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Irena, tome 5, La vie, après
Irena, tome 5, La vie, après

Irena, tome 5, La vie, après, scenario : Jean-David Morvan/Severine Tréfouël, dessin: David Evrard, couleurs : Walter, tchô Przygoda, Glénat

"Voici la fin de cette magnifique saga consacrée au Bien. A l'aventure du Bien. Car le Bien est aussi un aventure." (Marek Halter)

"Irena Sendlerowa (Sendler) a réellement existé. Membre du centre citoyen d'aide sociale pendant la seconde guerre mondiale, elle s'engagea dans la résistance et sauva 2 500 enfants de Varsovie. Voici l'histoire de cette femme exceptionnelle."

Préface de Marek Halter :

"VOICI LA FIN DE CETTE MAGNIFIQUE SAGA CONSACREE AU BIEN. A l'aventure du Bien. Car le Bien est aussi une aventure. Plus valorisante, plus motivante et palpitante que le Mal. Irena, cette femme exceptionnelle à qui Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël ont dédié cette série le prouve.

Ça s'est passé à Varsovie, ma ville natale, pendant l'occupation nazie. Varsovie comptait alors un million d'habitants, dont 375 000 Juifs. En septembre 1939, le jour du Grand Pardon (Yom Kippour), les armées d'Hitler envahissent la Pologne. Un an plus tard, le 2 octobre 1940, le gouverneur nazi Ludwig Fischer décrète la création du ghetto de Varsovie et y ordonne la transplantation de tous les Juifs de la ville ainsi que ceux des faubourgs et des campagnes avoisinantes. Plus de 400 000 êtres en tout, l'équivalent de la population d'une ville comme Lyon, sont regroupés et enfermés dans l'espace de quelques rues, condamnés à mourir. Sur un territoire de 300 hectares environ (une densité presque cent fois supérieure à celle de la Varsovie non juive !), encerclé d'une muraille de 18 kilomètres, littéralement coupé du monde.

Mes parents et moi y avons échappé de justesse  ; nous avons réussi à fuir vers la Russie grâce à deux amis catholiques de mon père. Les autres, bercés par l'espoir d'être secourus par la France et l'Angleterre, y restèrent jusqu'au bout. Jusqu'à la mort. A l'exception des 2 500 enfants qui ont pu être sauvés par une femme, une jeune assistante sociale : Irena. Avec la complicité de quelques amis, elle parvient, au risque de sa vie, à les sortir du ghetto les uns après les autres, sous le nez des nazis. Elle les place dans des familles chrétiennes et conserve secrètement l'archive de leurs destinations, pour pouvoir les rendre un jour à leurs familles. Arrêtée par La Gestapo, torturée, condamnée à mort, elle s'échappe et continue.

Oubliée après la guerre, je la retrouve plus de quarante ans plus tard, par le biais de l'un des enfants juifs qu'elle avait sauvés, devenu acteur. Elle a déjà quatre-vingt ans. Impotente, elle se déplace à l'aide d'un déambulateur. Mais son visage rond, solide, porte encore une expression juvénile. Elle sourit en plissant les yeux, avec des malices de fillette. Ses cheveux sont blancs, mais elle est coiffée comme une écolière des années 1930 : une barrette brillante, juste au-dessus de son front, retient une mèche lissée avec soin.

C'est au cours de cette première rencontre dans ces trois petites pièces de quatre mètres carrés au deuxième étage d'un immeuble vétuste du quartier populaire de Mokotow à Varsovie qu'elle me révèle avoir sauvé une telle quantité d'enfants juifs. Je filme son témoignage dans mon film Les Justes. "Peut-être aurais-je pu en sauver davantage, ajoute-t-elle. Je me tourmente à cette pensée. On aurait dû en sauver plus encore. Nous étions jeunes, nous ne savions pas bien nous y prendre..."

Irena Sendler (Sendlerowa en polonais) m'avoue avoir longtemps désiré écrire son histoire. Mais la vie a passé trop vite. Je pense qu'elle aurait été heureuse de pouvoir parcourir les cinq volumes de la bande dessinée que Jean-David Séverine, David et Walter lui ont consacrée.

De son vivant, Irena Sendler n'a jamais souhaité endosser l'héroïsme que nous lui avons porté. "Les enfants juifs sont les véritables héros !" Elle se souvient des paroles de leurs parents avant leur départ : "Ecoute bien : tu ne t'appelles pas Rachel mais Roma. Ton nom n'est pas Isaac mais Jacek. Répète. Répète le dix fois, cent fois, mille fois. Ta sœur et toi, vous êtes polonais." Pour pouvoir survivre, ils apprenaient à renier leur nom, leur famille, leurs parents. "Oui, ce sont eux les héros ! Après toutes ces années, je les entends encore en rêve, apprenant, en pleurant leur nouvelle identité."

Quelle aventure ! Quel courage !

"Vous me regardez, me dit encore Irena Sender, et vous croyez avoir rencontré la seule Polonaise sensible au malheur juif. Pas du tout ! Quand on longeait le ghetto en tramway et que l'on voyait une mère jeter son enfant par la fenêtre d'un immeuble en flammes, dans l'espoir que quelqu'un le ramasse, il aurait fallu être des pierres pour ne pas s'émouvoir."

Irena pleure.

Je suis moi-même très ému. Voilà une situation incroyable. Lorsqu'on interroge les pires bourreaux nazis coupables de milliers d'assassinats, ils déclarent n'être en rien responsables, arguant n'avoir fait qu'obéir aux ordres. Mais les Justes, eux, les sauveteurs, les bons, comme Irena, se reprochent de n'avoir pas fait davantage. Et ce leur vie durant.

Cette série dédiée à Irena est comme le caillou blanc que les juifs déposent sur la tombe de leurs proches pour ne pas oublier."

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