Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Laure Hillerin, Proust pour rire
Laure Hillerin, Proust pour rire

Laure Hillerin, Proust pour rire, Bréviaire jubilatoire de A la Recherche du temps perdu, Champs Essais, Flammarion 2022

L'auteure :

Journaliste, Historienne et passionnée de littérature Laure Hillerin est l'auteure de La Comtesse Greffulhe (couronné de nombreux prix, dont le prix Céleste Albaret en 2015) et de la biographie A la recherche de Céleste Albaret, récompensée par le prix de la biographie Geneviève Moll en 2020.

Quatrième de couverture :

"Contrairement à une idée reçue A la recherche du temps perdu n'est pas un monument de culture mortifère et d'ennui réservé aux seuls intellectuels et autres spécialistes. Bien au contraire ! C'est un roman extraordinairement vivant, et l'un des livres les plus drôles et les plus anticonformistes de la littérature française. En témoigne cette savoureuse anthologie, qui donne à saisir l'humour proustien dans ses accents les plus fins. Chacun trouvera parmi ces joyaux d'humour une belle occasion de se divertir."

L'arrondissement du général de Monserfeuil : 

- Ce pauvre général, il a encore été battu aux élections, dit la princesse de Parme pour changer de conversation - Oh ! Ce n'est pas grave, ce n'est que la septième fois, dit le duc qui, ayant dû lui-même renoncer à la politique, aimait assez les insuccès électoraux des autres. Il s'est consolé en voulant faire un nouvel enfant à sa femme.

Comment ! Cette pauvre Mme de Monserfeuil est encore enceinte, s'écria la princesse. Mais parfaitement, répondit la duchesse, c'est le seul arrondissement où le pauvre général n'a jamais échoué.

A qui l'attribuez-vous ?

À qui l'attribuez-vous ? Swann hésita un instant devant cette toile que, visiblement, il trouvait affreuse : "À la malveillance !"

Proust pour rire, mode d'emploi :

"Prenez la liberté de butiner au gré de vos envies : vous n'êtes pas obligés de commencer par le premier chapitre.

Un seul mot d'ordre : "Amusez-vous !"

Une phrase vous rebute par sa longueur ? Rien de plus normal ! Ne vous découragez pas, ne vous crispez pas sur votre appréhension. Revenez-y sans porter de jugement négatif ni sur vous - "Je suis nul, je n'y arriverai jamais..." - ni sur l'auteur - "son style est illisible..." Laissez-vous porter par les mots : plus l'eau est profonde, mieux le nageur flotte.

Essayez, réessayez, et vous y arriverez, tout à coup, comme par miracle : une porte s'ouvrira, qui vous livrera passage. C'est simplement un "truc" à prendre, une soumission au mouvement, comme d'épouser le rythme du trot enlevé ou du galop quand vous montez à cheval. Un jour viendra où vous vous vautrerez avec bonheur dans les huit cent quarante-cinq mots (plus de deux pages...) de la phrase la plus longue de la Recherche, "Sans honneur que précaire..."

Vous ne regretterez pas cet effort, car vous allez pénétrer dans une inoubliable galerie de portraits.

Vous verrez l'inénarrable Mme. Verdurin sangloter d'amabilité et déguster son croissant, Françoise s'activer à ses fourneaux comme Michel-Ange dans son atelier, Charlus s'extasier sur la Mèche de Morel.

Vous ferez la connaissance de la belle et cruelle Oriane de Guermantes, avec sa langue bien pendue et son cœur sec, de la maladive tante Léonie, tapie dans l'ombre de sa chambre de province comme une araignée au centre de sa toile, de la vieille marquise de Cambremer, revêtue de tous les ornements de son sacerdoce mondain - et de tant d'autres... 

Je vous envie...

Postface :

Nous courons tous à notre tombeau. Mais nous pouvons y courir avec plus de lucidité, plus de conscience, plus d'amour et moins de peur grâce à la magie de la littérature, de cet humour proustien pétri d'humanité, liant le tragique au comique, dans la tradition de Shakespeare, si magistralement analysé par André Maurois :

"Cet humour qui prend forme de couplets précieux, cette servitude des corps qui ramène sur terre les esprits, ces allégories, des images ravissantes qui se terminent en bouffonneries, ces jeux féériques de la lumière autour de personnages monstrueux. Shakespeare seul, avant Proust, avait pour nous orchestré de si magiques dissonances. Proust, comme Shakespeare, a été jusqu'au fond de la douleur humaine. Mais comme Shakespeare, il l'a surmontée par l'humour ; et, comme Shakespeare, il a retrouvé, avec le temps, la sérénité. La Recherche du temps perdu se termine un peu comme La Tempête de Shakespeare. Le jeu est fini, l'enchanteur a livré son secret. Le voici qui remet dans leurs boîtes ses marionnettes qu'il nous a montrées une dernière fois, toutes givrées, au bal du prince de Guermantes. Le voici qui nous dit, comme Prospero, "nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie est bouclée par le sommeil". Les Guermantes et les Verdurin s'évanouissent en fumée. La sonnette de Swann, fraîche, criarde, ferrugineuse, tinte une dernière fois à la petite porte du jardin, et tandis que s'achèvent les dernières phrases sur le Temps, l'on croit entendre, dans les arbres que baigne la lune, très loin, à peine perceptible, le rire de Marcel. Ce rire de collégien qui pouffe derrière sa main fermée, ce rire adouci, devenu le rire d'un très vieil enfant, auquel la vie a enseigné, avec la douleur, la tendresse humaine et la pitié."

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :