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Bernard Lahire, Pour la sociologie
Bernard Lahire, Pour la sociologie

Bernard Lahire, Pour la sociologie et pour en finir avec une prétendue "culture de l'excuse", Editions La Découverte, 2016

Table des matières :

Introduction. Blessures narcissiques et résistances - 1. Accusée d'excuser : la sociologie mise en examen - 2. Comprendre, juger, punir : punir sans comprendre - comprendre sans juger - A quoi sert de comprendre ? - 3. La fiction de l'Homo clausus et du libre arbitre - 4. Déréaliser les dominés, nier la domination : la déréalisation des dominés - Le consentement individuel efface toute détermination - 5. Rompre avec les fausses évidences : la sociologie au travail : Ce qu'apporte la sociologie - la sociologie ne se réduit pas à l'étude des collectifs - La sociologie est relationnelle - Forces de la compréhension, forces de la répression - Conclusion : Des sciences pour la démocratie - Supplément. Le monde selon Val : une variante de la vision conservatrice - L'omniprésence fantasmée de la sociologie - la sociologie selon Val - Singularité, liberté, responsabilité - L'idéologie du coup de reins - La défense des dominants : l'argent, l'élégance et le beau - Inégalité mon amour - La logique des contradictions - Bibliographie

L'auteur : 

Bernard Lahire, né le 9 novembre 1963, est un sociologue français, professeur de sociologie à l'École normale supérieure de Lyon et directeur de l'équipe Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations du Centre Max-Weber (CNRS).

Ses travaux ont porté successivement sur la production de l'échec scolaire à l'école primaire, les modes populaires d'appropriation de l'écrit, les réussites scolaires en milieux populaires, les différentes manières d'étudier dans l'espace de l'enseignement supérieur, l'histoire du problème social appelé « illettrisme », les pratiques culturelles des Français, les conditions de vie et de création des écrivains, l'œuvre de Franz Kafka, l'histoire des rapports entre art et domination en Occident, sur les inégalités sociales durant l'enfance, ou encore sur les rêves.

Son travail aboutit à une théorie de l'action à la fois dispositionnaliste (sensible à la pluralité dispositionnelle, les socialisations individuelles étant plus ou moins hétérogènes) et contextualiste (les contextes d’actualisation des dispositions étant eux-mêmes variés), une réflexion contribuant à spécifier et à nuancer la théorie des champs et la théorie de l'habitus développée par Pierre Bourdieu à partir du concept de « jeu social » et une réflexion épistémologique sur les sciences sociales et leurs fonctions sociales. Il a aussi formulé des propositions d'enseignement des sciences du monde social dès l'école primaire (L'esprit sociologique, 2005)

Quatrième de couverture :

"Depuis plusieurs décennies, la sociologie est régulièrement accusée d'excuser la délinquance, le crime et le terrorisme, ou même de justifier les incivilités et les échecs scolaires. A gauche comme à droite, nombre d'éditorialistes et de responsables politiques s'en prennent à une "culture de l'excuse" sociologique, voire à un "sociologisme" qui serait devenu dominant.

Bernard Lahire démonte ici cette vulgate et son lot de fantasmes et de contre-vérités. Il livre un plaidoyer lumineux pour la sociologie et, plus généralement, pour les sciences qui se donnent pour mission d'étudier avec rigueur le monde social. Il rappelle que comprendre les déterminismes sociaux et les formes de domination permet de rompre avec cette vieille philosophie de la responsabilité qui a souvent pour effet de légitimer les vainqueurs de la compétition sociale et de reconduire certains mythes comme celui du self made man, ou celui de la "méritocratie" ou celui du "génie" individuel.

Plus que la morale ou l'éducation civique, les sciences sociales devraient se trouver au cœur de la formation du citoyen, dès le plus jeune âge. En développant la prise de distance à l'égard du monde social, elles pourraient contribuer à former des citoyens qui seraient un peu plus sujets de leurs actions."

Extrait de la préface : 

La sociologie suscite de nombreuses résistances. En rendant visibles les régularités collectives ou les habitudes dont les individus ne sont pas toujours conscients , en mettant aussi en lumière des structures, des mécanismes ou des processus sociaux qui sont rarement le produit de la volonté des individus tout en les traversant en permanence de manière intime, elle a infligé à l'humanité une quatrième blessure narcissique.

Après la blessure copernicienne qui a détruit la croyance selon laquelle la Terre serait le centre de l'univers, après la blessure darwinienne qui a ruiné toute vision d'une humanité séparée radicalement du règne animal, et après la blessure freudienne qui a forcé à reconnaître que l'activité psychique n'était pas entièrement consciente, la blessure sociologique a fait tomber l'illusion selon laquelle chaque institution serait un atome isolé, libre et maître de son destin, petit centre autonome d'une expérience du monde, avec ses choix, ses décisions et ses volontés sans contraintes ni causes.

La sociologie rappelle que l'individu n'est pas une entité closes sur elle-même, qui porterait en elle tous les principes et toutes les raisons de son comportement. Par là, elle vient contrarier toutes les visions enchantées de l'Homme libre, auto-déterminé et responsable. Elle met aussi en lumière la réalité des dissymétries, des inégalités, des rapports de domination et d'exploitation, de l'exercice du pouvoir et des processus de stigmatisation. Ce faisant, elle agace forcément tous ceux qui, détenteurs de privilèges ou exerçant un pouvoir quelle qu'en soit la nature, voudraient pouvoir profiter des avantages de leur position dans l'ignorance générale. Elle provoque donc la colère de ceux qui ont intérêt à faire passer des vessies pour des lanternes : des rapports de forces et des inégalités historiques pour des états de fait naturels, et des situations de domination pour des réalités librement consentis.

C'est au croisement de ces deux points névralgiques que se tient la critique de la sociologie. Depuis près de quarante ans, quoique de manière particulièrement intense au cours des vingt dernières années, cette science a été accusée de justifier ou d'excuser tout à la fois la délinquance, les troubles à l'ordre public, le crime, le terrorisme et même, dans un tout autre registre, les échecs, les incivilités ou l'absentéisme scolaire. Confondant le droit et la science, ceux qui s'en prennent à ce qu'ils appellent "l'excuse sociologique" considèrent ainsi que comprendre serait une façon d'excuser en déresponsabilisant..."

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