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Sujet du bac philo 2022 : texte de Paul Ricoeur extrait de Histoire et Vérité (Questions)
Sujet du bac philo 2022 : texte de Paul Ricoeur extrait de Histoire et Vérité (Questions)

L'œuvre :

Histoire et vérité

"Est-il possible de comprendre l’histoire révolue et aussi de vivre – et, pour une autre part, de faire – l’histoire en cours, sans céder à l’esprit de système des « philosophes de l’histoire », ni se livrer à l’irrationalité de la violence ou de l’absurde ? Quelle est alors la vérité du métier d’historien ? Et comment participer en vérité à la tâche de notre temps ?

Tous les écrits de ce recueil débouchent sur ce carrefour d’interrogations. Ceux de la première partie, plus théoriques, sont inspirés par le métier de philosophe et d’historien de la philosophie, que pratique l’auteur. Dans la seconde partie, à travers des thèmes de civilisation et de culture (le travail, la violence, la parole, l’angoisse, la sexualité), Paul Ricœur s’interroge sur la manière dont la vérité advient dans l’activité concrète des hommes."

L'auteur :

"Paul Ricœur, né le 27 février 1913 à Valence (Drôme) et mort le 20 mai 2005 à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), est un philosophe français. Il s'inscrit dans les courants de la phénoménologie et de l'herméneutique, en dialogue constant avec les sciences humaines et sociales. Il s'intéresse aussi à l'existentialisme chrétien et à la théologie protestante. Son œuvre est axée autour des concepts de sens, de subjectivité et de fonction heuristique de la fiction, notamment dans la littérature et l'histoire." Paul Ricoeur a fait l'expérience de la guerre, de la captivité et de l'évasion durant la seconde guerre mondiale.

L'extrait : 

 

"Que la violence soit de toujours et de partout, il n’est que de regarder comment s’édifient et s’écroulent les empires, s’installent les prestiges personnels, s’entre-déchirent les religions, se perpétuent et se déplacent les privilèges de la propriété et du pouvoir, comment même se consolide l’autorité des maîtres à penser, comment se juchent les jouissances culturelles des élites sur le tas des travaux et des douleurs des déshérités.

On ne voit jamais assez grand quand on prospecte l’empire de la violence ; c’est pourquoi une anatomie de la guerre qui se flatterait d’avoir découvert trois ou quatre grosses ficelles qu’il suffirait de couper pour que les marionnettes militaires retombent inertes sur les tréteaux condamnerait le pacifisme à rester superficiel et puéril. Une anatomie de la guerre requiert la tâche plus vaste d’une physiologie de la violence.

Il faudrait aller chercher très bas et très haut les complicités d’une affectivité humaine accordée au terrible dans l’histoire. La psychologie sommaire de l’empirisme qui gravite autour du plaisir et de la douleur, du bien-être et du bonheur, omet l’irascible, le goût de l’obstacle, la volonté d’expansion, de combat et de domination, les instincts de mort et surtout cette capacité de destruction, cet appétit de catastrophe qui est la contrepartie de toutes les disciplines qui font de l’édifice psychique de l’homme un équilibre instable et toujours menacé.

Que l’émeute explose dans la rue, que la patrie soit proclamée en danger, quelque chose en moi est rejoint et délié, à quoi ni le métier, ni le foyer, ni les quotidiennes tâches civiques ne donnaient issue ; quelque chose de sauvage, quelque chose de sain et de malsain, de jeune et d’informe, un sens de l’insolite, de l’aventure, de la disponibilité, un goût pour la rude fraternité et pour l’action expéditive, sans médiation juridique et administrative.

L’admirable est que ces dessous de la conscience resurgissent au niveau des plus hautes couches de la conscience : ce sens du terrible est aussi le sens idéologique ; soudain la justice, le droit, la vérité prennent des majuscules en prenant les armes et s’auréolant de sombres passions."

Paul RICOEUR, Histoire et vérité (1955).

1 « se juchent » : se hissent - 2 « irascible » : qui se met facilement en colère

Première partie : Interprétation philosophique :

D’après l’auteur, qu’est-ce qui explique la permanence de la violence dans l’histoire ?

Deuxième partie : Question d’essai littéraire :

La littérature et les arts naissent-ils de « l’appétit de catastrophe » des hommes ?

Questions sur le texte : 

1. Quelle est la thèse de l'auteur ?

2. Quels sont ses arguments ?

3. Quels exemples donne-t-il ?

4. Faites le plan du texte.

5. Pourquoi ne voit-on jamais assez grand quand on prospecte l'empire de la violence ?

6. Expliquer : "physiologie de la violence".

7. Pourquoi le pacifisme requiert-il la tâche d'une physiologie de la violence ?

8. Pourquoi faut-il chercher très bas et très haut les complicités d'une affectivité humaine accordée à la violence dans l'histoire ?

9. Pourquoi l'empirisme ne suffit-il pas à lui seul à expliquer la violence dans l'Histoire ?

10. Expliquer : "sans médiation juridique et administrative".

11. Expliquer : "ces dessous de la conscience resurgissent au niveau des plus hautes couches de la conscience".

12. Expliquer : "ce sens du terrible est aussi le sens idéologique".

13. Pourquoi la justice, le droit, la vérité prennent-ils des majuscules en prenant les armes ?

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