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Ce feu qui dévore

Autrui : autre soi-même dont on prend douloureusement conscience qu'il n'est pas soi.

Rapport humains : Toute relation est une négociation plus ou moins ratée, fondée sur des malentendus et des non-dits.

Il faudrait faire davantage attention, dans nos relations avec les autres à la différence des rythmes dans les paroles et dans les actes. Notre rythme temporel, notre rapport au temps n'est pas le même que celui d'un autre, notre compagnon ou notre compagne par exemple. La rapidité n'est pas supérieure à la lenteur.

Harmonisation des rythmes par la liturgie des heures dans les monastères. Il ne s'agit pas "d'imitation", de panurgisme, car on ne se règle pas sur le caprice d'un seul, comme dans l'abbaye de Thélème (Rabelais).

On peut rester libre en participant à la même liturgie, faire les mêmes gestes, dire les  mêmes paroles, jour après jour, avec les autres. C'est alors que la répétition subie devient désirable. Kierkegaard dit qu'il faut aimer la répétition, qu'elle nous enrichit si nous l'acceptons comme un don au lieu de la subir comme une contrainte. Camus a repris cette idée dans le mythe de Sisyphe ("il faut imaginer Sisyphe heureux").

Désir : poursuite de l’insaisissable. Promesse d'un bonheur jamais atteint. 

Ethique : la prise en compte du désir de l'autre.

Destin : "Le caractère d'un homme fait son destin" (Démocrite) : Le destin, c'est le corps individuel, que ce soit d'un homme ou de tout autre être vivant.

Mort : tous les hommes savent qu'ils vont mourir, mais ce n'est qu'à partir d'un certain âge qu'ils en sont sûrs.

"Le drame de la vieillesse, ce n'est pas qu'on vieillit, mais qu'on reste jeune." (Jean Cocteau) on a  même envie de dire : le drame de la vieillesse, ce n'est pas qu'on vieillit, mais qu'on rajeunit." : Le drame n'est pas dans le fait de vieillir, mais dans le rapport entre le corps qui vieillit et l'esprit qui reste jeune et qui voit le corps vieillir.

Un garçon de 12 ans auquel je donne des cours de Français me disait l'autre jour qu'il ne vieillirait jamais. Comme si on y pouvait quelque chose ! Mais il ne le sait pas encore. L'ignorance est la grâce de la jeunesse. Il y a une grande différence entre "savoir" et "croire". On retrouve ici la question de la mort : savoir qu'on va mourir et en être sûr.

Il n'est pas sûr qu'il y ait quelque chose après la mort et il est même possible qu'il n'y ait rien, mais c'est un scandale pour l'esprit.

"S'il n'y a rien après la mort, je serai bien attrapé, mais je ne regretterai pas d'avoir cru en l'Amour" (saint Jean Marie Vianney). C'est illogique puisque s'il n'y a rien, on ne peut pas éprouver de regrets, mais on comprend ce qu'il a voulu dire.

Le Christ m'a sauvé de moi-même.

Que soient sauvées les moindres petites parcelles de bonté, de beauté  et de vérité, le moindre verre d'eau !

Que notre visage ne soit pas oublié !

Vie éternelle : transfiguration de l'éphémère.

"Celui qui a été ne peut plus désormais ne pas avoir été : désormais ce fait mystérieux et profondément obscur est son viatique pour l'éternité." (Vladimir Jankélévitch, L'irréversible et la nostalgie

Seule une mémoire infinie peut sauver les mémoires finies. Dieu est mémoire. C'est la dimension mystique de la Recherche du temps perdu. Enfin pour moi, je ne sais pas si Proust voyait les choses ainsi, probablement pas.

On accuse Marcel Proust d'être athée car il n'emploie jamais le mot "Dieu". Cette objection est risible. D'abord c'est confondre le signifié et le signifiant, ensuite, c'est ne rien comprendre à la tradition juive et à ce qui en est passé dans le christianisme (la théologie négative ou apophatique). Les Juifs n'ont pas le droit de prononcer le Nom. Dire "Dieu", c'est limiter le Nom.

"Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, mais ce n'est pas le silence." (René Char)

Le silence des morts nous parle en silence.

On dit qu'"ils ne sont plus", alors que, peut-être, ils "sont" enfin... "Tels qu'en eux-mêmes enfin l'éternité les change" (Mallarmé)

Il y a en chacun de nous des abîmes de méchanceté, même chez les gens en apparence les plus "gentils".

Alors que je désespérais, j'ai été sauvé par le sourire d'un enfant entrevu dans la rue.

"J'ai désiré d'un grand désir..."

Seigneur, sauvez les suicidés, les criminels et les fous ! 

Pardon pour les innombrables fois où je suis passé à côté de l'occasion de faire un peu de bien en parole et en acte, par paresse, par ignorance ou par égoïsme !

Quelle pauvre petite vie que la mienne !

Je n'ai pas su aimer.

La répétition (Kierkegaard), la grisaille des jours, du temps... et puis l'éternité... C'est peut-être cela, la mort, la joie.

Discerner, mais ne pas juger, ne pas condamner. Dans la même situation, j'aurais peut-être fait pire.

Désir de blesser, de se venger. Mais pourquoi ? A quoi ça m'avance ?

Pourquoi continuer a souffrir des offenses passées ?

Pourquoi m'inquiéter de ce que les autres pensent de moi ?

Pourquoi souffrir d'avoir été méconnu ?

Laisse le (la) donc penser ce qu'il (elle) veut. Qu'est-ce que ça peut faire ?

"Toujours est-il - et c'est la seule chose que l'on sache avec certitude de ce navire - que les murs de sa cabine sont couverts de règles qui en constituent le règlement intérieur, c'est-à-dire de règles qui ont été sanctionnées par quelqu'un, qui lui-même n'a été sanctionné par personne. Il est incontestable que c'est grâce à ces règles que la vie à bord se déroule sans accroc. "Question : ces règles ont-elles valeur d'obligation ?" (Günther Anders)

C'est la seule question qui vaille : "ces règles ont-elles valeur d'obligation et pourquoi ?" Anders se dit non croyant, mais peu importe. Beaucoup de non croyants ont la grâce sans le savoir et beaucoup de chrétiens ne l'ont pas ou n'en font rien. J'ai pensé à : "Faites cela et vous vivrez." (observer les Dix Paroles). Un juif ou un chrétien élevés dans leur religions respectives ne peuvent pas devenir tout à fait athées. Quand la croyance à tout le reste a disparu, il reste la révélation du Sinaï, les Dix paroles, les obligations morales qui rendent l'existence possible et qui sont au cœur de la foi.

Le désir est un bon guide. Pourquoi forcer le destin ? Si ça ne s'est pas fait, c'est que ça ne devait pas se faire. Si ça s'est fait, c'est que ça devait se faire. Parfois, les choses se jouent sur un détail. Il ne faut pas trop vouloir.

On force et on ne force pas les épiphanies.

"On n'entre pas dans la vérité sans avoir passé par son propre anéantissement. On n'entre pas dans la vérité sans avoir séjourné longtemps dans un état d'extrême et totale  humiliation." (Simone Weil)

Le plaisir, le vin (Omar Khayyâm), la littérature, la poésie, la musique, c'est bien,  mais c'est toujours un peu faute de mieux, parce que ça parle d'autre chose (la Joie parfaite). C'est parfois ennuyeux (mais personne n'ose le dire) et parfois douloureux pour n'être qu'une promesse de bonheur.

... C'est pourquoi Chesterton parle de la tristesse du paganisme (de l'épicurisme).

La commercialisation de la musique, les interprètes cabotins qui se font passer aux yeux du public pour plus importants que les compositeurs eux-mêmes. La sacralisation des artistes est presque aussi agaçante que la sacralisation de l'art.

Autrefois, on faisait de la musique en famille et on ne faisait pas tout un plat de la musique et des musiciens comme aujourd'hui. Tout, à commencer par l'art qui est l'activité la plus "subversive" de toutes, est récupéré par la société de consommation.

"Par une disposition éternelle de la Providence, tout ce qu'un homme produit en tout domaine quand l'esprit de justice et de vérité le maîtrise est revêtu de l'éclat de la beauté... "La beauté est le mystère suprême d'ici-bas."... "Autant le malheur est hideux, autant l'expression vraie du malheur est souverainement belle." (Simone Weil)

Il y a beaucoup de gens qui seront sauvés malgré eux. Ce n'est pas leur faute s'ils n'ont pas, comme dit Péguy, "mouillé à la Grâce". 

L'abbé Mugnier qui était une sorte d'aumônier des artistes dans les années 1930 parle dans son Journal d'un saint des temps passés qui pleurait parce que "l'Amour n'était pas aimé". S'il l'Amour n'est pas aimé, c'est peut-être parce qu'il n'est pas connu et seul un saint qui est capable d'en pleurer le connaît. Nous qui ne sommes pas des saints, nous ne le connaissons pas parce que si nous le connaissions, nous serions capables d'en pleurer (le don des larmes).

Mélange d'érotisme et de sadisme dans certains mangas japonais : filles qui se fissurent, explosent, garçons qui se transforment en vampires. Châtiment immédiat et violent du "péché de chair"... Une nouvelle forme de puritanisme.

Quand on doit parler en public, tenir compte du public, de ses attentes, de ses connaissances, de ses ignorances. Etre "pertinent". Instruire et toucher. Ne pas se tromper de public, se demander dans quelle intention on parle. Si on est trop "cérébral", on ne touche pas les gens. Il faut parler un langage simple pour susciter l'émotion, ce que partagent aussi bien les instruits que les moins instruits. C'est le langage de l’Évangile. Prendre cette simplicité en exemple. La vraie rhétorique se moque de la rhétorique. Connaître les attentes pour les combler ou, éventuellement pour les frustrer. Le ratage de la "captation benevolentiae" (la mise en place d' un climat de réceptivité bienveillante) est presque impossible à rattraper, c'est comme un dériveur dont on n'a pas abaissé la dérive. Les gens n'écoutent plus.

Bossuet s'adresse aux courtisans dans une langue magnifique, Pascal aux libertins et aux joueurs, Fénelon aux "intelligents et aux sensibles", comme dit Montherlant. Chacun parle à ceux qui l'écoutent ou le lisent leur propre langue.

Supposons que vous ayez l'intention de témoigner publiquement votre reconnaissance à quelqu'un et que cette personne vous ait fait autant de bien que de mal ("Il m'a fait trop de bien pour que j'en dise du mal. Il m'a fait trop de mal pour que j'en dise du bien" disait quelqu'un du cardinal de Retz). Mon "inconscient" risque de m'empêcher de témoigner ma reconnaissance et la "captatio benevolentiae" sera ratée, mon discours ne sera pas juste, touchant et vrai comme il aurait dû l'être. Pour parler juste, il faut s'être mis au clair, préalablement pour que vos sentiments ne trahissent pas vos intentions. 

Leibniz a eu l'intuition de l'existence d'un inconscient psychique à partir des "petites perceptions" et du calcul infinitésimal.

La philosophie de Leibniz, disait Gilles Deleuze, c'est de la science-fiction. Dans certains romans d'Isaac Asimov, il y a des créatures extra-terrestres qui ressemblent étrangement aux monades que décrit Leibniz.

Les esprits inventifs courent toujours le risque de l'inexactitude. Marcel Conche reprochait à Michel Serres de prétendre que les mathématiciens Grecs avaient inventé le calcul infinitésimal car "microtatos" ne veut pas dire "infiniment petit", mais "très petit". Ne pas faire de rapprochements injustifiés.

Christine Boutin que les "intellectuels" trouvent ridicule car elle ne tient aucun compte des croyances des autres a dit un jour quelque chose de très vrai : "Nous sommes tous des handicapés."

Je vois autour de moi des témoignages émouvants d'héroïsme quotidien chez des gens qui ne se considèrent pas comme héroïques (par exemple pendant le confinement les caissières de supermarchés, les facteurs, les éboueurs...) Que de grandeurs apparentes qui seront oubliées... Que de grandeurs cachées qui seront révélées ! Il y a une grandeur du peuple insoupçonnée des classes dominantes Cette grandeur ne se connaît pas, et c'est aussi pour cela que c'en est une.

Dans ce monde où prédominent l'égoïsme et l'individualisme, l'acte sexuel est l'une des rares opportunités qui soient données aux  mâles de s'exercer à la générosité.

Goethe a dit un jour que la vérité était universelle et intemporelle, mais qu'elle se manifestait à chacun d'entre nous en un lieu et à un moment donnés.

J'ai été émerveillé de découvrir que le mot "wake" dans le Finnigan's Wake de James Joyce  signifiait à la fois en anglais le sillage d'un navire, le réveil et la veillée funèbre.

"Qui veut sauver sa vie (son âme ?) la perdra." Je ne pas sûr d'avoir parfaitement compris cette parole du Christ (la recherche de la sécurité/la prise de risque ?). Elle m'a choqué avant de me consoler, y compris du temps que j'ai cru avoir perdu à me "perdre". Mais quand c'était inévitable, peut-on encore parler de volonté de se sauver ou de se perdre ? Alors la phrase prend un autre sens : "Vous avez eu raison de ne pas chercher à sauver votre âme. En ne cherchant pas à la sauver, vous l'avez sauvée." Il y a peut-être un rapprochement à faire avec la parabole de l'enfant prodigue.

Si on cesse de participer à la plus belle fête pour seulement y assister, on éprouve un profond sentiment de tristesse. Alain Fournier a bien évoqué cette "tristesse joyeuse" ou cette "joie triste" dans Le Grand Meaulnes.

On passe un temps fou à imiter les autres avant de devenir "soi-même" (ce que les Grecs appelaient le "daïmon"). Certains ne le deviennent jamais. Personne ne le devient tout à fait.

Günther Anders explique dans L'obsolescence de l'homme que l'arme atomique a fait passer la fameuse question de Leibniz : "Pourquoi y a-t-il quelque chose, plutôt que rien ?" de l'indicatif au conditionnel : "Pourquoi y aurait-il quelque chose plutôt que rien ?"... Le péché absolu : la "décréation". Nous vivons désormais sous le règne du conditionnel.

A vingt ans, j'ai voulu me tuer, comme Charles Swan, pour une femme "qui n'était même pas mon genre".

Quelque chose se joue dans tout couple humain qui semble engager le destin de l'humanité tout entière. C'est une responsabilité dont nous ne sommes pas pleinement conscients et un enjeu à la hauteur duquel il est impossible de demeurer sans l'aide de la Grâce.

Gérard Jugnot comparaît un jour le rapport entre le comédien et le public à l'acte sexuel : "C'est toute la différence entre jouir et faire jouir". 

Un prêtre me racontait qu'une religieuse, après une homélie lui avait dit naïvement et sans penser à mal : "Merci mon père, vous nous avez bien fait jouir." Dans la spiritualité baroque (l'extase de sainte Thérèse de Le Bernin), l'amour est la métaphore de l'Amour et non l'inverse. C'est ce qu'exprime aussi le Cantique des Cantiques.

Etienne Klein dans Le goût du vrai (tracts Gallimard, n°17) évoque l'avertissement sur les paquets de cigarettes : "Fumer tue" : "Sur nos paquets de cigarettes, il est écrit non pas "Fumer déplaît à Dieu" ou "Fumer compromet le salut de votre âme", mais "Fumer tue". Preuve qu'un discours scientifique portant sur la santé du corps a fini par détrôner un discours théologique qui, lui, aurait porté sur le salut de l'âme. " (p.33)

Mais la proposition "Fumer tue" n'est pas un énoncé portant sur des valeurs, mais sur un fait. En d'autres termes, l'énoncé nous dit  qu'en fumant nous abrégeons notre vie, mais il ne nous dit pas pourquoi il vaut mieux prolonger notre vie que de l'abréger, ce que ferait un énoncé métaphysique.

Platon avait déjà vu pressenti que le Bien, le Vrai et le Beau, en tant que paradigmes éternels étaient indissociables, mais que la pensée humaine pouvait les dissocier (la beauté du diable, l'esthétisme, la sophistique...).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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