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Découverte par Paul Eluard et Louis Aragon, née pour l'émerveillement, l'audace et le partage, Juliette Darle ne cesse de parcourir, en compagnie des plus grands artistes de ce temps, les territoires  sans limites de la poésie.

Elle n'a pas craint de se jeter dans des audaces et des aventures telles que la poésie dans le métro ou la poésie murale. Juliette Darle a publié une vingtaine de recueils de poésie.

Elle habite aujourd'hui la Creuse, mais elle a vécu à Aubigny-sur-Nère et à Bourges avant de "conquérir" Paris. Elle dit ses textes sur le rythme lent des grands fleuves - ces "grands chemins qui marchent", comme dit Pascal - d'une voix calme et chaleureuse. Comme Bernard de Ventadour, né comme elle sur la marche du Limousin, elle sait que la poésie est faite aussi pour être mise en musique et travaille volontiers avec des musiciens et des chanteurs : aujourd'hui avec Alain Buci, comme jadis avec Serge Reggiani. "Quelque chose d'extraordinaire se produit lorsqu'on passe de la voix parlée à la voix chantée", dit-elle.

Elle aime aussi raconter ses rencontres avec les grands artistes qui ont marqué notre époque : Alberto Giacometti, Picasso, Bertold Brecht, Pablo Neruda... Elle s'est souvent oubliée elle-même pour s'occuper des oeuvres d'autrui et de leur contact avec le public.

Une résonnance inconnue


Juliette Darle poursuit la recherche d'un chant qui réinventerait une résonance inconnue, une vibration nouvelle. La pierre, l'arbre, les marques du temps, l'amour humain et l'espoir d'un monde meilleur sont au coeur de cette oeuvre au lyrisme contrôlé.

"Comme hier, la création verbale demeure l'expression fondamentale de la vie, s'identifie à son mouvement. Signe absolu de l'espoir, par ces jours qui trop souvent portent malheur, désenchantement, désarroi, elle intervient plus que jamais d'urgence..." a-t-elle écrit dans un texte intitulé Manifeste pour un vibrato majeur.

En ces temps incertains et dissonants, la poésie de Juliette Darle nous rappelle que l'homme n'est pas  fait pour habiter éternellement le malheur. "Incantation du large", son "vibrato majeur" est une brûlante protestation contre les trémolos obscènes et l'absurdité du monde.



Cathédrale de Bourges :

La grande rose à l'horizon de ma jeunesse
Elevait son mirage et ma gorge a chanté
Je savais mon âme immortelle et que l'été
Fuit pour qu'au pommier noir une fleur apparaisse
Et les morts que j'aimais je savais qu'ils renaissent
Pareils devant mes yeux à ce qu'ils ont été
La grande rose à l'horizon de ma jeunesse
Elevait son mirage et ma gorge a chanté
Au-delà de moi-même et de toute détresse
Passé les ponts en cendre et le val dévasté
Au-delà de tes bras qu'il me faudra quitter
Ce frisson de l'aube au-delà de la mort est-ce
La grande rose à l'horizon de ma jeunesse ?

(Juliette Darle, 1964)

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