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"Qui est le chercheur ? Qui est le cherché ? Le cherché est la lumière divine, le chercheur est une parcelle de cette Lumière." (Najmaddîn Kobra)

Le nom d'Olivier Clavaud est lié pour moi au souvenir d'une merveilleuse exposition sous la carène inversée de l'ancien dortoir des convers de l'abbaye de Noirlac.

Olivier y exposait une trentaine d'oeuvres, comme rapportées d'escales enchantées d'un voyage initiatique. Elles portaient des noms étranges : Manfalgar, Boutan, Zanzibar, Siddarta Gantana, Black Japon, Tibet, Peuls, Sikim, Moulins à prières, Kakemono, Torah, Totem....évoquant tour à tour la sagesse sereine du bouddhisme, les cérémonies des bois sacrés d'Afrique noire, la philocalie orthodoxe, les mystères de la kabbale et les extases des soufis.

L'artiste, que je connais un peu (il vit et travaille à Bourges dans le quartier Saint-Pierre le Guillard) sait bien que les croyances ne disent pas exactement la même chose, il ne méconnaît pas les différences...Mais il avait choisi de travailler sur un thème "transversal", un thème qui hante la plupart des traditions, voire toutes : celui de la lumière.

Toute oeuvre bien ajustée naît d'une contrainte féconde : conçue à l'origine pour l'église abbatiale, la série prévue n'avait pu finalement y trouver place. Les dimensions initiales avaient été réduites et sans doute était-ce bien ainsi car ces oeuvres s'adaptaient à merveille à l'espace plus intime et plus réduit du dortoir.

Certaines créations avaient la dimension de fenêtres, d'autres, faites de plusieurs toiles juxtaposées investissaient l'espace, grandes baies ouvertes sur la splendeur.

Une inspiration symbolique, équilibrée, jubilatoire, géométrique et minutieuse s'exprimait à travers ces oeuvres "abstraites", certes, mais pas déroutantes, familières au contraire et même paradoxalement "classiques".





La lumière par les joyaux

De loin, on percevait des espaces géométriques dépouillés, compartimentés, avec une prédilection pour les quadrilatères, rectangles, et carrés, sans doute régis par le nombre d'or, où dominaient le rouge et l'orangé, couleurs de prédilection de l'artiste, du noir rehaussé de feuilles d'or, du bleu d'outre-mer, du vert émeraude, des traits de crayon comme tracés sur une épure par une main d'architecte, segments, arc de cercles...

De plus près, de mystérieuses arabesques, des détails exquis, de jubilants éclats de joyaux...topazes, agates, chrysolites, émeraudes, saphirs, lapis-lazuli, ocelles iridescentes comme les ailes de ces grands papillons bleus du Brésil, plumes, précieuses incrustations de cuir, de tissu, de parchemin : un univers secret et profond, magique et moiré, tel le coeur d'un caléidoscope...Travail d'orfèvre, d'enlumineur, de calligraphe, de maitre verrier, "d'apprivoiseur de lumière".

Trois cylindres en bois recouverts de signes étranges faisaient penser à des moulins à prière ; les enfants s'amusaient à les faire tourner.

Il y avait aussi des retables miniatures en forme de dyptiques, tableaux qui se cachaient et s'entrouvraient comme des fleurs rares derrière des portes précieuses.

Un vernissage en musique

Le jour du vernissage, un trio de musique yiddish, Klezmer Fantaisie (une guitare, un violon, une contrebasse) jouait des mélodies d'Europe  centrale d'une gaité entraînante.

Nulle trace de narcissisme ou d'impudeur dans ces oeuvres fortes et discrètes comme des icônes, non pas "éclairées", mais "éclairantes". En passant devant un beau chandelier à trois branches qui brûlait parmi elles, on se disait qu'elles brûlaient un peu de cette manière-là.

Tandis que dogmes et religions séparent leurs adeptes au point de les dresser parfois les uns contre les autres, l'art, lorsqu'il exprime, comme le fait Olivier Clavaud, l'essence du sentiment religieux authentique, celui de la présence discrète et bienfaisante de l'amour et de la beauté, ne peut que rassembler les hommes de bonne volonté.

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