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Michel Serres, Le contrat naturel

Michel Serres, Le contrat naturel, nouvelle édition, Editions du Pommier 2018 et Editions Flammarion, collection champs/Essais, 2020

Table : Guerre, paix - Contrat naturel - Science, droit - Cordes, dénouement

L'auteur : 

Professeur à Stanford University, membre de l'Académie française, Michel Serres (1930-2019) est l'auteur de nombreux essais philosophiques et d'histoire des sciences, notamment Les Cinq Sens, C'était mieux avant ! et Petite Poucette.

Un ouvrage visionnaire : 

"Il y a trente ans paraissait Le Contrat naturel qui allait faire date dans l'œuvre du philosophe. A partir du constat de l'impact des activités humaines sur l'équilibre global de la planète, Michel Serres démontrait l'irruption du Monde comme acteur majeur de l'Histoire. L'état de violence "sans limites" entre l'Homme et le Monde appelait l'élaboration d'un nouveau droit, à fonder sur un Contrat naturel qui complèterait le Contrat social établi entre les hommes.  2018 : notre monde est confronté à une urgence environnementale sans précédent. C'est ce qui a décidé Michel Serres à revoir ce texte visionnaire à l'aune des trois décennies qui se sont écoulées, pour s'adresser de façon urgente à ses contemporains : aujourd'hui plus qu'hier il nous faut signer avec le monde qui nous abrite ce contrat naturel qui nous permettrait de vivre en symbiose. Enfin."

"En 1990 paraissait ce "brûlot" qui proposait d'élever la Nature au rang de sujet de droit. L'état de violence "sans limites" entre l'Homme et le Monde appelait l'élaboration d'un nouveau droit, à fonder sur un Contrat naturel qui compléterait le Contrat social établi, entre les hommes. Cette solution, juridique, commence à pénétrer les textes législatifs de nombreuses nations, y compris ceux de la France, où l'on parle enfin de citer quelques éléments de nature dans la Constitution. Faut-il donc trente ans pour qu'une idée nouvelle, en n'effarouchant plus, devienne raisonnable ?

2018. Notre monde, est confronté à une urgence environnementale sans précédent. Mais, hélas, les puissants de la planète ne se décident pas à signer avec le monde qui nous accueille ce Contrat naturel qui nous permettrait de vivre en symbiose. Au secours ! Nous sommes tous concernés !
(Michel Serres)

Professeur à Stanford University, membre de l'Académie française, Michel Serres est l'auteur de nombreux essais philosophiques et d'histoire des sciences, dont les derniers, Petite Poucette et Temps des crises ont été largement salués par la presse. Il est l'un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture.

Quatrième de couverture :

"Peut-on considérer la nature comme un sujet de droit ? Comme maîtres et possesseurs, nous la dominons et la réduisons au statut d'objet. Pourtant, cette nature nous reçoit, nous accueille et nous fait vivre. Si nos extractions et nos exploitations la mettent en danger, la menace se retourne aujourd'hui contre nous.

La nature nous conditionne et, désormais nous conditionnons la nature. Ancienne en nouvelle, cette interdépendance appelle, pour Michel Serres, l'établissement d'un "contrat naturel", fondement d'un droit nouveau, d'une symbiose vitale, qui termine par un pacte la guerre que nous menons contre la nature. Passé entre les humains et le monde, jadis laissé hors-jeu par le contrat social, le Contrat naturel octroie une dignité juridique à ka nature et définit les devoirs de l'humanité envers elle."

Un point de vue sur le livre : 

"Dans une archive sonore où l'on entend le philosophe Michel Serres converser avec Alain Badiou, il y a près de dix ans dans l’émission Radio libre, il martèle : « Un travail de philosophe du droit ».

Et pour cause ! Le philosophe déplore le mélange des genres. Le philosophe est là pour penser, pas pour s’engager.

L’engagement politique dessert même la portée du discours philosophique. Or le discours porté par Le contrat naturel, un essai véritablement fondateur qui mériterait aujourd’hui d’être entendu par ceux qui épousent la cause écologique. 

En partant du constat de l’impact de toutes les activités humaines sur l’équilibre total de la planète, de la violence sans merci qui règne désormais entre l’Homme et le Monde, Michel Serres démontre qu’il y a une irruption du Monde comme acteur à part entière et majeur de l’Histoire.

Il appelle donc à une réconciliation, à un nouveau contrat qui compléterait le contrat social de Rousseau. Si le contrat social de Rousseau se fait d’homme à homme dans le monde, le contrat naturel de Michel Serres doit s’effectuer entre l’Homme et le Monde. 

Vous l’avez entendu dans l’extrait, à sa sortie, le livre s’est heurté à une levée de bouclier. Il y a trente ans, vouloir sauver la planète était considéré comme une élucubration et même par certains comme une tentation fascistoïde.

Aujourd’hui, le monde entier semble s’être emparé du sujet. Partout l’on entend qu’il est urgent d’agir. Ce que nous rappelle Michel Serres, c’est qu’il avant tout urgent de réfléchir. C’est pourquoi, son ouvrage, Le contrat naturel, réédité aux éditions aux éditions du Pommier paraît plus que jamais actuel." (source : France-Culture)

Extrait de la préface à la nouvelle édition :

"J'ai entendu, j'écoute et veux relayer la voix de l'auteur présumé des Fioretti, le petit pauvre d'Assise, sage rare en notre histoire européenne, qui parlait au loup, chantait avec les oiseaux et nommait fruits et fleurs nos frères et nos sœurs.

Lorsqu'il parlait de foedera naturae, Lucrèce, peut-être, évoquait déjà cette même sagesse, avant saint François ; et, après lui, La Fontaine dont la délicieuse fable Jupiter et le métayer anticipe les catastrophes induites par notre domination du climat.

L'environnement

Par mon truchement, ces grandes voix demandent que l'on veuille bien effacer de nos lois et dispositions le terme d'"environnement".

Nos anciens distinguaient , en effet, les choses qui dépendent de nous de celles qui n'en dépendent pas. Nous apprîmes récemment, au risque de notre survie, que nous dépendions désormais des choses qui dépendent de nous. Autrement dit, le monde, choses et vivants, ne forme pas, comme nous le disons avec arrogance, "une circonférence dont nous occuperions le centre", c'est-à-dire le pivot, le pôle d'attraction ou le commandement, mais doit devenir un partenaire avec lequel négocier en permanence et, en particulier signer le Contrat dont j'ai parlé jadis.

Cet le terme que je refuse dérive du latin vertere qui signifie tourner. En ce cercle, jadis vaniteux, devenu désormais dangereux, nous sommes à la fois le sujet du monde qui est notre objet et l'objet du monde qui agit soudain comme notre sujet. Jadis nous placions notre Terre au centre du monde parce que nous y habitions ; nous avons dû placer ce centre au Soleil, puis ailleurs, puis nulle part ; nous avions nommé copernicienne la première de ces révolutions et cette image concernait seulement notre connaissance. Vanité des vanités : nous nous prenions pour le Soleil ! Or nous devons aujourd'hui, dans la réalité de notre existence, nous décentrer en nous plaçant, comme le monde, sur la circonférence de ce cercle en auto-alimentation. Bouté hors du centre, le narcissisme humain subit une nouvelle humiliation, bien nommé puisqu'il s'agit à la fois de l'humus, de la terre et de l'homme. Vitale en effet, cette révolution à deux planètes conjuguées ne décrit donc plus un environnement, mais une réciprocité en temps réel. Nous vivons du monde et des vivants, comme prédateurs ou parasites, nous devons devenir des symbiotes.

Le contrat naturel que ce devenir implique suppose deux partenaires à des situations équivalents et à droit égaux."

 

 

 

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