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"Le mot de passe" de Jean Mambrino, recueil de poèmes très courts, semblables aux "haïkus", s'ouvre sur une citation de William Shakespeare :

"Et nous éclairons le mystère des choses
Comme si nous étions les espions de Dieu."

... Puis sur ce texte magnifique qui est l'une plus belles définitions de la poésie que je connaisse :

"Une vision aussi ronde que l'étonnement ouvre l'empan du monde dans le point d'un regard. Il suffit d'y consentir, même en rêve, pour la recevoir et du même coup la reconnaître, tel un visage qui sort de la confusion des foules. Un être unique se détache ainsi de la multitude et nous touche, à peine, avec des mains d'aveugle. Longue et muette conversation, à distance, où dans l'ignorance un message est partagé, une confidence ouverte dont nul ne connaît la source et qui concerne un secret universel. Cette vision vient comme la foudre et s'éloigne plus lentement que l'Océan."

L'as-tu rêvé ce cheval
à tête de rosée ?

Saute à travers
ton absence

Toutes ces lignes t'égarent
et te conduisent

Sous les mots couverts
la braise



"un livre initiatique formé de quatre cents distiques où se concentre le péril et la merveille d'exister. Chacun est un véritable mot de passe ouvrant les apparences." ("Un poème où chaque mot imite le silence")

L'humus prépare un bleu très pur
pour la chair des campanules

Un coeur d'enfant pareil
aux violettes après la pluie

(sur lequel je tombe toujours quand j'ouvre le livre au hasard)


et celui-ci, mon préféré :

Un goût de mûres
traîne au fond des galaxies

... qui fait oublier le "Christ cosmique" de Teilhard et le "silence éternel de ces espaces infinis" qui effrayait Pascal.

Jean Membrino, Le mot de passe aux éditions Granit

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