Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Sayd Bahodine Majrouh, Rire avec Dieu
Sayd Bahodine Majrouh, Rire avec Dieu

Sayd Bahodine Majrouh, Rire avec Dieu, aphorismes et contes soufis, texte français de Serge Sautreau, Editions Albin Michel, collection spiritualités vivantes, 1995

Table : Avant-propos - Liberté de Majrouh par Serge Sautreau - Introduction. - Les Soufis, maintenant - Urgence des fossiles - L'approche et le temps - Le Moi et la Cité - Le rire qui ne rit point - I. Tassawuf - II. Humour - III. Sagesse - Sources

"Beaucoup s'agitent sur la surface de la planète, qui sont cependant des âmes mortes. Beaucoup, enfouis au cœur de la terre, reposent - et sont vivants."

L'auteur :

Sayd Bahodine Majrouh, né en 1928, décédé le 11 février 1988, et considéré comme le plus grand poète afghan a fait des études de philosophie à Montpellier. Ancien doyen de la Faculté de Kaboul, Sayd Bahodine Majrouh était un conteur inspiré, l’une des voix les plus rebelles d’Afghanistan. Il était un soufi d’islam. Il est l’auteur, entre autres, d’une immense épopée intitulée
"Ego-Monstre", chant épique, conte poétique décliné en mille paraboles. Il s'était réfugié au Pakistan après l'invasion soviétique. Il a été assassiné à Peshawar le 11 février 1988, par les talibans (les mêmes qui ont assassiné Massoud ! ), à la veille de son soixantième anniversaire. (source : babelio)

Quatrième de couverture :

"Attâr, Jâmi, Ibn Arabî et une quarantaine d'autres illustres soufis sont les principales sources de cette anthologie établie par le grand poète et intellectuel afghan Sayd Bohodine Majrouh, un an avant son assassinat en 1988. Les dévots, explique Majrouh, considèrent volontiers de rire comme une manifestation dangereuse, perverse et même diabolique. Pourtant, la plupart des grands soufis ont connu les vertus du rire. Leur humour possède une double fonction : à l'égard des hommes, il est un fluide spirituel, il fait "passer le courant" de la sagesse et de l'humilité ; à l'égard du divin, il se révèle un canal supérieur de communication.

A l'heure où les rieurs sont haïs par certains musulmans qui ne connaissent pas la tradition, cette anthologie est la preuve que le sourire, le décalage, voire la dérision sont partie intégrante de la civilisation islamique : dans le monde de soufis, le rire, le paradoxe qui bouscule le "religieusement correct", ont toujours été l'une des voies légitimes d'approche du divin."

Liberté de Majrouh :

"Un intellectuel qui ne plie pas face aux dogmes doit être éliminé : telle est la commune certitude des adeptes de la tyrannie, quels que soient les oripeaux idéologiques sont se pare celle-ci. En Afghanistan, étoile rouge et barbes vertes auront partagé cet aberrant axiome en vertu duquel la défense et l'illustration de leurs "pensées" devaient se fonder sur le meurtre. Tout homme dénonçant cette indignité, cette vieille barbarie - a fortiori s'il s'agit d'un lettré aimé et respecté -, ne saurait donc survivre. C'est dans cette sinistre perspective que s'inscrit l'assassinat de Sayd Bahodine Majrouh le 11 février 1988, à la veille du soixantième anniversaire du poète.

Créateur et infatigable animateur du Centre afghan d'information qui, durant la guerre soviéto-afghane, se donna mission d'informer et d'alerter l'opinion internationale de l'état de la lutte réelle menée à l'intérieur de l'Afghanistan face à l'occupant soviétique, Sayd Bahodine Majrouh n'a cessé, au fil d'une œuvre de conteur et de visionnaire, de mettre en garde contre les hystéries de l'histoire : dogmatismes, fanatismes, intégrismes en tous genres ne lui paraissent porteurs ni d'espoirs ni de vérité. Voilà de quoi se rendre insupportable aux yeux de ceux que rebute l'exigence de liberté. Leur réponse : une anonyme et honteuse rafale de mitraillette - doublement honteuse même puisque jamais revendiquée.

Sayd Bahodine Majrouh : sa stature d'homme éclairé, nourri de Diderot  comme de Rûmî, manque désormais cruellement à l'Afghanistan, dont il avait prévu et redouté, dans l'immense Ego-Monstre, les terribles vicissitudes. Son meurtrier restera sans visage. Au moins savons-nous quel type d'"esprit" aura armé ce bras.

C'est en 1987 que Majrouh a recueilli et rassemblé ces différents contes et aphorismes. Si les traces de son intérêt pour le soufisme sont aisément repérables dans son œuvre, il n'en est pas moins significatif qu'il ait tenu à faire partager le goût très vif qu'il entretenait pour ces textes. Le sens du sacré dont ils témoignent, le liberté qui les habite : voici très précisément esquissé le profil de l'homme qui les a choisis et mis en perspective. Et cet homme est vivant. (Serge Sautreau)

 

 

 

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :