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Le coronavirus est-il une "punition divine" ?

Hani Ramadan, le frère de Tarik Ramadan, soutient que l'épidémie de coronavirus a été envoyée par Allah pour punir les hommes de leur immoralité (la fornication et l'adultère).

Cette idée de "châtiment divin" n'est pas propre à Hani Ramadan. Elle a été suggérée quelques responsables politiques et/ou religieux à propos de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Dans La Peste d'Albert Camus, il y a un prêtre catholique qui prétend, lui aussi, que l'épidémie est un fléau envoyé par Dieu pour punir les Oranais de leurs péchés.

Mon père qui administrait une campagne de vaccination contre la tuberculose en Tunisie dans les années 50, me racontait que certains imams dissuadaient la population d'aller se faire vacciner en prétendant que les médecins français leur injectaient du poison et "qu'il ne fallait pas aller contre la volonté d'Allah".

Et que penser également de l'attitude de ces jeunes qui continuent à faire des barbecues, en violation des consignes de confinement en affirmant que le coronavirus ne s'attaque qu'aux "Français" et épargne les musulmans ?

L'idée que la maladie, le malheur seraient des châtiments divins n'est malheureusement pas propre à l'islam (on la retrouve dans d'autres traditions religieuses monothéistes ou polythéiste, comme l'Inde, avec le concept de "karma") et beaucoup de musulmans la rejettent comme les médecins de culture musulmane qui travaillaient à l'époque en lien avec l'institut Pasteur et l'UNICEF, pour combattre la tuberculose en Tunisie et ailleurs.

On retrouve la même idée de châtiment divin des péchés dans l'épisode de l'aveugle-né dans l’Évangile de Jean. Les pharisiens et les scribes demandent à Jésus ce que l'aveugle-né ou ses parents ont fait pour mériter ce qu'ils considèrent comme un "châtiment".

Cette question est un piège redoutable, un "double bind", car si Jésus guérit l'aveugle-né, il absout ses péchés et s'il ne le guérit pas, il n'est pas le messie.

Jésus répond sobrement, mais catégoriquement : "Ni lui, ni ses parents."

Réponse révolutionnaire au sein d'une culture encore marquée par l'idée de châtiment et de "karma". 

La question de la "volonté de Dieu" resurgit donc en ce  début du XXIe siècle avec l'épidémie de coronavirus.

Le principe du "rasoir d'Ockham" (entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem) nous enjoint de ne pas multiplier les causes et de chercher les "causes secondes" avant de nous en prendre à la "cause première". Suivons ce sage conseil et cherchons les causes secondes de la propagation du coronavirus avant de nous en prendre à la cause première (Dieu).

Ce n'est pas "Dieu", mais l'homme lui-même qui est responsable de cette pandémie (les biologistes parlent de maladie "anthropocène"), dans la mesure où il s'agit d'un "saut d'espèce", à travers le trafic d'animaux en voie de disparition comme les pangolins et les transports intercontinentaux, comme l'a montré le professeur Philippe Sansonetti dans sa conférence au collège de France du 16 mars 2020. 

L'épidémie de coronavirus n'est donc pas un "fléau divin", comme l'affirme le prêtre à propos de la peste dans le roman de Camus.

Ce n'est pas "Dieu" qui envoie les virus, ce n'est pas "Dieu" qui épuise la Terre, qui fomente des guerres meurtrières, qui a supprimé les lits d'hôpitaux au nom de la rationalité managériale, ce n'est pas "Dieu" qui nous incite à chercher le profit avant tout, à briguer le pouvoir, à consommer à en mourir, à fabriquer des objets inutiles et éphémères, ce n'est pas Dieu qui nous enjoint d'accroître les inégalités et de fabriquer des pauvres.

Ce n'est pas "Dieu" qui nous conseille de bafouer le "principe d'humanité" en soumettant l'humain (l'éducation, la santé) au calcul et à traiter  les autres comme des moyens et non comme des fins.

Rendre "Dieu" responsable de nos malheurs, c'est s'exonérer de notre responsabilité dans ce qui nous arrive et ne rien faire pour que les choses changent.

 

 

 

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