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Nature et barbarie

En affirmant dans la Lettre sur l'Humanisme qu'il convient de penser l'homme en direction de son humanité et non de son animalité, Heidegger témoigne des limites de l'idéalisme.

La différence entre l'homme et l'animal est bien plus importante que la différence ontologique (le pli de l'Être et de l'étant). Il faut penser l'homme par rapport à l'animal. Il n'y a pas de régulation instinctive de la violence et de la sexualité dans l'espèce humaine. Ce qui remplace l'instinct, c'est la Loi, la parole, les rituels les interdits, bref, ce qu'on appelle la "culture".

Les nazis font constamment référence à la "nature". Il faut vivre conformément à la nature, puisqu'il n'y a rien d'autre que la nature (mécanique), soumise au déterminisme, l'homme est un animal comme un autre, mais l'Allemand est au sommet de la chaîne - comme l'a montré Günther Anders, le monisme métaphysique est un nihilisme - se comporter comme les bêtes de proie, c'est-à-dire revenir en arrière, renoncer à penser.

C'est impossible. Il y a une régulation de la violence chez les animaux, par exemple durant la saison des amours, les combats vont rarement jusqu'à la mort (les cerfs, les loups, les lions de mer). Chez l'homme, rien de tel. La violence s'étend de proche en proche et menace de détruire la communauté tout entière.

René Girard a compris cela parce qu'il s'est affranchi des limites de la métaphysique occidentale, parce qu'il est sorti de la philosophie. Heidegger a  pensé qu'il suffisait pour sortir de la métaphysique qui a abouti à la "pensée calculante", à l'idéologie de la technique et de la science (le scientisme et le positivisme) de revenir aux Présocratiques et de reposer la "question de l'Être", en occultant l'origine violente de la culture. C'est cette origine qu'il convient d'interroger, y compris chez les Présocratiques qui sont bien plus proches de la violence sacrificielle que Platon, par exemple.

L'équivalent de l'instinct animal chez l'homme, c'est le sacrifice. Il faut sortir du sacrifice si on veut dépasser l'animalité (sans la supprimer, il ne s'agit pas du tout de devenir des "surhommes").

Pour les nazis, le seul moyen de sauver les Allemands est de sacrifier des boucs émissaires aux dieux de la violence : les Juifs, les tziganes, les handicapés...

Et Heidegger a marché là dedans parce qu'il a choisi le paganisme. Nietzsche n'a pas réussi à choisir entre "Dionysos et le crucifié" (les dernières lettres) et il en devenu fou.

Nietzsche est infiniment supérieur, humainement, spirituellement et philosophiquement parlant à Heidegger. Je n'en parlerais pas tant s'il n'avait été la référence de toute une génération (la mienne), y compris dans certains séminaires, les dominicains par exemple, où il avait remplacé saint Thomas d'Aquin dans les années 70 pour prémunir du marxisme. Il aurait mieux valu choisir Marx. Faut-il l'interdire ? Non, il faut chercher à comprendre.

L'erreur est de croire que l'Être chez Heidegger signifie Dieu, alors que Heidegger dit expressément le contraire : "l'Etre n'est pas Dieu, mais une dimension de Dieu."

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