Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Proust, Prix Goncourt
Proust, Prix Goncourt

Thierry Laget, Proust, Prix Goncourt, une émeute littéraire, Gallimard, 2019

Table des matières:

La truffe et le salsifis (1897-1913) - Plus inconnu que tant de débutants (1913) - Des hommes qui savent ce qu'est un roman  (1918-1919) - Le cas Marcel Proust (juin-novembre 1919) - L'honneur périlleux de se battre (avril-novembre 1919) - A qui le prix Goncourt ? (16 novembre - 9 décembre 1919) - Un homme qui dort (mercredi 10 décembre 1919) - Et il reprendra Fantômas (11 et 12 décembre 1919) - De douces mains de femmes (vendredi 12 décembre 1919) - L'homme à qui rien n'est arrivé (décembre 1919 - avril 1920) - Beaucoup de bruit pour une omelette (décembre 1919-avril 1920) - Mille lettres de félicitations (décembre 1919- avril 1920) - Ce radotage des Danaïdes (décembre 1919-avril 1920) - Empoisonnés d'Action française (mai 1919-avril 1920) - Roland Dorgelès, pris Goncourt (1919-1999) - De l'autre côté du Temps - Appendices : Abréviations - Tirages comparés - Dossiers de presse - Remerciements.

L'auteur :

Thierry Laget, né le 2 octobre 1959 à Clermont-Ferrand, est un romancier, essayiste, critique littéraire et traducteur français.

Son enfance et sa jeunesse se déroulent en Auvergne, entre Aubière, Messeix et Vichy, puis en Touraine. Après des études de lettres (maîtrise et doctorat sur Marcel Proust, sous la direction de Jean-Yves Tadié), il est secrétaire d’édition aux éditions Belfond, qui publient ses deux premiers romans. Il collabore à l’édition d’À la recherche du temps perdu dans la bibliothèque de la Pléiade, procure des éditions de textes de Jacques Rivière (Quelques progrès dans l’étude du cœur humain), de Marcel Proust (Le Côté de Guermantes et Les Plaisirs et les Jours) et de Gustave Flaubert (Madame Bovary, Folio classique).

En 2019, à l’occasion du centenaire de l’attribution du prix Goncourt à À l’ombre des jeunes filles en fleurs, il publie Proust, prix Goncourt. Une émeute littéraire (Gallimard), prix Céleste Albaret 2019, finaliste du Goncourt de la biographie. À propos de cet essai, Bernard Pivot, président de l'Académie Goncourt, écrit : « Le récit de Thierry Laget est passionnant et admirable de bout en bout. »

Quatrième de couverture : 

10 décembre 1919 : le prix Goncourt est attribué à Marcel Proust pour A l'ombre des jeunes filles en fleurs. Aussitôt éclate un tonnerre de protestations : anciens combattants, pacifistes, réactionnaires, révolutionnaires, chacun se sent insulté par un livre qui, ressuscitant le temps perdu, semble dédaigner le temps présent. Pendant des semaines, Proust est vilipendé dans la presse, brocardé, injurié, menacé.

Son tort ? Ne plus être jeune, être riche, ne pas avoir fait la guerre, ne pas raconter la vie dans les tranchées.

Retraçant l'histoire du prix et les manœuvres en vue de son attribution à Proust, s'appuyant sur des documents inédits, dont il dévoile nombre d'extraits savoureux, Thierry Laget fait le récit d'un événement inouï - cette partie de chamboule-tout qui a déplacé le pôle magnétique de la littérature - et de l'émeute dont il a donné le signal.

"Moi prix Goncourt" : 

"Tout finira mal pour moi et a déjà commencé depuis longtemps mais le Prix Goncourt n'y est pour rien et n'a pas tant d'importance", dit Proust en janvier 1920. Il répète cela si souvent que personne ne le croit.

Mais le prix Goncourt, qui marque son entrée dans l'immortalité, est bien pour lui un signal crépusculaire. Il n'a été qu'une halte sur le chemin. Chaque instant vécu vient noircir l'encre dans laquelle l'écrivain trempe sa plume. Le fil du récit se renoue : il n'a été interrompu que quelques jours par une effervescence vite oubliée, et déjà ces heures de fièvre alimentent le roman.

La vie reprend son cours, le livre se déploie de nouveau, l'écriture va de l'avant. Elle est la vraie gloire - celle du monde est inconstante, et conférée par des sots. Le prix Goncourt a donné à Proust l'occasion de le vérifier. Et c'est dans l'un de ses cahiers d'esquisses qu'il l'a noté pour s'en souvenir à jamais :

"A chaque époque de la vie, l'oubli de ce qu'on a été est si profond chez les contemporains, faits il est vrai de jeunes gens qui ne savent pas encore, de vieillards qui ont oublié, qu'on est obligé (moi prix Goncourt) de faire face, si connu qu'on ait été, à l'ignorance du milieu ambiant.

Je me ferai connaître par un livre (car ce sera sans doute dans la fin même, à propos du livre que je veux faire) et on dirait de moi : "Qui est-ce ?" Et si  nous tenions à ce qu'on ne dise pas sur nous les folies qu'engendre le besoin de parler quand quelques renseignements ne le guident pas, nous serions obligés de décliner nos titres et qualités, de dire que nous étions de l'autre côté du Temps, nos dernières années étant comme un pays inconnu où nous débarquons, et où ceux qui l'habitent n'ont jamais entendu prononcer notre nom."

(Ecrit à Saint Enogat, cent ans plus tard, entre le jusant et le flot)" (p.209-210)

Jacques Rivière : "Proust et la révolution en arrière" :

"Je ne puis prendre pour un simple hasard le fait que Proust a vu se coaliser principalement contre lui tous les tenants de "l'art révolutionnaire", tous ceux-là qui, confondant vaguement politique et littérature, s'imaginent que la hardiesse est toujours de même sens dans les deux domaines, que dans le second comme dans le premier il n'y a d'initiatives qu'en avant, que l'inventeur est toujours celui qui va plus loin que les autres - tous ceux là qui se représentent l'innovation littéraire comme une émancipation et qui saluent comme un pas de plus vers la Beauté chaque abandon d'une règle jusque là respectée, chaque nouvelle entrave qui tombe, chaque précision de moins qu'on apporte.

L'un d'eux, non sans candeur, a traité Proust d'écrivain "réactionnaire". Et comment eût-il compris qu'en littérature il peut y avoir des révolutions en arrière, des révolutions qui consistent à faire moins gros, moins grand, moins lisible, moins sublime, moins pathétique, moins sommaire, moins "génial" qu'on a fait jusque là ?

Comment eût-il compris que c'est d'une révolution de ce genre que nous avons besoin aujourd'hui avant tout besoin, et que cette révolution, "le réactionnaire" Proust vient justement en donner le signal ?" (p. 175)

Jacques Rivière, "Marcel Proust et la tradition classique", la Nouvelle Revue française, février 1920, p. 193 - 194

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :