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Un  navire traverse la constellation d'Orion...

"Une fois les lumières éteintes, on ne souhaite plus la présence d'aucun dieu, mais aucun dieu n'est non plus déclaré indésirable ; aucun dieu ne nous inspire plus, mais aucun dieu non plus ne nous empêche d'agir - disons-le donc tranquillement : ce n'est en l'honneur d'aucun dieu connu que cet énorme navire traverse la constellation d'Orion. D'où il vient - s'il vient de quelque part -, quel est son cap - s'il en a un -, nous n'en savons rien. Tout porte à croire qu'il est même inutile de mentionner l'existence de ce navire puisque, tôt ou tard, il se confondra à nouveau avec les ténèbres, comme les autres navires, et on se rendra compte qu'il aurait pu aussi bien ne pas exister. Toujours est-il - et c'est la seule chose que l'on sache avec certitude de ce navire - que les murs de sa cabine sont couverts de règles qui en constituent le règlement intérieur, c'est-à-dire de règles qui ont été sanctionnées par quelqu'un, qui lui-même n'a été sanctionné par personne. Il est incontestable que c'est grâce à ces règles que la vie à bord se déroule sans accroc.

"Question : ces règles ont-elles valeur d'obligation ?"

(Günther Anders, L'obsolescence de l'homme, sur l'âme à l'époque de la deuxième révolution industrielle, 1956, Paris 2002, Editions de l'Encyclopédie des Nuisances, Editions Ivrea, p.361)

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