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Israël Zangwill, Le Grand Mystère du Bow
Israël Zangwill, Le Grand Mystère du Bow

Israël Zangwill, Le Grand Mystère du Bow (The Big Bow Mystery, 1891), roman traduit de l'anglais par Sylvie Rozenker, Editions Ombres,les Classiques de l'aventure et du mystère, 1998

L'œuvre :

"Constant est retrouvé égorgé dans son lit. La pièce est en ordre, les fenêtres fermées et la porte verrouillée de l'intérieur. Le théâtre de ce crime est un quartier pauvre de Londres à la fin du siècle dernier, où grouille un monde louche et interlope sous la surveillance des fins limiers de Scotland Yard. Cet événement réveille les salles de rédaction et les petits vendeurs de journaux braillent avec engouement : "Horrible suicide dans le Bow !". De rebondissements en coups d'éclat, le mystère sera résolu, la logique le disputant à l'ingéniosité. Israël Zangwill, surnommé le "Dickens juif", porta toute sa vie un intérêt particulier aux droits des déshérités. Ce livre, écrit en 1892, met en scène, d'une plume alerte et affectueuse, le petit peuple du ghetto juif de Londres, et jette un regard acéré sur tous les détenteurs de pouvoir. Il est l'un des premiers récits qui propose et résout de façon ingénieuse un meurtre en chambre close."

(source : Claude Mesplède, Babelio)

Ecrit en 1891, Le Grand Mystère du Bow sera la seule contribution de Zangwill au genre policier. Mais cette unique incursion revêt une importance majeure : non seulement Le Grand Mystère du Bow est considéré par les historiens de la littérature policière comme le tout premier meurtre en chambre close mais chacun s'accorde à louer la logique et l'ingéniosité du dénouement de l'intrigue.

Grâce à un ton à la fois enlevé et émaillé de références, grâce au regard ironique qu'il pose sur tous ses protagonistes, de l'intellectuel prétentieux au limier de Scotland Yard sûr de son fait, en passant par les divers acteurs de la machine judiciaire, Zangwill brosse, dans Le Grand Mystère du Bow, un portrait critique de la société victorienne, sur fond de petites gens d'un quartier populaire, de syndicalistes et de politiciens.

L'auteur :

Israël Zangwill (1864-1926) est né à Londres dans une famille de juifs russes émigrés. Après de solides études, il devient un temps instituteur puis se tourne vers le journalisme et fonde un journal humoristique, Ariel, qu'il dirige pendant plusieurs années. Parallèlement, il publie ses premiers livres dont Le Grand mystère du Bow et Le Roi des Schnorrers, mais c'est avec la publication des Enfants du ghetto, où, comme dans d'autres ouvrages, il met en scène la communauté juive, qu'il connaît un véritable succès qui ne se démentira pas dans l'avenir. C'est cette œuvre et les suivants qui lui valent le surnom de "Dickens juif" et le placent au rang des plus grands parmi ses contemporains. Après avoir adapté avec succès Les Enfants du Ghetto pour le théâtre, il continue d'écrire pour la scène et présente à New York ses principales pièces, dont The Melting Pot (Le Creuset), expression passée à la postérité dans à peu près toutes les langues.

Profondément concerné par la situation de son peuple, Zangwill fut un militant du droit à un foyer national pour les juifs. Mais cet engagement ne fut pas son seul combat. Il fut dès le début le champion des suffragettes, critiqua la politique de limitation de l'immigration des Etats-Unis et se retrouva souvent, de manière général, du côté des causes difficiles à gagner."

Préface d'Israël Zangwill à l'édition de 1895 :

"Des meurtres et des mystères

Comme j'ai écrit ce petit livre il y a environ quatre ans, je me sens à même d'en faire une présentation impartiale. Un nouveau livre à tendance à paraître plein d'imperfections à celui qui vient tout juste de l'écrire, mais une œuvre plus ancienne peut être remise en perspective et l'auteur peut en faire l'éloge sans préjugés d'aucune sorte. A mon avis, comparée aux autres du même genre, Le Grand Mystère du Bow est une excellente histoire de meurtre car, tout en étant aussi pleine de rebondissements que la plupart, elle comporte plus d'humour et d'originalité dans les personnages que les meilleures. En fait, il y a même trop d'humour. Les histoires de mystères devraient être narrées sur un ton posé et sobre qui insinue une atmosphère d'horreur et de terreur, comme Poe savait si bien le faire. L'humour y est déplacé : l'art véritable consisterait à préserver une tonalité sobre du début à la fin. Mais, à l'époque, j'étais un tenant du réalisme et, dans la vie réelle, ce type d'histoire arrive à des individus bien réels, avec un humour bien à eux, et des éléments comiques sont susceptibles de venir compliquer une intrigue où règne le mystère. La condition sine qua non d'une bonne énigme, c'est que le lecteur soit à la fois capable et incapable de la résoudre, et que la solution imaginée par l'auteur lui donne satisfaction. Bien des mystères tiennent le lecteur en haleine jusqu'au dénouement, mais lui donnent ensuite le sentiment de s'être essoufflé sans raison valable. Il faut que la solution soit satisfaisante, mais il est également indispensable que tous les éléments concourant à la trouver soient contenus dans le corps de l'histoire. L'auteur ne doit pas prendre le lecteur de court en faisant brusquement apparaître juste à la fin un nouveau personnage ou de nouveaux faits. De la même manière, si un ami me demandait avec qui il a dîné en ville, tout en ayant en tête une personne dont je n'ai jamais entendu parler, ce serait stupide de sa part. La seule personne qui ait jamais résolu le Grand Mystère du Bow, c'est moi. Ceci n'est pas un paradoxe, mais un fait pur et simple. Bien avant d'écrire ce livre, je m'étais dit un soir qu'aucun "marchand de mystère" n'avait encore assassiné un homme se trouvant dans une pièce où il était impossible de pénétrer. A peine m'étais-je posé ce problème que la solution m'apparut, et je conservai cette idée dans un coin de mon cerveau jusqu'au jour où, des années plus tard, pendant la morte saison, le rédacteur en chef d'un journal du soir populaire de Londres, fort désireux de donner une année de congé au serpent de mer que l'on ressortait invariablement à pareille époque, me demanda de lui fournir une fiction plus originale. J'aurais pu refuser, mais j'avais cette histoire de meurtre chevillée au corps, et l'occasion m'était enfin donnée de la sortir. Je me mis sérieusement au travail, bien que le Morning Post prétendît par la suite que la parodie était trop laborieuse ; au moins parvins-je à éveiller l'intérêt de mes lecteurs : ils furent si nombreux, tout au long de la publication du feuilleton, à me faire parvenir leurs témoignages spontanés sous forme de solutions du mystère qu'à la fin le rédacteur en chef me demanda de leur adresser quelques mots pour les assurer de ma reconnaissance. En conséquence, je fis paraître une lettre ouverte dans le journal pour remercier mes détectives en herbe des efforts généreux qu'ils avaient fournis pour m'aider à me sortir du pétrin dans lequel j'avais mis l'intrigue. Je ne voulais pas blesser leurs sentiments en déclarant tout de go qu'ils avaient échoué, tous autant qu'ils étaient, à mettre le doigt sur le véritable meurtrier (à l'instar de la police dans la vie réelle). Je tentais donc de leur dire la vérité grâce à ce moyen détourné (...) (p.9-10)

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