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Leo Strauss, Le Droit positif suppose-t-il le Droit naturel ?
Leo Strauss, Le Droit positif suppose-t-il le Droit naturel ?

Leo Strauss, Droit naturel et Histoire (Natural Rights and History, Chicago, The University of Chicago Press, 1953), traduit de l'anglais par Monique Nathan et Eric de Dampierre, Editions Flammarion, 1986

Table des matières :

Avant-Propos - Introduction - Chapitre 1er : Le droit naturel en face de l'Histoire - II. Le Droit naturel et la distinction entre faits et valeurs - III. L'origine de la notion de Droit naturel - IV. Le Droit naturel classique - V. Le Droit naturel moderne : a) Hobbes - b) Locke - VI. La crise du droit naturel moderne : a) Rousseau - b) Burke - Notes - Bibliographie des travaux de Leo Strauss - Note sur la présente traduction - Index des noms.

L'auteur : 

Leo Strauss (Kirchhain, province de Hesse-Nassau, 20 septembre 1899 – Annapolis, dans le Maryland, 18 octobre 1973) est un philosophe et historien de la philosophie juif allemand du xxe siècle, émigré aux Etats-Unis à partir de 1937. Spécialiste de philosophie politique, il est surtout connu pour ses thèses sur l'art d'écrire des philosophes et pour avoir étudié la tradition philosophique classique et les idées classiques et modernes du droit naturel, s'opposant ouvertement aux sciences sociales contemporaines. Il a aussi étudié l'histoire de la philosophie juive, en particulier dans sa période médiévale

L'ouvrage : 

Droit naturel et histoire, maître livre de Leo Strauss, est reconnu comme un classique de la philosophie de notre siècle, spécialement de la philosophie politique. Leo Strauss illustre et défend l'idée de droit naturel contre tout relativisme historique. Pour lui, le besoin du droit naturel est manifeste. En effet, rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit, que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, on ne contestera pas qu'il existe des lois ou des décisions que l'on déclarera injustes. Au nom de quoi faire cette déclaration ? La réponse est donnée majoritairement de nos jours par les sciences sociales qui rejettent le droit naturel au nom de l'histoire et au nom de la différence entre Faits et Valeurs. Leo Strauss s'inscrit en faux contre cette réduction et plaide pour le maintien de la notion de droit naturel, seule source, selon lui, d'une pensée du Juste et de l'Injuste. Depuis Grotius (Le Droit des Gens), la notion de droit naturel est au principe de la philosophie politique moderne (Hobbes, Rousseau...). Dans sa forme classique, le droit naturel est lié à une perspective téléologique de l'univers. Comment le repenser sous une forme actuelle ? Tel est le dessein de l'ouvrage de Leo Strauss. Écrit dans une langue très claire et précise, proposant des analyses remarquables de Machiavel, Hobbes, Locke, Rousseau et Burke, Droit naturel et Histoire est un livre d'une exceptionnelle valeur.

Le texte :

"Néanmoins, le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd'hui qu'il a été durant des siècles et même des millénaires. Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays.

Or, il est évident qu'il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. En passant de tels jugements, nous impliquons qu'il y a un étalon du juste et de l'injuste qui est indépendant du droit positif et qui lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif.

Bien des gens aujourd'hui considèrent que l'étalon en question n'est tout au plus que l'idéal adopté par notre société ou notre "civilisation" tel qu'il a pris corps dans ses façons de vivre et ses institutions.

Mais, d'après cette même opinion, toutes les sociétés ont leur idéal, les sociétés cannibales pas moins que les sociétés policées.

Si  les principes tirent une justification suffisante du fait qu'ils sont reçus dans une société, les principes du cannibale sont aussi défendables et aussi sains que ceux de l'homme policé. De ce point de vue, les premiers ne peuvent être rejetés comme mauvais purement et simplement. Et puisque tout le monde est d'accord pour reconnaître que l'idéal de notre société est changeant, seule une triste et morne habitude nous empêcherait d'accepter en toute tranquillité une évolution vers l'état cannibale.

S'il n'y a pas d'étalon plus élevé que l'idéal de notre société, nous sommes parfaitement incapables de prendre devant lui le recul nécessaire au jugement critique.

Mais le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l'idéal de notre société montre qu'il y a dans l'homme quelque chose qui n'est point totalement asservi à sa société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés de rechercher un étalon qui nous permette de juger de l'idéal de notre société comme de toute autre.

Cet étalon ne peut être trouvé dans les besoins des différentes sociétés, car elles ont, ainsi que leurs composants, de nombreux besoins qui s'opposent les uns aux autres : la question de priorité se pose aussitôt.

Cette question ne peut être tranchée de façon rationnelle si nous ne disposons pas d'un étalon qui nous permette de distinguer entre besoins véritables et besoins imaginaires et de connaître la hiérarchie des différentes sortes de besoins véritables. Le problème soulevé par le conflit des besoins sociaux ne peut être résolu si nous n'avons pas connaissance du droit naturel."

(Leo Strauss, Natural Right and History, Chicago, 1953, traduction française, Droit naturel et Histoire, pp. 14-16, Paris, Librairie Plon, 1954 ; traduction M. Nathan et E. de Dampierre. (Texte cité par Julien Freund, Le droit aujourd'hui, p. 26. Dossier Logos, Presses Universitaire de France.)

Questions pour vous aider à comprendre le texte : 

1. Repérer les articulations du textes et distinguer, comme d'habitude, la thèse de l'auteur, les arguments, ainsi que le ou les exemples qu'il donne pour étayer ses arguments. Ne pourrait-on en proposer d'autres ?

2. Pourquoi le besoin de droit naturel est-il aussi manifeste aujourd'hui qu'il a été par le passé ? Pourquoi la notion de Droit naturel ne va-t-elle plus de soi aujourd'hui ?

3. Quelles sont les conséquences du rejet du droit naturel ?

4. Quand on parle de lois ou de décisions "injustes", se réfère-t-on exclusivement au droit positif ?

5. A quelle définition du Droit se réfère le paragraphe 4 du texte ? : "Bien des gens aujourd'hui considèrent que l'étalon en question n'est tout au plus que l'idéal adopté par notre société ou notre "civilisation" tel qu'il a pris corps dans ses façons de vivre et ses institutions."

6. Pourquoi, selon l'auteur, les idéaux des sociétés primitives sont-ils aussi légitime que celui des sociétés policées si l'on refuse la notion de Droit naturel ? Montrez que Leo Strauss se livre ici à une critique de Montaigne ?

7. Pourquoi, du point de vue du relativisme culturel, les principes du cannibale sont-ils aussi sains que ceux des sociétés policés ?

8. En quoi, selon Leo Strauss le relativisme culturel aboutit-il à des absurdités sur le plan moral ?

9. Pourquoi, selon Leo Strauss, la notion de "Droit naturel" nous rend-elle capables de prendre le recul nécessaire au jugement critique par rapport à l'idéal de notre société ?

10. Qu'implique, selon lui, le fait de se demander ce que vaut l'idéal de notre société ?

11. L'étalon du Droit peut-il se trouver dans les besoins des différentes sociétés ? Pourquoi ?

12. Pourquoi le conflit des besoins sociaux ne peut-il être résolu sans la connaissance du Droit naturel ?

II. Sujets de réflexion : 

1. Où l'auteur refuse-t-il de chercher l'étalon du juste et de l'injuste ? Pourquoi ?

2. Sur quoi repose la justification du droit naturel ?

(André Roussel, docteur en sociologie, Professeur de philosophie au Lycée Jean-Macé de Rennes, Textes philosophiques, Terminales F,G,H nouveau programme, Nathan Technique, 1984) :

 

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