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Jean-Claude Guillebaud, Le Principe d'Humanité
Jean-Claude Guillebaud, Le Principe d'Humanité

Jean-Claude Guillebaud, Le Principe d'Humanité, Editions du Seuil, 2001

Aux élèves (et aux autres !) : avec cet ouvrage aussi inquiétant que passionnant, de Jean-Claude Guillebaud, nous poursuivons notre démarche sur la question de l'homme.

Nous avions commencé, en lien avec les notions de nature, de culture et de langage, par une étude de l'essai de Lucien Malson sur  les Enfants sauvages, continué par une analyse du roman Les animaux dénaturés de Vercors, une explication d'un texte de Pic de la Mirandole, et de  la célèbre conférence de Jean-Paul Sartre (1945), L'existentialisme est un humanisme...

Nous avions également étudié la dimension philosophique, politique et éthique du Meilleur des mondes d'Aldous Huxley (article sur ce blog), un roman "prophétique" écrit dans les années 30, qui aborde des problématiques très proches de celles de Jean-Claude Guillebaud dans Le principe d'humanité.

Dans Le principe d'humanité, un titre inspiré par une expression d'Emmanuel Kant (Fondement de la métaphysique des mœurs, dont j'ai tenté d'expliquer un extrait sur ce blog), Jean-Claude Guillebaud aborde la question de l'humanité de l'homme.

L'humanisme a-t-il encore un sens dans un monde bouleversé par la triple révolution économique, numérique et génétique de la deuxième moitié du XXe siècle,  dominé par la biotechnologie et la robotique et marqué par des idéologies dont la réflexion philosophique est obligée de tenir compte comme le "transhumanisme" et la "Deep Ecology" ? L'homme est-il un animal comme les autres ? Peut-on le comparer à une machine ? Peut-on le réduire à une marchandise, à une chose ?

Citation : 

"Toute la question est de savoir si nous acceptons d'abandonner la définition de l'humanité aux frénésies décervelantes d'un "processus sans sujet". Un processus par lequel le structuralisme cherchait, justement, à annoncer jadis la mort de l'homme (cf. Michel Foucault, chapitre final de Les mots et les choses), c'est-à-dire la disparition pure et simple du principe d'humanité. C'est cette funeste hypothèse que ce livre voudrait examiner." (p.39)

Table :

1. Qu'est-ce qui nous arrive ? - Première partie. L'humanité assiégée : 2. L'homme réduit à l'animal ? - 3. L'homme réduit à la machine ? - 4. L'homme réduit à la chose ? - 5. L'homme réduit à ses organes ? - 6. L'homme en voie de disparition ? - Deuxième partie : La modernité régressive : 7. Figures nouvelles de l'archaïsme- 8. La génétique saisie par l'idéologie - 9. L'eugénisme remaquillé - 10. Un mauvais usage de Darwin - Troisième partie : Si la vie est résistance... : 11. Peut-on renoncer à penser ? - 12. L'injonction scientiste - 13. L'alliance retrouvée - Épilogue. Un parti pris d'humanité

L'auteur :

Né le 21 mai 1944 à Alger, Jean-Claude Guillebaud est un écrivain, essayiste, conférencier et journaliste français. 

Quatrième de couverture : 

"Il nous arrive quelque chose d'incroyable : les deux valeurs que nous célébrons et convoquons sans relâche, les deux principes que nous mettons constamment en avant, l'humanité et l'homme lui-même, sont aujourd'hui minés et menacés dans leurs fondements.

Qu'est-ce que l'espèce humaine ? Comment définir l'homme ? Une sourde inquiétude habite, à mots couverts, les innombrables débats et querelles que font surgir les trois révolutions - économique, numérique, génétique - qui nous assiègent aujourd'hui et dont les effets se conjuguent. 

De la course aux biotechnologies aux vertiges du cyberespace, des manipulations génétiques aux tentations eugénistes, de la marchandisation du monde à la chosification de la vie, la même question, obsédante, se trouve posée jour après jour. Celle-ci : saurons-nous encore définir - et défendre - l'irréductible humanité de l'homme?"

C'est à cette immense question que tente de répondre ce livre. Établissant, sans volonté polémique, un état des connaissances à ce sujet, revisitant posément les différents savoirs concernés, ces pages tentent de redéfinir clairement et loyalement le "principe d'humanité" sans lequel il n'est d'autre avenir que barbare."

Note d'intention :

"Deux partis pris- risqués mais assumés- ont présidé à l'élaboration de ce livre. Autant s'en expliquer loyalement.

Devant les mutations considérables que nous vivons, j'ai d'abord tenté d'échapper à une alternative qui, décidément, me semble fausse. Celle qui n'offre d'autre choix qu'entre le catastrophisme épouvanté et l'optimisme béat. Ni l'un ni l'autre ne me semblent pertinents. Le catastrophisme, vieille posture moralisatrice, conduit à récuser le principe même su progrès scientifique et incline tôt ou tard à une vaine nostalgie. Au sens strict du terme, il ne sert à rien. Mais l'optimisme béat n'est pas moins funeste. Il peut conduire à tous les consentements, à toutes les capitulations. Comme toujours dans l'histoire humaine, le seuil décisif que nous sommes en train de franchir ouvre sur tant de périls que d'espoirs. Quiconque souhaite que les seconds l'emportent doit s'interdire à la fois l'aveuglement et l'étourderie. Si un naufrage, en effet, nous guette, il s'agit de le regarder en face. Non point pour en tirer je ne sais quel discours apocalyptique, mais pour mieux le conjurer.

Mon deuxième parti pris est délibérément transdisciplinaire. Qu'Edgar Morin soit ici remercié pour ses encouragements, et ses leçons. Comme lui, j'ai choisi, en toute connaissance de cause, de m'aventurer dans des disciplines et des savoirs devant lesquels je n'ai aucune légitimité académique  : génétique, cognitivisme, informatique, neurosciences, etc. Je me suis appuyé sur des travaux spécialisés dont j'essaye de rendre compte ici avec le maximum d'honnêteté. En général, je ne suis jamais que le messager - critique - de réflexions et de travaux qui m'ont semblé importants. Contraint de simplifier, j'ai tenté de ne jamais déformer. Je remercie les quelques chercheurs qui, ici et là, ont accepté de revoir mon travail." (J.-C. G.)

Le savoir à l'encan (extrait) :

"Le concubinage incestueux entre le monde des affaires et celui de la recherche a pour conséquence de disqualifier le statut de la connaissance. Peut-on encore parler de science, de savoir, de recherche lorsqu'il n'est plus question que de stratégies haletantes, destinées à servir un marché en enrichissant ses promoteurs ?

Qu'on n'objecte surtout pas qu'une telle inquiétude relève d'une obstination archaïque, technophobe ou "gauchiste" ! C'est le New York Times lui-même qui, de plus en plus souvent, s'alarme de ce dévoiement. "Les chercheurs, constate-t-il, sont devenus des investisseurs, et les investisseurs sont devenus des inventeurs. rares sont aujourd'hui les scientifiques désintéressés, pour qui les résultats d'une étude n'auront pas de répercussions financières." (cité par le magazine Euréka, n°53, mars 2000)

C'est une université américaine, généticienne réputée, qui s'indigne du "rôle dévastateur de la mainmise du secteur privé sur la recherche scientifique", "La génétique, dit-elle, constitue aujourd'hui un tremplin idéal pour qui veut faire fortune. rares sont ceux qui se destinent à la recherche fondamentale pourtant indispensable." (Témoignage de Marie-Claire King, professeur de génétique et de médecine à l'université de Seatle, cité in Caroline Glorion, La Course folle. Des généticiens parlent, op cit.)

C'est un chercheur français qui confesse son désarroi devant l'instrumentalisation de la recherche par la course au profit, avant d'ajouter : "Les jurys de concours ou les comités de sélection des appels d'offre n'iront même pas voir si les chercheurs se posent des questions éthiques. Ils regarderont s'il y a un marché, s'il y a des publications à valorisation internationale !" (Question à Axel Kahn, Société et Révolution biologique. Pour une éthique de la responsabilité, conférence-débat organisé par le groupe Sciences en question de l'INRA, le 24 octobre 1995, INRA éditions, 1998)

On pourrait énumérer à l'infini les témoignages de cette sorte. Observons qu'ils n'émanent pas de secteurs antiscientifiques, de moralistes éthérés ou de minorités obscurantistes. ils viennent de la communauté scientifique elle-même." (...) (p.37-38)

 

 

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