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Philippe Besson, En l'absence des hommes
Philippe Besson, En l'absence des hommes

Philippe Besson, En l'absence des hommes, Editions Julliard, 2001, collection 10/18

L'auteur :

Né à Barbezieux-Saint Hilaire le 29 janvier 1967, Philippe Besson est un écrivain, dramaturge et scénariste français. Il a été également critique littéraire et animateur de télévision. En 1999, il publie En l'absence des hommes, récompensé par le prix Emmanuel-Roblès. (souce : babelio)

Quatrième de couverture : 

"Eté 1916. Vincent découvre la passion dans les bras d'Arthur, jeune soldat qui tente d'échapper pour quelques jours à l'horreur des tranchées. Dans le même temps, il ébauche une affection amoureuse avec l'écrivain mondain et renommé Marcel Proust. Le temps de ce bel été, l'un va devenir l'amant, l'autre l'ami. Comme deux fragiles éclats de bonheur au milieu de la tragédie."

Extrait :

"Quand le silence se fait à nouveau dans la chambre, je pense : c'est la troisième nuit que nous passons ensemble. La troisième des sept nuits auxquelles ta permission te donne droit. C'est une semaine de l'été 1916. J'ai seize ans, les cheveux noirs, les yeux clairs. Je m'appelle Vincent de L'Etoile. C'est une semaine d'un soleil énorme. La semaine de tous mes bouleversements. Celle de ma rencontre avec Marcel P. et avec Arthur V., de ma confrontation avec un esprit et avec un corps, d'un rendez-vous inattendu avec la vie facile et la mort possible. Je crois au hasard, si bien que je ne souhaite voir dans cette simultanéité qu'une coïncidence. J'essaie de trouver le sommeil et je finis par y arriver.

Au petit jour, je contemple ton visage détourné qui repose sur ton bras droit, les plis de ta nuque, le creux de tes omoplates où le soleil du dehors jette une flaque de lumière, ton dos parsemé de grains de beauté comme des repères pour plus tard, tes fesses duveteuses sur les rebords desquelles le drap a stoppé son glissement, ton endormissement lourd. C'est un instant de toi pour l'éternité, quoi  qu'il puisse advenir."

Mon avis sur le roman :

Le narrateur, un garçon de 16 ans s'éprend d'un jeune soldat en permission de 21 ans et passe une semaine en sa compagnie. Ils font l'amour tous les soirs. C'est très beau et très émouvant parce qu'il chérit, caresse, console, embrasse une chair probablement promise à la mort.

Le narrateur explique qu'il n'a pas le sentiment de faire quelque chose de mal. Manifestation sublime de charité et de compassion, parce qu'il l'aime aussi de toute son âme.

Je n'aurais peut-être pas compris cela sans Julien Green. Il y a une histoire de l'amour, des troubadours aux temps modernes. Notre époque est celle de la pornographie (traiter l'autre comme une chose, ignorer ou mépriser le principe d'humanité), mais aussi de la célébration de l'amour charnel. Il n'y a pas d'"amour pur". L'amour platonique n'est pas supérieur à l'amour charnel.

Le malheur ici, c'est la guerre et une chair (l'âme indissociablement unie au corps) aimée, désirée, vénérée, caressée, consolée, promise à la mort...

Une magnifique histoire d'amour qui met sans cesse  le cœur au bord des larmes.

J'ai pensé à Rimbaud : 

"Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. "

(Arthur Rimbaud, "le Dormeur du Val")

... Et à Simone Weil :

"Par une disposition éternelle de la Providence, tout ce qu'un homme produit en tout domaine quand l'esprit de justice et de vérité le maîtrise est revêtu de l'éclat de la beauté."

"Autant le malheur est hideux, autant l'expression vraie du malheur est souverainement belle."

L'amitié amoureuse du narrateur avec un écrivain vieillissant (Marcel Proust) est moins tragique, mais très belle aussi  et évoquée avec beaucoup de justesse.
 

 
 

 

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