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Toute vérité est-elle définitive ? (aide à la dissertation)

Rappel : votre devoir doit obligatoirement comporter une phrase d'accroche, la reprise de la problématique, la mise en évidence des sous-entendus de la question, les domaines d'application du sujet ainsi que son enjeu (quel est l'intérêt de la question, en quoi est-il important d'y réfléchir ?) :

Ce travail est le fruit d'une réflexion commune avec Simon F., élève de Terminale.

Quand nous étions enfants, nous croyions en des "vérités" que nous considérions comme définitives, par exemple l'idée que nos parents étaient parfaits, omniscients, détenteurs de la vérité... Mais en grandissant, nous nous sommes aperçus que ces « vérités » n’étaient pas définitives.

Cet exemple tend à montrer que toute vérité n'est "définitive" qu'à travers le point de vue particulier d'une personne donnée à un moment donné. Je peux croire à quelque chose à un certain moment et ne plus y croire à un autre. 

Pourtant, il y a en nous une exigence de vérité qui relève peut-être davantage du désir que de la raison. Mais toute vérité est-elle pour autant définitive ?

Se demander si toute vérité est définitive, c'est sous-entendre a) que le mot "vérité" a un sens ; b) que certains pensent qu'il y a des vérités définitives et que cette croyance peut être remise en question.

Ce sujet s'applique à plusieurs domaines : la psychologie, la science, la morale, le droit, la culture, la politique, la religion (la croyance).

S'il n'y a pas de vérités définitives, on peut douter de tout, c'est le doute radical, hyperbolique, le scepticisme radical, le relativisme de toutes les notions et de toutes les valeurs : toutes les vérités se valent, à chacun sa vérité ; il n’y a pas de différence entre la vérité et l’erreur, etc. Certains penseurs contemporains déplorent qu’à la faveur du développement d’Internet et des réseaux sociaux la frontière entre la vérité et l’erreur, la vérité et le mensonge disparaisse. Nous vivons, selon eux, à l’ère de la « post vérité ».

Dans le domaine religieux et culturel, l’absence de référence communes risque d’aboutir au communautarisme. Nous nous glorifions de notre « tolérance », alors que nous vivons les uns à côté des autres comme des petits pois dans une boîte de conserve.

Mais s'il y a des vérités définitives, alors on ne peut ni douter, ni chercher et l'on risque de tomber dans le dogmatisme (je possède la vérité) et l'intolérance (je suis tenu de "convertir" les autres).

Après avoir donné une définition consensuelle de la notion de vérité, nous montrerons dans un premier temps qu'il est douteux qu'il y ait des vérités définitives, puis que certaines vérités peuvent être tenues pour définitives et enfin qu'il faut préférer la recherche à la certitude.

"Dans son acception courante, la vérité est le caractère des jugements et des propositions qui les expriment auxquels on ne peut qu'accorder assentiment, c'est-à-dire qui s'imposent à notre esprit et à tout autre esprit, et qui est le fondement de l'accord entre les esprits." (Louis-Marie Morfaux, Vocabulaire de la Philosophie et des sciences humaines)

Il n’y a pas de vérités définitives :

On peut et on doit douter de tout. Exemple : Descartes au début des Méditations métaphysiques

Dans le domaine des sciences, il n'y a pas de vérités absolues et définitives, mais des vérités partielles et temporaires. Exemple : l'héliocentrisme

Dans le domaine politique, il n'y a pas non plus de vérité absolue et définitive. Exemple : la doctrine de la monarchie absolue de droit divin a été remise en cause par la philosophie des Lumières.

Il n'y a pas non plus de vérité absolue et définitive dans le domaine de la morale et du droit. Exemple :  le mariage pour tous. "Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà" (Pascal)

Ni dans le domaine psychologique. Exemple : la croyance en l'infaillibilité des parents (exemple repris de la phrase d'accroche de l'introduction) ne survit pas à l'adolescence.

Certaines "vérités" semblent pourtant définitives :

a) Reprendre l'exemple de Descartes dans les Méditations métaphysiques : on peut douter de tout, mais on ne peut pas douter que l'on existe en tant que chose pensante (res cogitans) car douter, c'est penser.

Certaines théories scientifiques semblent "tenir" mieux et plus longtemps que d'autres. Exemples : l'héliocentrisme, la loi de la chute des corps de Galilée, la théorie de la relativité générale d'Einstein. On ne croit plus que le soleil tourne autour de la Terre, que la Terre est plate et immobile et qu’elle est le centre de l’univers ou que les hommes ont cohabité avec les dinosaures. La théorie de l'évolution de Darwin n'est plus considérée comme une hypothèse parmi d'autres et a supplanté le créationnisme.

L'idée que la démocratie est préférable à la dictature, la liberté à la servitude, semble plus "vraie" que le contraire, sinon, le combat contre le nazisme n'aurait eu aucun sens.

Dans le domaine culturel, certaines pratiques nous paraissent préférables à d'autres. Le refus de l’homophobie, de la discrimination sexuelle ou raciale, les droits de l’homme reposent sur les principes et des vérités considérées comme définitives.

Les principes mathématiques (2+2=4), les principes d’identité de non contradiction et de tiers exclu, la conformité entre la pensée et le réel (si je dis « il pleut » et qu’il ne pleut pas, c’est une erreur ou un mensonge) suscitent l’accord des esprits.

Comme le dit Etienne Klein : "tout n'est pas relatif".

Conclusion : le devoir de chercher sans cesse

La notion de vérité est liée au contexte dans lequel nous vivons, ou, pour parler comme Michel Foucault, à un "horizon de savoir". Un homme du Moyen-âge ne pouvait guère refuser les vérités de la foi chrétienne ou l'idée que le soleil tourne autour de la terre ou que le roi de France détient son autorité et son pouvoir de la Providence divine et peut guérir les écrouelles, car elles étaient "évidentes". Mais la vérité évolue avec le temps et varie selon les cultures. Nous sommes contraints, souvent sans même le savoir, d’adhérer aujourd'hui à des "vérités" qui seront peut-être considérées demain comme des erreurs, des mensonges ou des illusions.

La vérité ne réside pas dans une doctrine ; elle n'est la propriété de personne. Elle n'est pas "à toi" ou "à moi" disait Maurice Merleau-Ponty, mais "entre nous". Nous avons le devoir de chercher la vérité, comme nous avons le devoir de la laisser quand nous pensons l'avoir trouvée, de la trouver pour la chercher encore. 

 

 

 

 

 

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