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Gérard de Nerval, "El Desdichado"
Gérard de Nerval, "El Desdichado"

Albrecht Dürer, "Melancolia", the Metropolitum Museum of Arts.

Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, est un écrivain et un poète français, né le 22 mai 1808 à Paris, ville où il est mort le 26 janvier 1855. Figure majeure du romantisme français, il est essentiellement connu pour ses poèmes et ses nouvelles, notamment son ouvrage Les Filles du feu, recueil de nouvelles (la plus célèbre étant Sylvie), son recueil de sonnets (Les Chimères) publié en 1854 et sa nouvelle poétique Aurélia publiée en 1855.

« El Desdichado » est issu du recueil Chimères publié en 1854 après deux crises de folie que Gérard de Nerval, a subies en 1851 et 1853. Par ses allusion mythologiques et ésotériques, ce poème préfigure le symbolisme.

                          El Desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval

 

Notes :

 

« El Desdichado » : Ce terme est emprunté au roman Ivanhoé de Walter Scott, une évocation de l'Angleterre médiévale. Dans le roman, un mystérieux chevalier, compagnon de Richard Cœur de Lion, dépossédé de son château par Jean sans Terre, se présente sans armoiries dans un tournoi. A côté d'un chêne déraciné, son bouclier porte le nom espagnol "Desdichado".

 

"Le veuf, l'inconsolé" : En 1834, Gérard de Nerval rencontra l'actrice et chanteuse Jenny Colon, pour laquelle il se prit d'une passion non partagée. Il aurait été très affecté par sa mort à 32 ans de la tuberculose. Mais d'après Michel Brix, historien de la littérature et critique littéraire, spécialiste des Lettres françaises du XIXème siècle et en particulier de Gérard de Nerval, il ne faut pas accorder une importance exagérée aux amours de Gérard de Nerval et de Jenny Colon, et à l'importance de la figure de cette dernière dans l'œuvre de Nerval, comme le fait Alexandre Dumas, notamment le fait qu'elle aurait inspiré la nouvelle Sylvie dans Les filles de feu. Pour Michel Brix, l'interprétation symboliste d'El Desdichado est plus pertinente que son interprétation romantique.

 

"Le prince d'Aquitaine à la Tour abolie" : Nerval se croyait dépossédé d'un titre de noblesse perdu : "prince d'Aquitaine", seigneur du Périgord, qui descendrait lui-même des Lusignan dont le blason représentait trois tours d'argent, la tour abolie est remplacée dans le poème par un luth, instrument associé à la poésie au Moyen-Âge. Constellé : le château du poète est désormais au firmament,  dans les étoiles.

 

Mélancolie : le M majuscule est peut-être une allusion au tableau de Dürer intitulé "Mélancolia". Certains auteurs établissent une relation entre ce Soleil noir de la Mélancolie nervalien et l'astre rayonnant d'une lumière noire dans la gravure de Dürer.

 

"Pausilippe" (vers 6) : Le Pausilippe (Posilipo) est une colline à l'Ouest de Naples. Virgile y serait enterré.

 

Orphée : poète des origines et fondateur de l'orphisme. Orphée est parfois désigné comme “fils d'Apollon”. En tant que dieu de la musique et chef des Muses, auxquelles il est très souvent associé, Apollon est en effet le “père spirituel” et le maître d'Orphée. Le poème fait allusion au mythe d'Orphée et Eurydice, la jeune épouse d'Orphée qui mourut d'une morsure de serpent le jour de ses noces. Orphée supplia les juges des enfers de lui rendre la vie. Emu par la détresse d'Orphée et par les accents de sa lyre, Minos accepte de lui accorder ce privilège, mais à la condition qu'il ne se retourne pas sur le chemin du retour pour la regarder. Eurydice le suit, dans la pénombre, au son de sa lyre, mais lorsqu’il arrive près du but, Orphée, pris de doutes, n’entendant plus de bruit, se retourne, la perdant ainsi à jamais dans un dernier cri. Accablé de douleur, Orphée tente de redescendre aux enfers, mais son épouse est bien morte et ne reviendra jamais.

 

"Suis Amour ou Phébus..." : Le poète fait allusion à Aphrodite (Amour) et à Apollon (Phébus).

Lusignan : seigneur imaginaire du Poitou, puis roi de Chypre. Il épousa la fée Mélusine qu'il perdit pour avoir voulu la regarder un jour interdit (un samedi, jour dédié au dieu Saturne) où il la vit se transformer en serpent.

Biron, noble du Périgord dont Nerval pensait être le descendant, décapité pour trahison sur ordre du roi Henri IV. 

"La grotte où nage la sirène" : la grotte des sirènes à Tivoli, en Italie. 

Achéron : Dans la mythologie grecque, l'Achéron est une branche de la rivière souterraine du Styx, sur laquelle Charon transportait en barque les âmes des défunts vers les Enfers. Le poète le traverse "deux fois vainqueur", autrement dit, il réussit là où Orphée avait échoué. 

 

 

 

 


 

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