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« J’ai le défaut de ne laisser à personne son habit pailleté. L’homme que j’ai devant moi, c’est son âme que je veux voir, et plus il est grand, plus on le glorifie et plus je crains pour son âme. » (Georges Rouault)

 

Ecorché vif, Georges Rouault ne s’accommodait pas du monde « comme il va ». Il suffit,  pour s’en convaincre, de regarder ses œuvres : ses pierrots innocents, ses filles déchues, ses clowns vaincus ou triomphants, son squelette en uniforme, ses civils imbéciles, serviteurs de l’apocalypse, son Christ solitaire et bafoué…et son regard à lui, dans cet autoportrait de la désolation.

 

Les marchands de mort, le pharisaïsme,  L’indifférence des riches, l’accablement des pauvres, l’arrogance des puissants, l’humiliation des petits, la niaiserie satisfaite de ceux qui s’accommodent de tout (« Tout cela ne nous regarde pas ! »), le grand cirque du monde…Tout cela le rendait malade.

 

Oui, il suffit de regarder ses œuvres. Mais à vouloir les regarder, l’on s’aperçoit bientôt que ce sont elles qui nous regardent : « Que fais-tu de ce monde ? »

 

Né à Paris, pendant la Commune, le 27 mai 1871, Georges Rouault montre très tôt de grandes aptitudes pour le dessin. En 1885, il entre comme apprenti chez les verriers Tamoni, mais il n’a qu’une idée en tête : devenir peintre. En 1890, il suit les cours de Gustave Moreau. De 1895 à 1901, il expose des tableaux à sujets religieux ou mythologiques influencés par son maître. Dans les années qui suivent, il se lie avec des écrivains et penseurs chrétiens atypiques : Joris Karl Huysmans, Léon Bloy, le philosophe Jacques Maritain. Il fait aussi la connaissance de Jacques Rivière, d’Alain -Fournier, et  d’André Suarès. De 1903 à 1914, il réalise de nombreuses gouaches et aquarelles sur papier, représentant des clowns, des acrobates, des prostituées, des bourgeois infatués, symboles d’une humanité misérable et déchue. La première guerre mondiale est l’occasion d’un nouveau tournant dans son œuvre. Au cours des années 1914-1939, poussé par Ambroise Vollard, Rouault va consacrer, parallèlement à la peinture, une part importante de son activité à la gravure. Chrétien douloureux,  passionné et sincère, il chercha à traduire picturalement sa vision religieuse et tragique de la condition humaine. Ses compositions aux tonalités sombres et mêlées semblent renouer avec l’art des imagiers du Moyen-âge.

 

« Né dans une cave sous un bombardement, pendant la Commune, écrit  Jean-François Garmier, confronté dès son enfance à la misère des banlieues pauvres, ayant expérimenté pendant de nombreuses années une vie de difficultés matérielles (…) Rouault a consacré la majeure partie de son œuvre à l’évocation de l’injustice et de la souffrance. »

 

« Ses œuvres vont droit au but, poursuit Jean-François Garmier… Il n’est pas besoin de temps, de lent décryptage, de supputations, pour percevoir et comprendre instantanément la réalité fulgurante qu’il veut faire partager au spectateur (…) S’il pourfend l’hypocrisie de la société, s’il tonne contre les marchands de canons, les avocats indifférents, les exploiteurs coloniaux, les bellicistes, les conformistes et la bêtise de tout poil, il est rempli d’humanité pour ceux qui ont touché le fond du désespoir ou de l’abjection. Toujours il montre de la compassion (…) Rouault n’est pas un désespéré. Même dans ses œuvres les plus dramatiques, il y a toujours une lueur d’espoir et d’émerveillement… »

 

La gravure occupe une place importante dans son œuvre. Il créa un grand nombre d’estampes souvent rassemblées autour d’un texte dans des livres dont les premiers ont été édités à l’initiative du marchand d’art Ambroise Vollard. 

 

Le Miserere occupe une position centrale dans l’œuvre gravé de Rouault. Il y travailla de 1912 à 1928. Cet ensemble qui porta d’abord le nom de Miserere et Guerre constitue un poème dédié à la douleur, où l’on voit défiler toutes les souffrances humaines. Les caricatures grimaçantes, les paysages, les scènes allégoriques ou symboliques se rapportant à la guerre restituent avec une acuité exceptionnelle l’inconscience, la bêtise, la force aveugle et brutale, la folie meurtrière de l’homme. La figure du Christ y est centrale. Christ honni, toujours flagellé, souffrant des mêmes maux que les hommes, offrant sa vie pour eux.

                                                                                                    

 

 

 

 

 

 

 

 

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