Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Emmanuel Kant : "Le ciel étoilé au-dessus de moi, la loi morale en moi."
Emmanuel Kant : "Le ciel étoilé au-dessus de moi, la loi morale en moi."

Kant : Sommes-nous libres de faire le bien avec Kant ? Entretien avec Michaël Foessel, professeur de philosophie à l'Ecole polytechnique avec Adèle Van Reeth, Les chemins de la Philosophie, France Culture/Herscher, p. 173)

"Deux choses m'emplissent l'esprit d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure de la fréquence et de la persévérance avec lesquelles la réflexion s'y attache : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je n'ai pas à les chercher comme si elles étaient enveloppées de ténèbres ou situées dans une région transcendante, au-delà de mon horizon, et je n'ai pas à les conjecturer ; seulement, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence."

(Kant, Critique de la raison pratique, 1788)

Michaël Foessel, professeur de philosophie à l'Ecole polytechnique :

"Le ciel étoilé et la loi morale ont un point commun : ce sont deux figures de l'incalculable. Le ciel étoilé, parce que le nombre d'étoiles que j'y découvre est sans cesse supérieur ou potentiellement supérieur à ce que je peux dénombrer ; autrement dit, il y a là quelque chose que Kant appellera plus tard sublime : l'expérience d'une grandeur qui dépasse toutes mes prévisions, toutes mes représentations. Et cette grandeur - je parle toujours du ciel étoilé - n'est pas nécessairement perçue comme une humiliation. Cette conclusion est assez pascalienne, au fond : il y a là à la fois le sentiment d'une forme de misère - la misère de l'infiniment petit comparé à l'infiniment grand du ciel - et une certaine jouissance ou un certain plaisir lié à cette grandeur. Ce qui se comprend relativement bien pour le ciel étoilé peut sembler peut-être plus étrange pour la loi morale, mais somme toute il y a là une analogie. La loi morale est certes ce qui, dès lors qu'elle est appliquée, peut m'interdire - je n'ai pas le droit de mentir, je n'ai pas le droit de voler -, et de ce point de vue là il y a une forme d'humiliation de notre amour-propre ; mais il y a, sinon une jouissance, du moins une grandeur plus grande que cette humiliation dans le fait de résister à la tentation, et celle-là il l'appellera justement liberté. Ici, Kant suggère que ce qui "dans l'homme excède l'homme", ce n'est pas tant sa dimension physique, qui elle le rapporterait toujours au sensible et à sa finitude, mais ce qui "dans l'homme excède l'homme", pour paraphraser Pascal ; dans le sentiment de ma liberté de pouvoir résister à tout ce qui me fait envie, il y a ce que Kant appelle la dignité humaine et qu'il ne faut pas comprendre comme quelque chose de négatif ou de prescriptif, mais comme un sentiment de puissance. Le héros, ce n'est pas seulement celui qui obéit de manière mécanique à la loi morale, mais celui qui affirme son indépendance, parfois même au mépris du principe de conservation, contre la clameur du monde qui consiste à privilégier le calcul. La loi morale est donc aussi une figure de l'incalculable puisqu'elle pose une exigence irréductible au calcul, en termes de coût et de bénéfice, en termes de bien et de mal-être."

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :