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Victor Hugo, maître de l'émotion

"Si sa voix peut être caressante, lors de discours à l'Assemblée nationale, sa voix de tribun fait mouche. Ecrivain, poète, romancier, orateur et homme politique, il prononce, le 9 juillet 1849 devant l'Assemblée nationale, un réquisitoire contre l'inaction du pouvoir et l'extrême pauvreté, son Discours sur la misère. De sa voix tonitruante sachant parfaitement harmoniser l'éloquence, il accumule les lexies verbales relatives à la destruction : "diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire".

Maître le l'anaphore, il martèle "voulez-vous savoir ?" pour impliquer émotionnellement son  auditoire. Il déploie toute sa verve poétique et sa force de persuasion pour appuyer sur l'émotion. Puis, avec l'allitération en f : faubourgs, familles, femmes, fermentation, fange, fumier, froid", l'harmonie imitative effectuée sur les labiodentales traduit le sentiment d'indignation.

Lui-même s'inclut dans son propre réquisitoire contre la pauvreté : oui, il est responsable de la situation. Mais il l'avoue pour manifester et révéler sa résolution de réduire l'injustice intolérable de la misère. Alors il parle au nom de la morale, de l'affect et non pas au nom de la raison et du droit législatif. Il veut que "des lois fraternelles" et des "lois évangéliques" viennent en aide aux pauvres. Et c'est pourquoi son discours se conclut par  : "Ce n'est donc pas à votre générosité que je m'adresse ; je m'adresse surtout à votre sagesse. C'est l'anarchie qui ouvre les abîmes, c'est la misère qui les creuse. Vous avez fait des lois contre l'anarchie, faites-en contre la misère !"

Sa manière d'être, son autenticité lui permettent de puiser la force de son discours à la fois dans l'inconscient collectif et dans les consciences individuelles."

(Jean Abitbol, "Victor Hugo, maître de l'émotion", La belle histoire de la voix, p.146)

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