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Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, la scène de la rencontre amoureuse
Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, la scène de la rencontre amoureuse

 

L'auteur :

Honoré de Balzac, né Honoré Balzac, né à Tours le 20 mai 1799 (1er prairial an VII du calendrier républicain) et mort à Paris le 18 août 1850 (à 51 ans), est un écrivain français. Romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur, il a laissé l'une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles parus de 1829 à 1855, réunis sous le titre La Comédie humaine. À cela s'ajoutent Les Cent Contes drolatiques, ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.

Le roman, la situation et le thème du passage :

"Le Lys dans la vallée a été publié pour les deux premières parties, «Les deux Enfances » et « les Premières amours » de novembre à décembre 1835 dans la revue de Paris. Puis en raison d’un différend avec Buloz, la publication a été interrompue. Le livre, dans sa version complète a été publié en 1836 chez Werdet. 

Le Lys dans la vallée est l'histoire d'un amour impossible entre Félix de Vandenesse, cadet d'une famille aristocratique, et Mme de Mortsauf, la vertueuse épouse du Comte de Mortsauf , un homme sombre et violent.

Au début du roman , Félix de Vandenesse adresse à sa maîtresse, Nathalie de Manerville, le récit de son enfance et de sa jeunesse entre une mère peu aimante, son frère Charles le favori, des sœurs peu affectueuses et une triste pension.  A tours, à la veille de la Restauration ( mai 1814) , il assiste à un bal auquel il s’ennuie, jusqu’à ce que son regard croise celui  d’une éblouissante inconnue. Il dépose un baiser sur son épaule, mais l’inconnue s’éloigne, offensée…. " (source : @a la lettre.com)

Le texte : 

«Emporté comme un fétu dans ce tourbillon, j'eus un enfantin désir d'être duc d'Angoulême, de me mêler ainsi à ces princes qui paradaient devant un public ébahi. La niaise envie du Tourangeau fit éclore une ambition que mon caractère et les circonstances ennoblirent. Qui n'a pas jalousé cette adoration dont une répétition grandiose me fut offerte quelques mois après, quand Paris tout entier se précipita vers l'Empereur à son retour de l'île d'Elbe? Cet empire exercé sur les masses dont les sentiments et la vie se déchargent dans une seule âme, me voua soudain à la gloire, cette prêtresse qui égorge les Français aujourd'hui, comme autrefois la druidesse sacrifiait les Gaulois.

Puis tout à coup je rencontrai la femme qui devait aiguillonner sans cesse mes ambitieux désirs, et les combler en me jetant au cœur de la Royauté. Trop timide pour inviter une danseuse, et craignant d'ailleurs de brouiller les figures, je devins naturellement très grimaud et ne sachant que faire de ma personne. Au moment où je souffrais du malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule, un officier marcha sur mes pieds gonflés autant par la compression du cuir que par la chaleur. Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était impossible de sortir, je me réfugiai dans un coin au bout d'une banquette abandonnée, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur.

Trompée par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à s'endormir en attendant le bon plaisir de sa mère, et se posa près de moi par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid.

Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l'avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon cœur. Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit.

Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna, me vit et me dit : "Monsieur ?" Ah ! si elle avait dit : "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc ?" je l'aurais tuée peut-être mais à ce monsieur ! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies dans les larmes du repentir. 

Elle s'en alla par un mouvement de reine. Je sentis alors le ridicule de ma position; alors seulement je compris que j'étais fagoté comme le singe d'un Savoyard. J'eus honte de moi. Je restai tout hébété, savourant la pomme que je venais de voler, gardant sur mes lèvres la chaleur de ce sang que j'avais aspiré, ne me repentant de rien, et suivant du regard cette femme descendue des cieux. Saisi par le premier accès charnel de la grande fièvre du cœur, j'errai dans le bal devenu désert, sans pouvoir y retrouver mon inconnue. Je revins me coucher métamorphosé.»

Préparation du commentaire :

L'œuvre et l'auteur :

Ce texte est extrait du Lys dans la vallée d'Honoré de Balzac (1799-1850), romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d'art, essayiste, journaliste et imprimeur français de la première moitié du XIXème siècle.

Le thème du passage : 

Le Lys dans la vallée est l'histoire d'un amour impossible entre Félix de Vandenesse, cadet d'une famille aristocratique, et Mme de Mortsauf, la vertueuse épouse du Comte de Mortsauf , un homme sombre et violent. Le passage se situe au début du roman. Le narrateur, Félix de Vandenesse adresse à sa maîtresse, Nathalie de Manerville, le récit de son enfance et de sa jeunesse.  A Tours, à la veille de la Restauration (mai 1814), il assiste à un bal auquel il s’ennuie, jusqu’à ce que son regard croise celui  d’une éblouissante inconnue. Il dépose un baiser sur son épaule, mais l’inconnue s’éloigne, offensée…. "

Les registres :

Lyrique : Le narrateur exprime des sentiments passionnés à la 1ère personne du singulier. (cherchez des exemples)

Pathétique : Le narrateur s'apitoie sur lui-même, cherche à susciter la compassion du lecteur (cherchez des exemples)

Polémique et argumentatif : "Ah ! si elle avait dit : "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc ? je l'aurais tuée peut-être mais à ce Monsieur !"

Comique, ironique (autodérision, distanciation) : l'identification au duc d'Angoulême, puis à Napoléon, "fagoté comme le singe d'un savoyard"

La situation d'énonciation :

Félix de Vandenesse  fait le récit à sa maîtresse Nathalie de Manerville de sa rencontre lors d'un bal, à Tours, à la veille de la Restauration (mai 1814), avec Madame de Morsauf.

Le point de vue narratif : 

Le récit est rédigé à la première personne du singulier. Les choses sont vues à travers le regard du narrateur, Félix de Vandenesse (point de vue interne)

Les types de textes : 

Le passage comporte les trois types de texte : récit, description et dialogue.

Les champs lexicaux : 

L'enfance, l'aristocratie, l'ambition, la maternité, l'admiration (fascination), la sensualité, le désir, la colère, la honte, le repentir : cherchez des exemples)

Les figures de style :

Hyperboles, comparaisons, métaphores, métonymies (la partie pour le tout ou le tout pour la partie), hypallages ("pudiques épaules"), comparaisons : cherchez des exemples de chaque figure.

+ Blason : 

Le blason est un type de poème à la mode au XVIème siècle à la suite de l'épigramme du "Beau Tétin" de Clément Marot publié en 1535 (puis mis en musique par Clément Janequin et publié en 1536). Son originalité repose sur un parti-pris thématique : le poète s'attache à un détail anatomique du corps féminin et en développe l'éloge dans un jeu poétique brillant. En contrepoint apparaît rapidement le contre-blason qui prend le parti de la satire et du blâme. 

Niveau de langue : soutenu.

Les temps et les modes :

Passés simples, imparfaits, présent de vérité générale (gnomique) : cherchez des exemples. Rappelez les valeurs respectives du passé simple et de l'imparfait dans le récit.

Les connecteurs temporels : "Puis tout à coup", "Aussitôt", "Après" ("Après m'être assuré"), "alors" ("je sentis alors le ridicule de ma position", "alors seulement je compris") délimitent les principaux les mouvements  du texte.

Les types de phrases :

Phrases déclaratives, exclamatives, interrogatives (ponctuation expressive) : donnez des exemples.

Les modalisateurs : 

"fête, "tourbillon", "enfantin", "paradaient", "ébahi", "niaise", "ennoblirent", "adoration", "grandiose", "tout entier", "se précipita", "l'Empereur", "gloire", "égorge", "sacrifiait", "ambitieux" ("ambitieux désirs"), "combler", "très grimaud", "ennui", "dégoûta", "chétive" ("apparence"), "me prit pour", "brilla" ("dans mon âme"), "ébloui", "fête", "frappés", "semblaient" ("qui semblaient rougir"), "âme" ("qui avaient une âme"), "hardi", "fasciné", "chastement", "douillettement", "parfaite", "infinies ("jouissances infinies"), "perdre l'esprit", "pétrifié", "sainte" ("sainte colère"), sublime ("tête sublime"), "dos d'amour", "pudeur offensée", "infinies" ("adorations infinies"), "ridicule" ("je sentis alors le ridicule de ma position"), "fagoté" ("je compris que j'étais fagoté comme le singe d'un Savoyard"), "honte", "hébété", "voler" ("la pomme que je venais de voler"), "rien" ("ne me repentant de rien"), "descendue des cieux", "la grande fièvre du cœur", "métamorphosé".

Le très grand nombre de modalisateurs indique que le narrateur est intensément présent dans l'énoncé.

Plan du texte : 

Du début "emporté comme un fétu" jusqu'à "la druidesse sacrifiait les Gaulois" : Les rêves de grandeur du narrateur

Depuis "Puis tout à coup" jusqu'à "boudeur" : L'ennui du narrateur

Depuis "Trompée par ma chétive apparence" jusqu'à "qui s'abat sur son nid" : la rencontre avec la femme.

Depuis "Aussitôt je sentis un parfum de femme" jusqu'à "me fit perdre l'esprit" : L'évocation des épaules et de la poitrine de la femme

Depuis : "Après m'être assuré que personne ne me voyait" jusqu'à "les larmes du repentir" : La narrateur embrasse les épaules de la femme.

Cette partie comprend quatre sous-parties : le baiser, la colère de la femme, le repentir du narrateur, le pardon de la femme.

Depuis : "Elle s'en alla" jusqu'à la fin : le narrateur "métamorphosé" reste seul.

Problématique : comment le narrateur évoque-t-il la première rencontre avec Madame de Mortsauf ?

Axes d'étude :

1. Les rêves de grandeur du narrateur

a) Le désir d'être duc d'Angoulême

b) Le désir d'être Napoléon

2. La solitude du narrateur

a) avant la rencontre 

b) après la rencontre (montrer que ce n'est pas la même solitude en vous appuyant sur le participe passé à valeur adjectival "métamorphosé")

3. La rencontre avec la femme

a) L'évocation du dos et de la poitrine de la femme

b) La réaction de la femme et les sentiments du narrateur (la colère, le repentir, le pardon)

Aide au commentaire :

1. L'attirance du narrateur :

Le point de vue narratif est interne. Les choses sont vues à travers le regard du personnage-narrateur, Félix de Vandenesse. Ce dernier s'adresse à sa maîtresse, Nathalie de Manerville, mais en même temps au lecteur : "Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent (passé simple du verbe sourdre, le narrateur compare ses sentiments à une source) de mon cœur" (l.2-3). Il crée par ce moyen une entente, il essaye de s'attirer la sympathie du lecteur, comme on ferait une confidence à un ami.

L'admiration du jeune homme se traduit pas des hyperboles (chercher des exemples).

Le thème du regard est très présent dans le texte (chercher le champ lexical du regard).

Le narrateur est particulièrement attiré par certaines parties du corps de la femme : ses épaules et sa poitrine.  On parle de "blason" (cf. plus haut le sens de ce terme).

"De blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu (conditionnel passé) me rouler." "Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle."

L'évocation des épaules de la femme et de sa poitrine est délicatement sensuel. Le narrateur ne voit pas (encore) le visage de la femme puisqu'elle est retournée ; il ne voit que ses épaules et, en se penchant, sa poitrine.

Il insiste sur la couleur de la peau : "légèrement rosée", "qui semblait rougir". Il la compare à un tissu de soie, tissue noble et doux.

Le narrateur, à plusieurs années de distance évoque avec une nostalgie attendrie les premiers émois d'un adolescent. 

Les épaules de la femme sont personnifiées à travers un hypallage : "pudiques épaules qui avaient une âme" (c'est la femme qui est pudique et non ses épaules) et une métonymie (la partie pour le tout).

Le narrateur imagine qu'il étreint le corps de la femme. Il se compare à un enfant et la femme à une mère (chercher des citations).

2. La réaction de la femme :

Il écrit "cette femme" et non Mme. de Mortsauf car il ne la connaît pas encore et évoque sa réaction indignée qui se traduit par une ponctuation expressive : "Monsieur !" et l'évocation de son cri qui crée une transition entre l'imaginaire (le fantasme) et le réel.

Le narrateur régit comme un enfant pris sur le fait. Il a honte d'avoir cédé à son désir.

Il imagine ce qu'elle aurait pu dire : "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc ?" et qu'elle ne dit pas. Elle ne le traite pas de haut comme un enfant vicieux et mal élevé, mais comme un homme en lui disant : "Monsieur !", terme valorisant. Ce n'est pas un enfant qu'elle voit en lui, ce qui est une manière de légitimer le désir qu'il éprouve.

Il fait le portrait de la femme, qu'il compare à une reine. L'évocation de son visage qu'il voit désormais complète celui de ses épaules et le narrateur suggère que ce visage de reine en est digne.

Le narrateur montre que la femme passe de la colère à la compassion (citer le texte).

Le narrateur imagine que la femme lui a pardonné et qu'elle comprend sa "frénésie".

Le texte se termine par le mot "reine" qui reprend l'expression "diadème de cheveux cendrés", syntagme nominal qui suggère qu'il s'agit d'une femme mûre, plus âgée que le narrateur.

Introduction :

Ce texte est extrait d'un roman d'Honoré de Balzac (1799-1850), célèbre romancier français de la première moitié du  XIXème siècle,  Le Lys dans la vallée, histoire d'un amour impossible entre Félix de Vandenesse, cadet d'une famille aristocratique et Madame de Mortsauf, la vertueuse épouse du comte de Mortsauf, un homme sombre et violent.

La scène se déroule à Tours, en mai 1814, à la veille de la Restauration. Félix de Vandenesse assiste à un bal auquel il s'ennuie jusqu'à ce que son regard croise celui d'une éblouissante inconnue.

Comment le narrateur évoque-t-il sa première rencontre avec cette femme ?

Nous évoquerons les rêves de grandeur du narrateur, sa solitude et sa rencontre avec Madame de Mortsauf.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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