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"Frédéric II de Hohenstaufen, empereur du Saint Empire romain germanique, roi de Germanie, de Sicile et de Jérusalem est connu pour sa curiosité sans limites. Surnommé stupor mundi, "l'étonnement du monde", il parle neuf langues et peut en écrire sept. Erudit et avide de connaissances, parfois cruel et sans scrupules, il cherche à comprendre le mystère de la voix humaine : "Moi, Frédéric II, je veux connaître la langue primitive que le premier homme a parlée !" Au milieu du XIIIème siècle, ce souverain espère découvrir la langue naturelle de l'être humain. Est-ce le grec, le latin, l'hébreu, l'arabe, la langue des parents, qu'elle qu'elle soit ?

La Chronique de Salimbene de Adam raconte que pour élucider ce mystère, Frédéric II isole dans son château des nourrisson de moins de 4 mois. Chacun d'entre eux est placé dans une chambre différente. Les gouvernantes peuvent les soigner, les laver et les nourrir mais elles ne doivent sous aucun prétexte leur parler ni leur montrer d'affection. Ces enfants vivent seuls pendant quatre ans sans aucune communication ni stimulation vocale et sociale, dans une véritable prison affective.

L'audition et la structure du langage des enfants est là : la verticalité, la larynx et les caisses de résonance sont bien en place. Pourtant, les enfants grandissent, ils mangent et s'agitent... mais ne parlent pas. Ils n'émettent que des borborygmes.

La conclusion de cette expérience est terrible : les enfants meurent débiles profonds avant l'âge de 12 ans et Frédéric II doit accepter que la langage originel n'existe pas. Mais alors, la langage est-il notre survie ? Pour Gustaw Herling "la vérité, c'est que les enfants ne peuvent vivre sans la parole, sans le sourire et les caresses de leurs nourrices (...) La vie humaine est une vie du Verbe et par le Verbe". L'Homme est un animal social : la stimulation : la stimulation des autres lui est indispensable. L'espèce humaine doit vraisemblablement sa chance de survie à la créativité et aux échanges, grâce au pouvoir de sa voix."

(Jean Abitbol, La belle histoire de la voix, De Boeck, p.18)

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