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John Locke, Lettre sur la tolérance (Extrait + Questions)
John Locke, Lettre sur la tolérance (Extrait + Questions)

L'auteur :

John Locke, né le 29 août 1632 à Wrington (Somerset) et mort le 28 octobre 1704 à High Laver (Essex), est un philosophe anglais. Il vit à une époque de transition qui voit la fin des guerres de religion, les débuts du rationalisme et une forte opposition à l'absolutisme en Angleterre. Locke participe activement à ces débats et à l'élaboration des théories alors naissantes du contrat social, de la loi et du droit naturel. Il jette les bases de ce que l'on appellera plus tard le libéralisme. Il est aussi l'un des fondateurs des notions d'état de droit, de laïcité et de liberté de conscience.

L'œuvre et le contexte historique :

Locke a écrit quatre ouvrages majeurs sur la tolérance : les Tracts de 1660, l'Essai sur la Tolérance rédigé en 1667, un texte intitulé Sur la différence entre pouvoir ecclésiastique et pouvoir civil (1674et la Lettre sur la Tolérance (1686).

Rédigée en 1686 et publié pour la première fois en 1691, La Lettre sur la tolérance fut publiée, sans nom d'auteur, en latin, à Gouda (Pays Bas), et traduit immédiatement dans plusieurs langues.

Cette « lettre » est adressée à un ami proche de John Locke, Philipp van Limborch, qui la publia sans son autorisation.

"Dans une Angleterre (et plus largement une Europe) secouée par des querelles religieuses et cléricales, dans un temps où religion rimait avec pouvoir et domination (ce temps est-il révolu?), parler de tolérance était un acte de courage. Bien qu'il ne conçoive pas encore la possibilité de l'athéisme, Locke défend la liberté religieuse en s'appuyant sur les valeurs fondatrices du christianisme et sur les principes de l'autorité politique." (source : babelio)

L'intérêt que Locke porte à cette question s'explique par le contexte et les défis de son époque. Il vit à une période où les guerres de religion ne sont pas totalement terminées. Louis XIV révoque l'Edit de Nantes en 1685, tandis qu'en Angleterre l'aspect religieux est très présent dans les deux Révolutions qui secouent le pays au XVIIème siècle.

Note : La première Révolution anglaise (1642-1651) appelée "Grande Rébellion", renversa le roi Charles Ier et vit l'accession au pouvoir d'Oliver Cromwell. La seconde révolution anglaise (1688-1689) appelée "Glorieuse Révolution", renversa le roi Jacques II et entraîna l'accession au trône de Mary II et Guillaume III.

Le passage :

« Je crois qu’il est d’une nécessité absolue de distinguer ici, avec toute l’exactitude possible, ce qui regarde le gouvernement civil, de ce qui appartient à la religion, et de marquer les justes bornes qui séparent les droits de l’un et ceux de l’autre (…)

Il est du devoir du magistrat civil d’assurer, par l’impartiale exécution de lois équitables, à tout le peuple en général, et à chacun de ses sujets en particulier, la possession légitime de toutes les choses qui regardent cette vie.

Si quelqu’un se hasarde de violer les lois de la justice publique, établies pour la conservation de tous ces biens, sa témérité doit être réprimée par la crainte du châtiment, qui consiste à la dépouiller, en tout ou en partie, de ces biens ou intérêts civils, dont il aurait pu et même dû jouir sans cela (…)

Or, pour convaincre que la juridiction du magistrat se termine à ces biens temporels, et que tout pouvoir civil est borné à l’unique soin de les maintenir et de travailler à leur augmentation, sans qu’il puisse ni qu’il doive en aucune manière s’étendre jusques au salut des âmes, il suffit de considérer les raisons suivantes, qui me paraissent démonstratives.

Premièrement, parce que Dieu n’a pas commis le soin des âmes au magistrat civil, plutôt qu’à toute autre personne, et qu’il ne paraît pas qu’il ait jamais autorisé aucun homme à forcer les autres de recevoir sa religion. Le consentement du peuple même ne saurait donner ce pouvoir au magistrat ; puisqu’il est comme impossible qu’un homme abandonne le soin de son salut jusques à devenir aveugle lui-même et à laisser au choix d’un autre, soit prince soit sujet, de lui prescrire la foi ou le culte qu’il doit embrasser (…)

En second lieu, le soin des âmes ne saurait appartenir au magistrat civil, parce que son pouvoir est borné à la force extérieure.

Mais la vraie religion consiste, comme nous venons de le marquer, dans la persuasion intérieure de l’esprit, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu. Ajoutez à cela que notre entendement est d’une telle nature, qu’on ne saurait le porter à croire quoi que ce soit par la contrainte. La confiscation des biens, les cachots, les tourments et les supplices, rien de tout cela ne peut altérer ou anéantir le jugement intérieur que nous faisons des choses. » 

(John Locke, Lettre sur la tolérance)

Questions sur le texte : 

1. Quelle est la thèse de l'auteur ?

2. Quels sont ses arguments ?

3. Quels exemples donne-t-il ?

4. Expliquer : "gouvernement civil", "religion".

5. Pourquoi est-il, selon Locke,  d'une nécessité absolue de les distinguer ? (L'ont-ils toujours été et le sont-ils toujours ?)

6. Expliquer le mot "droit ("les droits de l'un et ceux de l'autre")

7. Quel est le devoir du magistrat civil ?  Comment doit-il l'exercer ?

8. Expliquer : "la possession légitime de toutes les choses qui regardent cette vie".

9. Comment le justice publique garantit-elle la possession légitime de toutes les choses qui regardent cette vie ?

10. Jusqu'où s'étend la juridiction du magistrat ? 

11. Pour quelles raisons la juridiction du pouvoir civil ne s'étend-il pas au "salut des âmes".

12. En quoi consiste, selon Locke, la "vraie religion" ?

 

 

 

 

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