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Préfacé par Georges Buisson, administrateur du domaine de George Sand à Nohant et enrichi de belles illustrations, le livre de Bernard Jouve, Les racines de George Sand,  nous entraîne dans une vaste promenade à travers les siècles, celui de Louis XIV, puis celui des Lumières, de la cour de Pologne à celle de Russie, de demeures en  châteaux, de Chenonceau à Nohant, en passant par l’Hôtel Lambert, l’une des plus beaux hôtels particuliers de Paris, dans un monde où les intrigues amoureuses se faufilent entre les batailles et où les mots d’esprit qui préparent les révolutions pétillent comme du vin de Champagne.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

L’alliance au XVIII° siècle des Dupin, grands bourgeois passionnés par les arts et les lettres, protégés par le célèbre financier Samuel Bernard,  et des Saxe, guerriers d’origine royale,  influença sans doute secrètement la personnalité de George Sand, sa passion de la beauté, son tempérament d’artiste, ce caractère combatif et volontaire qu’elle garda sa vie durant.

Les amis et les protégés de la famille, comme Jean-Jacques Rousseau, dont elle dévorera les œuvres dans la bibliothèque de Nohant mais aussi Voltaire,  Buffon, Montesquieu, se sont penchés sur le berceau de la future George Sand (Amandine Aurore Lucie Dupin de son vrai nom) pour lui léguer l ‘esprit naissant du romantisme et celui des Lumières.

« Quelle vie romanesque que la sienne ! » disait Balzac de George Sand. On pourrait en dire autant de celle de ses ancêtres : Auguste II, « le plus étonnant débauché de son temps »,  Aurore de Koenigsmark,  « célèbre dans le monde par sa beauté et son esprit », Maurice de Saxe, enfant illégitime mais finalement reconnu,  batailleur amoureux et fantasque qui reçut le château de Chambord en récompense de la victoire de Fontenoy, Louise Dupin, la dame de Chenonceau, « déesse de beauté et de musique », Louis-Claude Dupin de Francueil, le grand-père de George Sand, parfait honnête homme du siècle des Lumières, sa grand-mère Marie-Aurore, qui fit l’acquisition de la maison et du domaine de Nohant, son père Maurice, prématurément disparu, aristocrate républicain devenu aide de camp du maréchal Murat, et qui lui légua « les yeux les plus doux que l’on puisse imaginer ».

 Le dernier chapitre du livre aborde les racines  populaires de George Sand. Arrière-petite fille du roi de Pologne, petite fille du maréchal Maurice de Saxe,  George Sand descendait par sa mère d’un humble marchand d’oiseaux. « Ma mère, dit George Sand dans Histoire de ma vie était de la race avilie et vagabonde des bohémiens de ce monde ». «  Le rejet social dont sa mère fut la victime, de la part de sa belle-mère et de son entourage, écrit George Buisson dans sa préface,  donna corps au sentiment d’injustice que George Sand ressentit très vite et contre lequel elle lutta toute sa vie. »

Vivant symbole des contradictions sociales de son époque, George Sand fut écartelée entre ses origines aristocratiques et populaires, entre le monde  des « possédants » et celui des « laissés pour compte ». « Je suis la fille d’un patricien et d’une bohémienne…Je serai avec l’esclave et avec la bohémienne et non avec les rois et leurs suppôts. » Cette attitude ne l’empêcha pas de reconnaître les apports positifs d’une noblesse cultivée, généreuse et désargentée.  
 
Le récit alerte et coloré de Bernard Jouve se lit d’un bout à l’autre comme un roman et réussit à nous passionner sans sacrifier pour autant  la rigueur historique.


Bernard Jouve, Les racines de George Sand, de Chenonceau à Nohant, aux éditions Alan Sutton, 8, rue du docteur Ramon 37540, St Cyr sur Loire, 222 pages, 16 planches d’illustrations,  23 eus.


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