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Jean-Loïc Le Quellec, Jung et les archétypes (un point de vue critique)
Jean-Loïc Le Quellec, Jung et les archétypes (un point de vue critique)

L'auteur :

Jean-Loïc Le Quellec est anthropologue, directeur de recherches au Centre d’Études des Mondes africains (CNRS) et Honorary Fellow de la School of Geography, Archaeology and Environmental Studies de la Wits University à Johannesburg. Président de l’association des amis de l’art rupestre saharien, il a écrit, sur les images rupestres d’Afrique, de nombreux livres qui font aujourd’hui référence, et il dirige la collection "Pierres tatouées".
Également ethnologue, plusieurs de ses travaux portent sur le légendaire contemporain et la mythologie.

Quatrième de couverture : 

Il est impossible de s’intéresser à l’art et à la préhistoire, donc à la préhistoire de l’art, sans rencontrer un jour ou l’autre la notion d’archétype. Des auteurs avancent, par exemple, que les peintures pariétales de Lascaux illustreraient les archétypes suivants : animal, grotte, chasse… L’existence d’un archétype de la mère serait pareillement suggérée par la présence de nombreuses figurines féminines dans l’art mobilier préhistorique, et d’autres archétypes sont couramment mobilisés pour expliquer romans, films, poèmes, tableaux, contes, mythes… Mais qu’est-ce qu’un archétype ? La notion attribuée à Jung désignerait, selon les spécialistes, des structures invariantes de l’inconscient collectif, des représentations symboliques d’une personne, d’un objet, sortes de structures psychiques a priori qui seraient universellement répandues…

Oui, mais voilà, où sont les preuves ? s’interroge J.-L. Le Quellec dans cet ouvrage. "J’ai très souvent croisé le concept d’archétype au cours de mes lectures, écrit-il, et, désireux d’en savoir plus, je me suis aperçu d’une part qu’il était pratiquement impossible d’en trouver une définition claire, d’autre part que nombre de mythologues, anthropologues et préhistoriens l’avaient souvent employé sans qu’aucun ne semble avoir jamais tenté de le mettre à l’épreuve des faits de leur discipline.

Cette situation me parut d’autant plus surprenante que l’archétype est réputé être, par définition, de tous les temps et de tous les lieux".

À travers ce livre, l’auteur tente d’apprécier la validité de la notion d’archétype, d’en faire l’historique, d’en examiner la construction et les présupposés, d’en évaluer la solidité au regard des données de l’anthropologie, de la mythologie et de la préhistoire.

Il dresse ici un catalogue des petits arrangements avec l’histoire et le réel qui émaillent une certaine littérature, et démonte de façon magistrale un mythe contemporain, celui de l’existence d’archétypes tels que Jung, et de nombreux auteurs après lui, les ont théorisés.

Le livre (extrait de la préface de Jean-Loïc Le Quellec) : 

«Le fait que les motifs archétypaux surviennent dans l’esprit de gens qui n’ont jamais entendu parler de la mythologie est un fait bien connu de quiconque a étudié la structure des illusions schizophréniques, si ses yeux n’ont pas déjà été décillés à ce sujet par l’existence universelle de certains mythologèmes. » (Jung, Psychology and Religion)

"Alors que penser ? Comment s’y retrouver ? Par où commencer ? Où trouver « la » définition des archétypes, dans les milliers de pages que compte l’œuvre de Jung ? Quel chemin suivre pour explorer ce véritable continent ? Les chapitres qui suivent tentent de répondre à ces questions.

En guise de mise en bouche, nous commencerons par voir ce qu’il en est de "l’ourovore" et de ses images, réputées illustrer un archétype immémorial, celui du serpent qui dévore sa propre queue, symbole universel du devenir cyclique – selon une affirmation aussi fausse que répandue. 

Le chapitre suivant retracera l’origine et l’histoire antique du mot « archétype » avant que Jung ne lui donne le sens particulier qu’il a pris depuis 1919.

Le troisième explorera plus particulièrement l’emploi de ce mot par les philosophes, puis son passage dans le vocabulaire des ethnologues.

Viendra ensuite un examen des acceptions proprement jungiennes du terme.

Le chapitre suivant scrutera les rapports de Jung avec l’ethnologie, puisque cet auteur fait un ample usage des données de l’ethnographie, du folklore et des mythes pour construire et illustrer ses thèses.

Le septième chapitre étudiera, justement, un mythe particulier : celui du rêve qui, selon Jung, aurait présidé à l’origine de ses découvertes sur la psychologie des profondeurs, et qu’il présente comme une analogie fort utile à la compréhension de ce que seraient les archétypes.

Le chapitre huit décortiquera le cas clinique dont Jung raconte qu’il lui fit découvrir un archétype particulier, celui dit du « phallus solaire », présenté par lui comme l’un des très rares faits auxquels il ait conféré le statut de preuve.

Le neuvième chapitre se donnera pour but de tester la valeur d’une autre « preuve » de l’existence de l’archétype, que Jung a cette fois cherchée dans le monde littéraire, en se plongeant dans la lecture des romans de « mondes perdus », en particulier L’Atlantide de Pierre Benoit et surtout She de Henry Rider Haggard.

À la lumière des publications de Jung sur les archétypes de la Trinité et de la Quaternité, le chapitre suivant évaluera la validité du comparatisme tel que pratiqué par cet auteur.

Viendra ensuite un examen de la construction puis de l’usage, par Jung et bien d’autres à sa suite, d’un autre archétype fameux : celui dit de la « Terre-Mère », dont la fortune est toujours grande aujourd’hui, particulièrement en archéologie, mais aussi dans nombre de courants idéologiques.

Ensuite, bien que l’objet premier de ce livre ne soit pas de prendre parti dans des querelles s’étirant sur des décennies, il faudra bien examiner quelle fut l’attitude de Jung après la prise de pouvoir d’Hitler en Allemagne, et soupeser son rôle au moment de la « normalisation » (Gleichschaltung, « mise au pas ») de la psychanalyse par les nazis, car ses prises de positions d’alors, pour controversées qu’elles soient, s’expliquent très bien, généralement par ses choix théoriques, et plus particulièrement par son emploi de la notion d’archétype.

Cette partie de l’enquête est d’autant plus importante que Jung a présenté son  analyse des événements de cette époque comme une nouvelle preuve de la validité de cette notion, ce qui justifie qu’on s’y arrête un peu, même si cela nous impose de revenir sur des événements pas toujours bien connus, et dont il faudra présenter la chronologie.

Dans un ultime chapitre, il sera temps de revenir aux données de la préhistoire : puisque Jung affirme que les archétypes remontent aux étapes évolutives les plus anciennes de l’humanité, il importe d’examiner cet énoncé à la lumière de nos connaissances actuelles sur le passé de l’homme. Il sera ensuite possible d’envisager une conclusion."

(Jean-Loïc Le Quellec)

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