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Olivier Rey, Quand le monde s'est fait nombre
Olivier Rey, Quand le monde s'est fait nombre

Olivier Rey, Quand le monde s'est fait monde, Editions Stock, les Essais, 2016 et Desclées de Brouwer

Table : I. L'empire du monde - II. Les débuts de la statistique : La statistique allemande arithmétique L'arithmétique politique - La question démographique - III. La société des individus : Dissociation et société - La multiplication des hommes - les mystères de la société - IV. L'explosion statistique - V. La question sociale : Le mal du siècle - Faire travailler les pauvres - La question du nombre - Le cas français - VI Statistique et sociologie : La physique sociale - De la physique à la sociologie - VII. Du social aux sciences de la nature : Généalogie du darwinisme - Hérédité et statistique - De la statistique dans le gaz - Statistique et entropie - Conséquences et prolongements - VIII. La littérature face au nombre : Concurrencer la statistique - La Comédie humaine - De Waterloo à Borodino - Le rejet du nombre - Le nombre des artistes - IX. Hainamour statistique - Bibliographie - Remerciements

L'auteur :

Olivier Rey, mathématicien et philosophe, est chargé de recherche à l'institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS/Paris1/ENS). Après avoir enseigné les mathématiques à l'Ecole Polytechnique, il enseigne aujourd'hui la philosophie à l'Université Paris 1. Il est l'auteur, notamment, d'Itinéraire de l'égarement (Le Seuil, 2003), Une folle solitude (Le Seuil, 2006), Une question de taille (Stock, 2014)

Quatrième de couverture : 

"La statistique est aujourd’hui un fait social total : elle règne sur la société, régente les institutions et domine la politique. Un vêtement de courbes, d’indices, de graphiques, de taux recouvre l’ensemble de la vie. L’éducation disparaît derrière les enquêtes PISA, l’université derrière le classement de Shanghai, les chômeurs derrière la courbe du chômage… La statistique devait refléter l’état du monde, le monde est devenu un reflet de la statistique."

Extrait du chapitre I. "l'empire du nombre" :

"L'objet de ce livre n'est pas d'étudier le développement de la statistique proprement dit, mais les raisons qui ont appelé ce développement en Europe - même si, bien entendu, on ne saurait évoquer les causes d'un phénomène sans références au phénomène lui-même. Nous commencerons par évoquer les mouvements d'idées qui, à partir du XVIème siècle, favorisèrent l'émergence d'une mentalité statistique, et le déploiement de pratiques descriptives et compilatoires - où le nombre n'occupait encore qu'une place limitée. Nous montrerons ensuite que ce sont les mutations sociales, induites par les révolutions industrielle et politiques, qui furent déterminantes dans "le grand bond en avant" de la statistique au XIXème siècle. Contribuèrent de manière capitale à ce spectaculaire essor l'apparition, l'extension et l'induration de la "question sociale" qui stimula, par les perplexités et les angoisses qu'elle nourrissait, une extraordinaire efflorescence d'enquêtes, un appétit permanent de mesures. A la même époque la statistique joua un rôle crucial, quoique controversé, dans la constitution d'une science de la société - après quoi seulement elle en vint à investir les sciences de la nature, à travers la théorie corpusculaire des gaz en physique, et l'étude de l'hérédité en biologie. Nous examinerons enfin les effets produits dans le champ littéraire qui, pour paraître tout à fait étranger à la statistique, n'en a pas moins subi l'influence, dans une relation qui fut d'abord d'émulation et de concurrence, puis d'opposition, voire de répulsion. Au terme du parcours, on comprendra que le XXème siècle et le début du XXIème ne sont que la continuation d'une dynamique qui s'est mise en place au cours du XIXème. Voilà toute critique informée du monde tel qu'il va doit faire l'effort de remonter à ce moment où, à bien des égards, les choses se sont nouées pour nous de façon décisive.

Au gré du chemin rapidement esquissé, de nombreux domaines devront être abordés, de la politique à la science, de l'économie à la littérature. Autant dire que nous nous mettons en fâcheuse posture par rapport à l'idéal scientifique moderne qui  réclame, selon les mots de Max Weber, qu'on s'applique des œillères pour tracer un sillon de spécialiste. L'ennui est que la juxtaposition de ces œuvres spécialisées, si considérables et admirables soient-elles, ne rend pas le monde plus intelligible, mais finit par ajouter à sa confusion. Trop nombreuses, les clartés séparées aggravent l'obscurité générale. Médire des œillères serait malvenu : ce sont elles qui permettent la concentration sur une tâche suffisamment circonscrite pour qu'il soit possible d'en venir à bout? Cependant, il ya un temps pour s'y astreindre, un temps pour les retirer. Après avoir parcouru les sillons, il est bon d'embrasser le paysage, dans sa variété et son unité."

(Olivier Rey, Quand le monde s'est fait nombre, chapitre I : "L'empire du nombre", p.18-19)

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