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Erich Fromm, Grandeur et limites de la pensée freudienne
Erich Fromm, Grandeur et limites de la pensée freudienne

Erich Fromm, Grandeur et limites de la pensée freudienne (Greatness and limitations of Freud's Thought), traduit de l'américain par Théo Carlier, Editions Robert Laffont, 1980

Tables des matières : Introduction - Limites de ma connaissance scientifique : 1. Pourquoi toute nouvelle théorie est nécessairement défectueuse - 2. Racines des erreurs de Freud - 3. Le problème de la "vérité" scientifique - 4. La méthode scientifique de Freud - II. Importance et limites des découvertes de Freud : 1. La découverte de l'inconscient - 2. Le complexe d'Œdipe - 3. Le transfert - 4. Le narcissisme - 5. Le caractère - 6. Signification de l'enfance - III. La théorie de l'interprétation des rêves : 1. Importance et limites de la découverte, par Freud, de l'interprétation des rêves - 2. Rôle des associations dans l'interprétation des rêves - 3. Limites de l'interprétation, par Freud, de ses propres rêves - 4. Le langage symbolique des rêves - 5. Rapport entre la fonction du sommeil et l'activité onirique - IV. Critique de la théorie freudienne de la pulsion : 1. Evolution de la théorie de la pulsion - 2. Analyse des hypothèses instinctivistes - 3. Critique de la théorie des pulsions de Freud - V. Pourquoi la psychanalyse, théorie radicale, est-elle devenue une théorie de l'adaptation ? - Bibliographie

L'auteur :

Erich Fromm, né à Francfort le  et mort à Muralto le 18 mars 1980 , est un sociologue et psychanalyste américain d'origine allemande. Il a fait ses études à Heidelberg et appartenu à l'institut psychanalytique de Berlin. En 1934, il émigre aux Etats-Unis. Naturalisé citoyen américain, il est nommé professeur de psychiatrie à l'université de New-York. Il a publié plus de vingt ouvrages dont La passion de détruire, Avoir ou être.

Il est avec Théodore Adorno, Herbert Marcuse et d'autres, un des premiers représentants de l'Ecole de Francfort. Il a greffé, d'une façon critique et originale qui lui est propre, la thèse freudienne sur la réalité sociale qui s'est fait jour dans l'après-guerre.

Par ailleurs, Erich Fromm fut l'un des premiers penseurs du XXème siècle siècle à parler de l'idée d'un revenu de base inconditionnel.

Résumé de l'œuvre : 

Erich Fromm expose ici les principales découvertes de Freud, mais il montre aussi "comment ses prémisses philosophiques et personnelles l'ont contraint à limiter et à déformer ses découvertes et combien leur signification est amplifiée si on débarrasse les formulations de Freud de ces distorsions. Autrement dit, il faut distinguer, dans la théorie de Freud, ce qui est essentiel et durable de ce qui est conditionné par l'époque et socialement contingent".

Freud avait le génie des constructions de l'esprit, mais tout système théorique est nécessairement erroné parce qu'il s'inscrit dans un moment de la pensée et l'évolution humaine et dans une société spécifique. Or la pensée psychanalytique a été élaborée à mars  partir du matérialisme bourgeois propre au temps de Freud, d'une part et d'une organisation sociale totalement patriarcale d'autre part.

Ainsi Fromm est-il amené à interroger certaines des grandes idées de Freud sur l'Œdipe, l'amour, la psychologie féminine, l'interprétation des rêves, les pulsions - et notamment la pulsion de mort - le concept de réalité, etc.

Notes de lecture sur le chapitre I :

Pour comprendre Freud, il faut essayer d'identifier ce qui, dans ses découvertes, était vraiment nouveau et créatif, dans quelle mesure il l'a exprimé de façon déformée et comment, ses idées étant libérées de ces entraves, ses découvertes deviennent d'autant plus fertiles.

La question est de savoir ce qui était vraiment impensable pour lui et ce qui, par conséquent, constituait un barrage qu'il ne pouvait franchir.

On peut classer en deux groupes ce qui pour Freud, était vraiment inconcevable :

a) Freud est resté fortement influencé par la pensée de von Brücke et du matérialisme en général et, pour cela, il ne pouvait concevoir qu'il y eût des puissances psychiques dont nul n'était capable de démontrer les racines psychologiques spécifiques.

b) Le second ensemble des notions impensables était en relation avec l'attitude bourgeoise et autoritaire, autrement dit patriarcale de Freud. Une société où les femmes auraient été vraiment les égales de hommes, où les hommes n'auraient pas régné en raison de leur prétendue supériorité psychologique et psychique était tout simplement inconcevable. Quand John Stuart Mill que Freud admirait pourtant, exprima ses idées concernant l'égalité des femmes, Feud écrivit dans une lettre : "A cet égard, Mill est carrément fou."

"Son idée que la moitié de l'humanité est biologiquement, anatomiquement et psychiquement inférieure à l'autre moitié est un concept dénué du moindre trait compensatoire, sauf comme portrait type d'une attitude chauviniste mâle." (p.20)

"Freud n'était pas un penseur radical."

Le but thérapeutique de Freud était le contrôle des pulsions instinctuelles par le renforcement du moi ; elles devaient être maîtrisées par le moi et le surmoi. Sur ce dernier point, Freud était proche de la pensée théologique médiévale, à la différence que, dans son système, il n'y a pas de place pour la grâce ni pour l'amour maternel. Le mot clé est contrôle. 

Le concept psychologique correspond à la réalité sociale. De même que, socialement, la majorité est contrôlée par une minorité dominante, la psyché est supposée être contrôlée par l'autorité du moi et du surmoi. Le danger d'une explosion de l'inconscient porte en lui la menace d'une révolution sociale. Le refoulement est une méthode répressive autoritaire destinée à protéger le statu quoi interne et externe. Ce n'est certainement pas le seul moyen de régler le problème des changements sociaux.

"L'ensemble du schéma "surmoi, moi et ça" est une structure hiérarchique qui exclut la possibilité que l'association d'êtres humains libres, c'est-à-dire non exploités, puisse vivre harmonieusement et sans obligation de contrôler des forces contraires." (p.22)

"Il est tout à fait logique que dans la littérature psychanalytique, on parle si souvent de l'amour en tant qu'investissement libidinal dans un  objet. Il faut toute la trivialité d'une culture affairiste pour réduire l'amour de Dieu, des hommes et des femmes et du genre humain, à une question d'investissement ; comme il faut tout l'enthousiasme d'un Rumi, d'un Maître Eckart, d'un Shakespeare ou d'un Schweitzer pour démontrer la pauvreté d'imagination de gens dont la classe voit l'investissement et le profit la signification même de la vie." (p.24)

Freud part de ce postulat : "l'amour, en lui-même, dans la mesure où il est désir et privation, abaisse le respect de soi, tandis qu'être aimé, avoir de l'amour en retour et posséder l'objet aimé, le relève. Cette assertion est la clé de la compréhension freudienne de l'amour."

Que signifie être aimé ? C'est posséder l'objet aimé. Nous avons là une définition classique de l'amour bourgeois : la possession et le contrôle assurent le bonheur, qu'il s'agisse d'un bien matériel ou d'une femme qui doit l'amour à son propriétaire." (p.25)

En résumé, les facteurs principaux de l'attitude patriarcale masculine sont la dépendance à l'égard de la femme et la négation de cette dépendance en s'assurant le contrôle de la femme. Freud comme il le fait si souvent, a transformé un phénomène spécifique - celui de l'amour patriarcal masculin - en un phénomène humain universel. (p.26)

"Malgré toute l'admiration qu'on peut éprouver pour la foi qu'avait Freud en la raison et en sa méthode scientifique, on ne peut nier qu'il nous donne souvent l'image d'un rationaliste obsessionnel qui construit des théories sur une base pratiquement nulle et qui fait violence à la raison." (p.35)

Erich Fromm donne l'exemple de l'interpréatation du rêve de "l'homme aux loups".

 

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