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D.T. Suzuki, Orient et Occident

D. Suzuki, "Orient et Occident", in D. Suzuki, E. Fromm, R. DeMartino, Bouddhisme zen et psychanalyse, trad. T. Léger, Paris, Presses universitaires de France, "Quadrige", 1986, pp. 9-16, cité par Irwin Yalom, Thérapie existentielle, chapitre 11 "Absence de sens en psychothérapie", p. 896-897)

"D'autres cultures contemporaines s'opposent non seulement à cette conception du sens de la vie comme réalisation, mais aussi au concept même de "sens de la vie". L'un des plus brillants porte-parole de cette conception alternative est le maître zen D.T. Suzuki. Dans un essai extraordinairement lumineux, Suzuki illustre deux postures opposées par le biais de deux poèmes. Le premier est un haïku du XVIIème siècle attribué à Basho :

"Quand je regarde soigneusement,

Je vois le nazuma en fleur

Près de la haie !"

Le second est de Tennyson :

"Fleur dans le mur fissuré,

Je te cueille du milieu des fissures ;

Tu tiens ici, racines et totalité, dans ma main.

Petite fleur - Mais si je pouvais comprendre

Ce que tu es, racines et totalité, et tout en tout

Je saurais ce qu'est Dieu et ce qu'est l'homme."

Dans le premier, Basho observe simplement une nazuma (une fleur commune, quelconque) qui fleurit près de la haie. Ce haïku évoque (bien que sa subtilité, souligne Suzuki, ne soit pas rendue par la traduction) une relation tendre, proche, humble et harmonieuse avec la nature. Basho est serein ; ses sentiments sont rendus par les deux dernières syllabes (dénommées "Kana" en japonais et rendues de façon appropriée par un point d'exclamation).

Tennyson, quant à lui, se montre éloquent et plus actif. Il cueille la fleur, l'arrache à la nature "racines et totalité" (ce qui implique que la plante va mourir) et l'observe soigneusement (comme s'il s'apprêtait à la disséquer). Tennyson tente d'analyser et de comprendre la fleur ; il prend une posture scientifique et objective. Il utilise la fleur pour accéder à une autre connaissance. Il transforme la rencontre avec la fleur en connaissance et, en dernier recours, en pouvoir.

Suzuki suggère que ce contraste illustre bien la différence existant entre les attitudes orientales et occidentales vis-à-vis de la nature et, par voie de conséquence, envers la vie. L'Occidental fait preuve d'un esprit analytique et objectif ; il tente de comprendre la nature en la disséquant, en la soumettant et en l'exploitant. L'Oriental, quant à lui, se montre subjectif, intégratif, global ; il s'évertue non à analyser et maîtriser la nature, mais à en faire l'expérience et à être en harmonie avec elle. Il s'agit donc d'un contraste entre un mode recherche-action et un mode harmonisation-union, contraste souvent appréhendé par les termes "faire" par opposition à "être".

 

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