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Les pièces de théâtre sont-elles faites pour être lues ou pour être jouées ? (sujet de Bac)

Sujet : Après avoir réfléchi au sujet de composition française suivant, vous proposerez un plan détaillé, puis vous rédigerez l'introduction et la conclusion correspondante :

Dans l'avis "Au lecteur" de l'une de ses pièces, Molière écrit : 

"On sait bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées ; et je ne conseille de lire celles-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre."

Vous discuterez cette remarque en vous demandant dans quelle mesure la lecture d'une pièce de théâtre permet d'imaginer la représentation, et si, par ailleurs, l'absence de mise en scène ne limite pas la signification et la richesse de la pièce (Bac 93) 

Source : D. Labouret, A. Meunier, Les Méthodes du Français au Lycée, Editions Bordas, 1994, p. 209

Le sujet invite à réfléchir sur le théâtre en tant que genre à part entière et à comparer le théâtre avec d'autres genres littéraires comme le roman, la nouvelle ou la poésie en soulignant les conventions qui lui sont propres.

Introduction (possible) : 

Dans son avis au lecteur de l'une de ses pièces, Molière insiste sur le fait que les pièces de théâtre sont moins faites pour être lues que pour être jouées. Selon l'auteur du Misanthrope, ne devraient lire des pièces de théâtre que  ceux "qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre".

L'étymologie du mot théâtre semble conforter le jugement de Molière. En effet, le mot "théâtre" ne vient pas de "legein" (lire), mais de "théomaï" qui signifie regarder. 

Problématique :

Dans quelle mesure la lecture d'une pièce de théâtre permet-elle d'imaginer la représentation ? A contrario, l'absence de mise en scène ne limite-elle pas la signification et la richesse de la pièce ?

Remarque : la problématique proposée par les auteurs du manuel suggère un plan dialectique.

Annonce du plan  : 

Nous étudierons dans un premier temps le rôle des didascalies, puis les caractères des personnages et de l'action au théâtre et enfin les caractéristiques de l'espace théâtral.

Plan détaillé :

I. La lecture d'une pièce de théâtre permet d'imaginer la représentation :

a) A travers les didascalies

b) A travers les répliques

c) A travers l'intrigue et les personnages

II. L'absence de mise en scène limite la signification et la richesse de la pièce :

a) Les didascalies sont adressées au metteur en scène et aux comédiens.

b) Les répliques sont destinées à être prononcés par des comédiens.

c) L'intrigue et les personnages sont destinés à être représentés dans un espace scénique.

Conclusion :

Le théâtre en tant que genre à part entière possède des caractéristiques qui le distinguent aussi bien de la communication courante que des autres genres littéraires comme le roman, la nouvelle ou la poésie : les didascalies (indications de mise en scène), par exemple, qui permettent d'imaginer la représentation.

Cependant, les personnages au théâtre ne sont pas tout à fait semblables aux personnages romanesques, même s'ils partagent des caractères communs ; il en est de même de la structure et du temps dramatique.

Le théâtre est fait pour être joué par des comédiens dans un espace scénique possédant des caractéristiques particulières (décors, accessoires, costumes...). On peut donc affirmer que l'absence de mise en scène limite la richesse et la signification de la pièce.

On ne peut donc pas lire une pièce de théâtre comme on lit un roman ou un poème car les pièces de théâtre, comme l'affirme Molière, sont moins faites pour être lues, que pour être jouées.

Pour aller plus loin : 

En quoi une oeuvre essentiellement  destinée à être lue (poésie, roman, nouvelle) diffère-t-elle d'une oeuvre destinée à être représentée ? En quoi la double énonciation est-elle propre au théâtre ? Que permet-elle ?  Qu'est-ce qui correspond aux didascalies dans un roman ou une nouvelle ? Qu'est-ce qui correspond aux répliques ? Qu'est-ce qui correspond aux décors ? Quelles ressemblances et quelles différences y-a-t-il entre l'intrigue d'une pièce de théâtre et le schéma narratif d'un roman ? Quelles ressemblances et quelles différences y-a-t-il entre le schéma actanciel d'un roman et celui d'une pièce de théâtre ? Quelles sont les ressemblances et les différences entre un personnage romanesque et un personnage théâtral ?

La relation entre la lecture et la représentation n'est pas tranchée. Les pièces de la commedia dell' arte n'étaient pas complètement écrites. Elles étaient largement improvisées et les comédiens ne jouaient probablement pas à chaque fois la même pièce. Ils brodaient sur un canevas.

Lors des répétitions, le metteur en scène et les comédiens ont le texte écrit en main ou sous les yeux. Il ne s'agit pas simplement de lire le texte, mais de l'incarner, de le rendre vivant. Certains metteurs en scène prennent des libertés par rapport au texte. La plupart restent fidèles à la lettre, mais mettent le texte en scène conformément à une certaine idée qu'ils se font de la pièce. Les costumes, les accessoires, le décor, les lumières, la manière de jouer changent d'un metteur en scène à l'autre.

Une trop grande fidélité à la lettre peut nuire à l'intérêt de la pièce. Il ne s'agit pas pour les metteurs en scènes contemporains de mettre la pièce en scène telle qu'on s'imagine qu'on la jouait par exemple du temps de Molière, qui, du reste "actualisaient" leurs modèles antiques, Sophocle, Euripide, Plaute ou Terence, mais d'en montrer la modernité, l'intérêt dans la société d'aujourd'hui, en un mot de l'actualiser. 

Voici ce que dit, par exemple, Stéphane Braunschweig à propos de sa mise en scène de Britannicus de Racine à la Comédie française (mai 2016) : "Je n’ai pas cherché à ce que l’espace soit vraiment réaliste, mais à ce qu’il puisse évoquer un lieu de pouvoir moderne, réel, où ont lieu des discussions auxquelles le peuple n’a pas accès et où se prennent des décisions. Ce dont parle la pièce, ce sont des enjeux politiques très concrets. J’ai pensé aux grandes tables de réunion à l’Élysée, à la Maison blanche ou au Kremlin…" (propos recueillis par Anne-François Benhamou)

Aux yeux du public et des critiques, le metteur en scène devient de ce fait presque aussi important, et même parfois davantage, que l'auteur lui-même : on ne parle plus du Dom Juan ou du Tartuffe de Molière, mais du "Dom Juan de Mesguich" ou du "Tartuffe d'Ariane Mouchkine". Le public et les critiques comparent les partis pris de mise en scène d'une même pièce. On a donc généralement affaire au même texte, mais pas à la même pièce.

Rappel : 

I. La communication au théâtre : 

a) La double énonciation

Le théâtre a son langage propre qui le distingue du langage courant, mais aussi du roman, de la nouvelle ou de la poésie. Les composantes du texte théâtral font apparaître une "double énonciation". Au théâtre, tout énoncé, toute parole prononcée sur la scène par un comédien incarnant un personnage est destinée à un autre personnage, mais aussi indirectement et parfois directement au public.

Cette caractéristique du théâtre explique des procédés comme les apartés, les tirades, ou les monologues. 

La double énonciation permet de jouer sur des décalages d'information comme le "quiproquo" ou le malentendu tragique. Le fait que le spectateur sait ce qu'un personnage ignore est un ressort essentiel de l'intérêt dramatique. Exemple : Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux. 

b) Les répliques et les didascalies : 

Les deux composantes essentielles du texte théâtral sont d'une part les répliques et d'autre part les didascalies (indications de mise en scène, du grec "didaskein" = enseigner).

Les répliques ne sont pas seulement destinées à être lues, mais à être prononcées dans un espace scénique par un comédien qui incarne un rôle dans une situation de communication fictive. Elles portent les marques du discours.

Les didascalies sont destinées aux comédiens et au metteur en scène. Elles donnent des indications sur la répartition des rôles et la mise en scène : les noms des personnages (liste complète au début, nom du locuteur avant chaque réplique), sur le lieu de l'action (une salle du palais...), sur les marques de division de la pièce (Acte, scène), sur les gestes, les déplacements et les intonations des personnages : il sort, plus bas, à part...

Elles sont plus nombreuses dans le théâtre moderne que dans le théâtre classique.

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