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Etienne Klein, Les tactiques de Chronos
Etienne Klein, Les tactiques de Chronos

Etienne Klein, Les Tactiques de Chronos, Editions Flammarion, 2009

Sommaire :

Introduction - I. L'horloge est-elle si parlante ? - II. Le mot "temps" ou l'embarras du dictionnaire - III. Un fleuve qui ne coule pas de source - IV. Les temps d'avant Chronos - V. L'arrêt du temps et l'abolition du monde - VI. Avec le temps, tout ne s'en va pas - VII. L'ennui ou le temps mis à nu - VIII. Qu'est-ce qui fait passer le temps ? - IX. L'éternel retour ou les vices du cercle - X. La causalité ou l'impossible tac-tic - XI. "Voyages" dans le temps et autres uchronies - XII. L'antimatière ou la fin du voyage - XIII. 1905 : le "maintenant" fait ses adieux à l'Univers - XIV. L'avenir existe-t-il déjà dans le futur ? - XV. Le temps fait-il flèche de tout bois ? - XVI. La bande des kaons met le temps sens dessus dessous - XVII. 2002 : le temps cosmique s'accélère-t-il ? - XVIII. Du temps... seulement de temps en temps ? - XIX. Danse des supercordes et valse à plusieurs temps - XX. Théories cherchent origine du temps, désespérément - XXI. Esprit chronoclaste, donc montre utile - XXII. Infinis déploiements de l'instant présent - XXIII. L'inconscient ou le temps privé de cours - XXIV. Le physicien, le romantique et le jaloux ou les drames de l'impossession - XXV. La physique aurait-elle oublié la mort ? - Bibliographie

L'auteur :

Professeur à l'Ecole centrale, docteur en philosophie des sciences, Etienne Klein a crée et dirigé le Laboratoire de recherches sur les sciences de la matière du C.E.A. Il est notamment l'auteur de Il était sept fois la révolution, Le facteur temps ne sonne jamais deux fois, Galilée et les Indiens (Flammarion, 2005, 2007, 2008). Il a reçu le prix "la science se livre" en 2004 pour Les tactiques de Chronos.

Quatrième de couverture :

"Le temps est une "chose" introuvable dont l'existence ne fait aucun doute. Une "chose" dont tout le monde parle mais que personne n'a jamais vue. Nous voyons, entendons, touchons, goûtons dans le temps, mais non le temps lui-même. Contre toute attente, Chronos est un planqué, un caméléon qu'il faut débusquer sous nos habitudes de langage et de perception.

Pour le déjouer, il va falloir l'effeuiller peu à peu, le déshabiller, le distinguer de ses effets les plus sensibles : la durée, la mémoire, le mouvement, le devenir, la vitesse, la répétition...Parce que les horloges ne mesurent pas forcément du temps. Parce que le temps est toujours là alors qu'on dit qu'il s'écoule. Et qu'il existe indépendamment de ce qui survient, se transforme, vieillit et meurt. Aujourd'hui, le regard le plus audacieux et le plus déconcertant sur le temps, c'est la physique qui le porte. De Galilée à Einstein, puis de l'antimatière aux supercordes, elle n'a cessé d'approfondir la question jusqu'à ouvrir des perspectives qui donnent le vertige : le temps a-t-il précédé l'Univers ? Comment s'est-il mis en route ? Pourrait-il inverser son cours ? L'interrompre puis le reprendre ? Existerait-il plusieurs temps en même temps ? Au bout du compte, le temps pourrait-il ne plus du tout se ressembler.

Le mot "temps" ou l'embarras des dictionnaires :

"Chacun entend tacitement de quoi l'on parle lorsqu'on parle du temps. Qui ne croit même le connaître intimement ? Nul besoin d'être Kant, Einstein ou Heidegger pour s'autoriser à y aller de son avis d'expert, pour mettre en avant sa propre conception de la chose. En oui ! On appartient à la condition humaine, on a son expérience à soi et cela suffit, pense-t-on, pour évoquer la question du temps. Alors on colporte de vieux truismes, on recycle des idées-momies, on élève au rang de pensée collective de simples bruissements de buvette.

C'est que, portée par l'usage, bercée par la culture, émoussée par l'habitude, la notion de temps semble d'accès facile, du moins regardée de loin. Les philosophes on beau la présenter depuis toujours comme une terrible épreuve de la pensée, l'équivalent du col de l'Izoard pour un pur sprinter, nous nous laissons abuser par ses allures de colline. Confiants dans la pertinence de nos lieux communs, nous croyons pouvoir la gravir sur un vieux vélo rouillé, sans piqûres spéciales ni entraînement préalable, avec dans la gourde une simple tisane de bonne sœurs.

Puis, un beau jour, au détour d'une réflexion un peu plus appuyée ou d'une rêverie mal contrôlée, tout finit par s'écrouler : nos idées s'agitent dans le vide et, bouche bée, nous restons collés au bitume. Arc-boutés sur les pédales, l'air un peu bêta, nous saisissons que nous ne comprenons rien au temps, que c'est un véritable Annapurna, que sa familiarité vient seulement de l'habitude et non d'une élucidation. En un éclair, nous découvrons que son opacité demeure, mystérieuse et fondamentale.

Alors, pris de vertige, nous nous raccrochons au premier piton à notre portée : le vocabulaire. Le temps n'est-il pas d'abord - et au moins - un mot ? Oui, mais son sens ne semble pas solidement fixé dans le granit ; est-il synonyme de simultanéité, comme dans l'expression "il fait toujours deux choses en même temps" ? Renvoie-t-il à l'idée de succession, comme dans la phrase "le temps viendra où ce livre sera fini" ? A celle de durée, comme dans "l'auteur a manqué d'un peu de temps - oh, pas beaucoup - pour achever l'écriture de son ouvrage" ?

De fait, le même mot englobe confusément trois concepts distincts, la simultanéité, la succession et la durée, et permet ainsi de dire à la fois le changement, l'évolution, la répétition, le devenir, l'usure, le vieillissement, peut-être même la mort. Pareilles ambiguïtés perturbent ceux qui attendent que le sens des mots jaillisse, univoque, des mots eux-mêmes.

Pascal disait du mot temps qu'il est un mot "primitif", au sens où il fait partie de ces termes si fondamentaux qu'il serait impossible - et de toute façons inutile - de les définir.

Note : "Le temps est de cette sorte. Qui pourra le définir ? Et pourquoi l'entreprendre, puisque tous les hommes conçoivent de qu'on veut dire en parlant du temps, sans qu'on le désigne davantage". (Blaise Pascal, Pensées, "De l'esprit géométrique)

On pourrait lui objecter qu'existent de multiples définitions du temps, certaines qu'il connaissait : "le temps est l'image mobile de l'éternité immobile"(Platon), ou bien "le nombre du mouvement selon l'avant et l'après" (Aristote) ; d'autres plus récentes : "ce qui passe quand rien ne se passe" (Giono), ou bien ce qui fait que toute chose réelle est en train d'être...Mais - et c'est ce qui donne raison à l'auteur des Pensées - toutes ces prétendues définitions du temps, en fait, n'en sont pas : ce ne sont que des images, des tautologies, des déplacements, puisque toutes présupposent en amont d'elles-mêmes, l'idée de temps (vieille question logique : comment fonder les fondamentaux ?). A la prolifération du signifié, elles répondent par l'éparpillement des métaphores. Mais comme disait Montaigne, "on ne fait qu'échanger un mot, et souvent plus inconnu", de sorte que l'essentiel du temps se trouve laissé dans la pénombre du langage. Croyant parler du temps, on parle d'autre chose comme si on ne pouvait l'aborder qu'en empruntant des biais plus lumineux que lui." (p.25-28)

 

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