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Jean-Pierre Croquet présente : Noëls noirs
Jean-Pierre Croquet présente : Noëls noirs

Jean-Pierre Croquet présente Noëls noirs, Editions du masque, 2000

Table :

P.D. James, Le Meurtre du père Noël - Reginald Hill, Noël à la bougie - Ellis Peters, Le chat connait l'assassin - Olivier Seigneur, Le Fils de l'Homme - Margery Lawrence, L'homme qui venait d'ailleurs - William L. DeAndrea, L'aventure du sapin de Noël - Edward D. Hoch, L'Ombre de Kolyada - Beatrice Nicodème, Leur plus beau cadeau de Noël - Jean-Baptiste Baronian, La panoplie du Père Noël - L.P. Harley, A votre bon coeur - Peter Lovesey, Le paquet musical - Ethel Lina White, Figures de cire - Graham Masterton, Et la dinde était froide - Paul Halter, Le spectre doré - Viviane Moore, Le gisant de Dorchester Abbey - Dictionnaire des auteurs - sources

Préface de Jean-Pierre Croquet :

"Ce triste matin de Noël, (...) c'est le glas qui m'a réveillé, il emplissait les salles de son sinistre écho." (Viviane Moore, Le Gisant de Dorchester Abbey)

Une fois encore, en guise de cadeaux, un père Noël cruel déverse sa hotte de forfaits et de crimes. Une nouvelle fois, au pied du sapin, on découvre un cadavre. Une nouvelle fois, au fumet de dinde se mêle l'odeur âcre de la poudre. Et la fête de famille, brusquement, bascule dans le cauchemar.

Les quinze nouvelles réunies dans Noëls noirs brodent, chacune à sa façon - tantôt féroce, tantôt ironique, mais toujours avec ingéniosité et invention - sur un modèle initié par Dickens au milieu du XIXème siècle et qui, depuis, a produit tant d'histoires mémorables signées des plus grands noms.

Avec cette troisième anthologie de Noël, mon objectif a été de continuer, d'une part, à explorer cette veine d'une richesse insoupçonnée en rassemblant quelques-unes des meilleures histoires du genre ; d'autre part, de faire de cette série, qui peu à peu, s'installe dans un créneau jusqu'alors négligé - en France tout au moins - le rendez-vous hivernal des amateurs de mystère et de frissons.

Car, plus j'explore le thème, plus je suis amené à la conclusion qu'au travers d'une figure imposée - le cadre de la fête de Noël - il est possible de rendre compte de l'étonnante variété de la littérature criminelle, de ses métamorphoses permanentes, toutes tendances confondues.

Aussi ai-je retenu cinq nouvelles relevant du mystère historique, genre qui, depuis Le Nom de la rose d'Umberto Eco et les enquêtes de Frère Cadfael d'Ellis Peters - s'est imposé comme l'une des composantes majeures de la littérature criminelle de la fin du XXème siècle. Le lecteur prendra plaisir, je l'espère, à ces petits crimes de jadis ourdis dans des décors variés qui à l'habileté de l'intrigue joignent le charme du dépaysement.

Nous nous transporterons ainsi dans l'Antiquité avec Le Fils de L'Homme d'Oliver Seigneur, dont les romans signés Taiping Shangdi en font un des auteurs les plus appréciés de la collection Labyrinthe et dans le Moyen-Âge grâce au Gisant de Dorchester Abbey de Viviane Moore, la "fée" française du thriller médiéval.

Nous passerons ensuite dans le Paris de la Révolution et du Consulat avec Leur plus beau cadeau de Noël de Béatrice Nicodème, renouant ici avec la période qui fait le succès de sa série débutée par Les Loups de la Terreur

Nous ferons une escale - plus longue, cette fois - dans l'époque victorienne avec un brillant pastiche de Sherlock Holmes, L'Aventure du sapin de Noël, de William L. DeAndrea et un hommage à l'univers de Dickens, Le spectre doré, imaginé par Paul Halter, spécialiste incontesté des histoires en chambre closes.

A côté de cette invitation au voyage dans le temps, on trouvera - clin d'œil à Dickens et à ses fantômes - deux nouvelles évoluant à la lisière du fantastique et de l'histoire criminelle : A votre bon cœur de L.P. Hartley, l'auteur du célèbre roman Le Messager, et L'homme qui venait d'ailleurs de Margery Lawrence qui nous convie à une angoissante séance de spiritisme pendant la nuit du réveillon.

Soucieux de dresser un panorama du mystère le plus large possible, j'ai également sélectionné quelques récits à chute dont les dernières lignes ne devraient pas manquer de susciter de macabres surprises et de délicieux frissons. Il s'agit de La panoplie du Père Noël de Jean-Baptiste Baronian - sans doute le meilleur auteur belge de roman noirs - qui nous offre une histoire de vengeance pour le moins machiavélique ; du Paquet musical - dont je vous laisse découvrir le contenu - de Peter Lovesay, le seul auteur à figurer dans mes trois anthologies de Noël ; et de Et la dinde était froide de Graham Mesterton, la maître anglais de l'horreur, qui opère ici une de ses trop rares incursions dans le domaine de l'histoire criminelle.

Pour faire bonne mesure, j'ai ajouté un très gothique récit de suspense, Figures de cire, d'Ethel Lina White, l'auteur d'Une femme disparaît, roman immortalisé à l'écran par Alfred Hitchcock, et une histoire de crime impossible, L'Ombre de Kolyada d'Edward D. Hoch où l'on fera la connaissance d'une inquiétante mère Noël et d'un détective âgé de 2000 ans ! 

Enfin, étoile sur le sapin, des textes inédits dus à trois des plus grands noms de la littérature criminelle contemporaine : Ellis Peters avec Le Chat connaît l'assassin, une nouvelle inattendue car située pour une fois à l'époque contemporaine ; Reginald Hill avec Noël à la bougie où l'on retrouve son célèbre tandem de policiers - Daziel et Pascoe - au sortir d'une party de Noël particulièrement arrosée ; et last but not least, la grande P.D. James avec Le meurtre du Père Noël, un puzzle superbement retors où l'on revit, au travers du regard d'un jeune garçon et d'un adulte, un drame vieux de plusieurs dizaines d'années, avec en toile de fond les débuts de la Deuxième Guerre mondiale et les contraintes du black-out : un Noël vraiment noir dans touts les sens du terme !

Le moment est venu pour moi de vous laisser vous plonger dans ce florilège se saison, de vous abandonner dans la lumière hésitante du sapin. Une ritournelle diffusée par la radio, sans doute celle du voisin - à moins que ce ne soient les petits chanteur de Noël, ceux de L.P. Hartley, ce qui serait beaucoup plus inquiétant ! - vous parvient à l'oreille. Elle débute comme un chant de Noël, mais prend vite les accents d'une chansonnette funèbre. Vous songez aux comptines chères à Agatha Christie : Trois Souris aveugles, Cinq Petits Cochons, Dix Petits Nègres, et vous frissonnez...

Parmi les cadeaux au papier rutilant disposés devant la cheminée, vous croyez reconnaître le paquet musical de Peter Lovesey. Ne l'ouvrez surtout pas ! Le déguisement du Père Noël de Jean-Baptiste Baronian, avec sa jolie houppelande rouge et sa grande barbe blanche vous tente ? Ne l'endossez pas, vous pourriez le regretter ! Vous redoutez soudain de voir arriver le spectre doré de Paul Halter ou - peut-être ? - Kolyada, la terrible mère Noël d'Edward D. Hoch ? Il est temps encore de fermer les yeux, de chasser la vision, d'évoquer, en manière de conjuration, un souvenir l'enfance, une fête d'autrefois...

Décidément, ces histoires de Noël sont bien effrayantes. Mais la peur est un sentiment délicieux, n'est-ce pas ? Surtout l'hiver, dans l'attente du "meilleur des bons jours de l'année".

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