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« Les livres sont  les derniers refuges des hommes libres. » (André Suarès)

Ils portent le poème à une plénitude d’existence, à partir de la page blanche qu’ils impriment eux-mêmes, jusqu’aux rayonnages des libraires qu’ils connaissent tous personnellement. Ils tissent le mystérieux fil d’or qui relie à travers l’espace, la parole hasardée des poètes à la résonance émerveillée, au bonheur du recueillement silencieux. D’une probité de diamant, ils sont l’incarnation du désintéressement et de la passion féconde. Il n’est pas de  poète, il n’est pas d’ amoureux de la poésie qui ne songe à eux sans émotion ni reconnaissance. Chez eux, l’édition est une passion familiale: Ils s’appellent René Rougerie (le père) et Olivier Rougerie (le fils) et Xavier, le petit-fils, s’apprête à les rejoindre.

 En plus d’un demi-siècle, ces compatriotes de Bernard de Ventadour, ont imprimé et édité dans une maison construite au XIV° siècle,  à  Mortemart, près de Bellac, dans la Haute-Vienne, sous la « marque de fabrique » de la légendaire couverture blanche ornée de lettres rouges, des centaines de poètes: grands méconnus du début du siècle comme Pierre Albert Birot, Joé Bousquet, Max Jacob, Saint-Pol Roux, André Suarès…poètes amis comme Marcel Béalu, Michel Seuphor, Claude Roy, Guy Allix, Gilles Baudry qui est moine dans un monastère en Bretagne… Figurent aussi à leur catalogue des poètes très connus, comme Pierre Reverdy, Boris Vian, Roger Vitrac, Jean Follain, Raymond Queneau, Francis Ponge, Julien Gracq, André-Pierre de Mandiargues, Jean Paulhan, René Guy Cadou…

 Ils ont accueilli aussi des peintres et des illustrateurs comme Picasso, Marie-Thérèse Régerat, la compagne de René Rougerie, Théo Kerg, et de grands photographes tel Izis Bidermanas. Cet amoureux de la France, venu de sa Lituanie natale découvrir  Cézanne et Picasso, se retrouva dans les maquis du Limousin et fit la connaissance, après la guerre, du limougeaud Gaston Charlet, échappé, quant à lui, de l’enfer concentrationnaire. De leur rencontre naquit, grâce à René Rougerie, Les yeux de l’âme, un texte de Gaston Charlet, hymne à la beauté retrouvée du monde et de la vie, illustré par des photographies d’Izis Bidermanas. Une bien belle histoire!

Comment les éditions Rougerie choisit-elle « ses » auteurs? René Rougerie a répondu à cette question en 1971, dans le premier numéro de sa revue Poésie Présente: « Je publie ce que j’aime, uniquement ce que j’aime, revendiquant même le droit de me tromper, refusant toute étiquette, ne me laissant enfermer dans aucun système, capable d’aimer aussi bien une poésie lyrique que celle, concise, où chaque mot porte son poids. » Son ambition? « Découvrir des talents nouveaux, hors des modes et des écoles, mais aussi aller vers une certaine lumière. »

Né en 1950, dans l’Indre, Jean-François Mathé fait partie de ces talents nouveaux. Il est Professeur de Lettres modernes au Lycée de Thouars dans les Deux-Sèvres. Voici un court extrait d‘un de ses derniers recueils:  « Un ciel à fond plat glisse sur le fleuve. Le matin gris n’a pas tranché entre la nuit et le jour. Et je me suis réveillé sans renaître, cueilli dès le premier de mes pas par une grande main de brume qui m’emporte de rue en rue. Des murs longés surgiras-tu, qui que tu sois, vivant visage? Je te retiendrai dans mes mains, loin de ton corps qui marche dans une chambre, à petits bruits d’os et d’horloge. » Proses à mi-rêve (extrait de Le Ciel passant, paru aux éditions Rougerie en 2003, prix Kowalski 2003)
            


Les Editions Rougerie : rue de l’échauguette à Mortemart (87).








 

           

                                                                                                                                     

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