

Le prix à payer serait, ce qui a été le cas de la plupart des philosophes, de faire basculer l'être authentique vers le sujet de l'avoir, au détriment d'un corps où nous ne serions pas, sinon accidentellement - d'une manière devenue, au reste, plus ou moins incompréhensible.

Quand donc nous entendons sensations, affections, affectivité, passions et pensées, il faut nous prémunir du danger de les penser comme relevant d'une psyché - d'une âme - sans corps, et d'en chercher par la suite les "répondants" physiques dans ce qui serait les "signaux" du corps. 

Outre que nous serions déjà, par là, prisonniers d'une certaine interprétation, très restrictive de la question du corps ("corps physique", d'une part et "corps psychique" de l'autre), nous serions du même coup dans l'incapacité de reprendre cette même question dans ce qui fait, pour ainsi dire, le côté massif de son énigme. 

Pour nous ouvrir à celle-ci sans la dissoudre, ou sans multiplier les intermédiaires entre l'âme et le corps, il nous faut mettre en suspens toute prédétermination non réfléchie et non critiquée de l'excès, pratiquer la "mise hors circuit ou hors jeu phénoménologique de tout "préjugé" sur l'âme et le corps, nous efforcer de penser sans cadre de référence pré-donné.

Il nous faut aussi, autrement dit, comme nous y invitait déjà Husserl ou Merleau-Ponty, nous efforcer de penser le "corps vécu", le "vivre incarné" du dedans, intrinsèquement.

Il s'agit donc de penser l'excès sur ce qui a l'air de se déterminer du corps dans le "vivre incarné" lui-même. C'est-à-dire : l'excès dans la sensation elle-même, dans les passions ou les pensées elles-mêmes, dans référence à l'avoir ou à l'être, mais pas pour autant sans référence au "qui".

Il faut dépasser la représentation de la psyché comme "siège" de tout cela, et comme "siège" qui serait par surcroît, telle une forteresse imprenable, un sujet susceptible d'avoir ou de posséder ces "états", si le corps est considéré comme un instrument ; tout comme, à l'autre pôle, celui de l'être, il faut dépasser la représentation d'un siège en soi vide qui serait ces mêmes "états" aveuglément, et qui serait par surcroît indiscernable des choses de ce monde.

Bref, il faut arriver à penser ce qui, par l'excès lui-même, tend à conférer à cet excès une "vie" propre, des rythmes propres de déploiement, une autonomie qui le rend irréductible à l'avoir et à l'être rapportés au corps. Il faut une ébauche de phénoménologie."

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