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Un livre de Léon Burdin, prêtre jésuite et aumônier pendant plus de 15 ans à l’hôpital Gustave-Roussy à  Villejuif,  Parler la mort. Des mots pour la vivre, paru en 1997, nous invite à porter sur la mort un regard différent.

 

« Voici un livre terrible et, à ma connaissance, sans précédent. Voici un livre écrit, non « sur la mort », mais dans son ombre, tout près d’elle, à son contact le plus immédiat. Voici le livre le plus bouleversant que l’on puisse lire aujourd’hui sur ce destin qui nous est commun et qui est notre destin « d’êtres pour la mort ». (…) De l’homme qui a écrit ce livre, du passeur de cette moderne maison des morts, on ne peut que se sentir immensément proche et solidaire», écrit Bernard-Henri Lévy dans la préface.

 

Son auteur, Léon Burdin est un prêtre jésuite aujourd’hui âgé de plus de 80 ans qui a exercé pendant 15 ans les fonctions d’aumônier dans un grand centre de traitement du cancer, l’institut Gustave-Roussy à Villejuif, près de Paris.

 

« L’hôpital est un lieu d’ambivalence, écrit l’auteur, la souffrance s’y condense, s’y étale et s’y multiplie, tandis que la rue nous la dérobe. A l’aide de moyens techniques extraordinaires rassemblés en ce lieu, l’homme oppose à la concentration du mal la concentration de la science, de son intelligence et de sa volonté de vaincre, mais pour pouvoir poursuivre la lutte, l’hôpital cède parfois aux sirènes du mensonge. On croit devoir y nier les signes de l’échec… »

 

« Responsable de l’aumônerie dès mon arrivée à l’hôpital, j’avais à cœur d’adopter une certaine approche des malades. J’avais le désir de briser ce silence dont je connaissais les malheurs et de promouvoir cette parole non dite. Je rêvais d’être un homme par qui la parole passerait… »

 

Léon Burdin a condensé dans une douzaine de chapitres son témoignage sur ce qu’il appelle « le mourir » et sur son rôle de « passeur ». Ce livre magnifiquement écrit contient des portraits de femmes, d’hommes et d’enfants  à vous arracher des larmes.

 

                       « C’est fou de me dire que je suis heureux ! »

 

Il parle avec authenticité de ces moments de vie intense que sont les derniers jours, les dernières heures de ceux qui vont mourir, pour eux-mêmes et pour leurs proches : « C’est fou ! A deux pas de quitter cette vie (que j’aime), de me dire que je suis heureux ! » L’homme qui s’exprime ainsi en est à huit jours de sa fin. Ce qu’il me dit, à travers cette phrase inscrite sur son carnet de communication, c’est sa joie, certes, mais au-delà de cette joie, c’est son étonnement devant ce bonheur insolite qui déconcerte ses visiteurs comme il le déconcerte lui-même en premier. Son visage rayonne de cette joie augurale qu’il vient de connaître pour la première fois de sa vie. »

 

Léon Burdin insiste sur les besoins spirituels des malades, quelles que soient leurs pratiques ou leurs croyances religieuse. L’aumônier est le catalyseur d’une « parole vraie » qui apaise l’angoisse du malade et de ses proches et permet de vivre plus pleinement le temps qui reste.

 

Il évoque le travail fait sur lui-même pour apporter à ceux qu’il approche, malades et familles le regard, l’écoute, la présence, le silence, les paroles qu’ils attendent, au moment où ils en ont besoin, sans aller trop vite, ni croire que tout est possible.

 

Ce témoignage est porteur d’espérance car il montre comment la paix, la réconciliation et l’émergence d’une vie nouvelle, plus pleine de sens peuvent naître au-delà de la douleur de la séparation.

 

« Qu’un homme parvienne, en effet, à consentir à sa mort ; qu’il trouve les paroles justes pour dire au revoir à ceux qu’il laisse derrière lui ; et l’acte de sa mort revêt pour eux une portée inestimable. Comme une nouvelle participation à l’être leur est donnée – une fécondation – quelque chose s’apparentant à une naissance, je crois. Ils pourront alors vivre l’absence et assumer à leur tour les incertitudes et les contingences de la vie. Qui ne rêverait d’offrir cet ultime cadeau à ceux qu’il aime ? Mort, acte de naissance pour celui qui s’en va, comme pour ceux qui poursuivent le chemin… »

 

 

Léon Burdin, Parler la mort. Des mots pour la vivre. Préface de Bernard-Henri Lévy, Desclée de Brouwer, 1997, 280 pages, 18,50 euros 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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