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Georges Perec, Un homme qui dort

Georges Perec, Un homme qui dort, Denoël/folio, 1967 - adaptation au cinéma en 1974 par Georges Perec et Bernard Queysanne, avec Jacques Spiesser dans le premier rôle, et une voix-off par Ludmila Mikaël. Prix Jean-Vigo 1974.

L'auteur :

L'œuvre de Georges Perec (1936-1982) connaît un succès croissant. Etonnamment diverse et originale, elle a renouvelé les enjeux de l'écriture narrative et poétique. Ainsi Perce s'est-il fait explorateur de notre environnement, tour à tour narquois (Les choses, prix Renaudot 1965) ou fantaisistement méthodique (Espèces d'espaces), inventeur de nouvelles formes de l'autobiographie (La boutique obscure, W ou le souvenir d'enfance, Je me souviens) ou chroniqueur du renoncement au monde (Un homme qui dort). En jonglant avec les lettres et les mots, il a transformé le langage en un jubilatoire terrain de jeu et d'inventions (Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?), La disparition, Les revenentes) ou en un laboratoire qui s'ouvre aussi bien à la poésie (Alphabets, La clôture) qu'à la rêverie philosophique (Penser/classer). Il a été un des membres importants de l'OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle). La vie mode d'emploi (prix Médicis 1978), ce "romans" qui contient une centaine de romans et mille bonheurs et perplexités de lecture, offre comme une éblouissante synthèse de toutes ses recherches."

Le livre : 

"Un homme qui dort est le troisième roman de Georges Perec, publié en 1967 — dans la collection « Les Lettres nouvelles » dirigée par Maurice Nadeau —, alors qu'il ne faisait pas encore partie de l'Oulipo.

Le narrateur s'adresse directement au personnage principal en le tutoyant. L'histoire, plus ou moins autobiographique, est celle d'un étudiant qui se renferme sur lui-même, dans sa chambre, et pense. Tout est gris, sauf une "bassine de matière plastique rose", dont la couleur tranche sur le reste du roman.

Le roman a été adapté au cinéma en 1974 par Georges Perec et Bernard Queysanne, avec Jacques Spiesser dans le premier rôle, et une voix-off par Ludmila Mikaël. Le film a remporté le Prix Jean-Vigo 1974."

Extrait :

"Ton réveil sonne, tu ne bouges absolument pas, tu restes dans ton lit, tu refermes les yeux. D'autres réveils se mettent à sonner dans des chambres voisines. Tu entends des bruits d'eau, des portes qui se ferment, des pas qui se précipitent dans les escaliers. la rue Saint6honoré commence à s'emplir de bruits de voitures, crissements de pneus, passage des vitesses, brefs appels d'avertisseurs. des volets claquent, les marchands relèvent leurs rideaux de fer.

Tu ne bouges pas. Tu ne bougeras pas. Un autre, un sosie, un double fantomatique et méticuleux fait, peut-être, à ta place, un à un, les gestes que tu ne fais plus : il se lève, se lave, se rase, se vêt, s'en va. Tu le laisses bondir dans les escaliers, courir dans la rue, attraper l'autobus au vol, arriver à l'heure dite, essoufflé, triomphant, aux portes de la salle. Certificat d'Etudes Supérieures de Sociologie Générale. Première épreuve écrite.

Tu te lèves trop tard. Là-bas, des têtes studieuses ou ennuyées se penchent pensivement sur les pupitres. Les regards peut-être inquiets de tes amis convergent vers ta place restée libre. Tu ne diras pas sur quatre, huit ou douze feuillets ce que tu sais, ce que tu penses, ce que tu sais qu'il faut penser sur l'aliénation, sur les ouvriers, sur la modernité et sur les loisirs, sur les cols blancs ou sur l'automation, sur la connaissance d'autrui, sur Marx rival de Tocqueville, sur Weber ennemi de Lukacs. De toute façon, tu n'aurais rien dit car tu ne sais pas grand chose et tu ne penses rien. Ta place reste vide. Tu ne finiras pas ta licence, tu ne commenceras jamais un diplôme. Tu ne feras plus d'étude.

Tu prépares, comme chaque jours, un bol de Nescafé ; tu y ajoutes, comme chaque jour, quelques gouttes de lait concentré sucré. Tu ne te laves pas, tu t'habilles à peine. Dans une bassine de matière plastique rose, tu mets à tremper trois paires de chaussettes..."

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